Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Château Dufresne

Type :

Patrimoine immobilier

Région administrative :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Date :

  • 1915 – 1918 (Construction)

Usage :

  • Fonction résidentielle (Villas et maisons bourgeoises (domaine))

Éléments associés

Groupes associés (1)

Personnes associées (4)

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Carte

Description

Le château Dufresne est une luxueuse résidence bourgeoise d'inspiration Beaux-Arts érigée entre 1915 et 1918. La demeure en pierre calcaire d'Indiana est constituée de deux maisons jumelées formant un ensemble unifié. Elle se compose d'un corps de logis rectangulaire à deux étages coiffé d'un toit plat entouré d'une balustrade, de deux ailes latérales disposées en retrait par rapport à la façade et s'élevant à mi-hauteur ainsi que d'une annexe arrière abritant un jardin d'hiver. En façade, deux avant-corps encadrent une partie centrale ornée de trois paires de colonnes jumelées à chapiteau ionique. Des garages et d'autres espaces souterrains sont aménagés à l'arrière. Le château Dufresne se situe sur un vaste terrain paysager, dans l'arrondissement municipal de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de la ville de Montréal.

Ce bien est classé immeuble patrimonial. La protection s'applique au bâtiment, incluant les espaces souterrains dont les garages, mais le terrain n'est pas visé par le classement.

Plan au sol :

Rectangulaire

Nombre d'étages :

2

Groupement :

Jumelé

Structure :

  • Béton, ossature en béton armé

Annexes :

  • Autre

Saillies :

  • Avant-corps
  • Balcon
  • Cheminée
  • Escalier
  • Perron
  • Portique
  • Terrasse
  • Véranda

Fondations :

  • Béton

Toit :

  • Forme : Plat

Porte principale :

  • métallique, à imposte

Autre(s) porte(s) :

  • bois, à panneaux et vitrage, à baies latérales
  • bois, à panneaux et vitrage, à imposte

Fenêtre(s) :

  • cintrée, À battants, à moyens ou grands carreaux
  • Rectangulaire, À battants, à moyens ou grands carreaux
  • Rectangulaire, Soupirail

Éléments architecturaux :

  • Balustrade en pierre
  • Bandeau
  • Chambranle
  • Clé
  • Colonne
  • Console
  • Corniche à denticules
  • Corniche moulurée
  • Entablement
  • Fer ornemental
  • Pilastre
  • Portail
  • Table décorative
  • Vitrail

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1976-12-20
 

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Valeur patrimoniale

Le château Dufresne présente un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. La demeure est représentative de l'architecture résidentielle d'inspiration Beaux-Arts. Cette architecture, qui dérive de l'enseignement de l'École des beaux-arts de Paris, est fréquemment employée pour la construction d'édifices publics au Québec, mais aussi dans toute l'Amérique, durant le premier quart du XXe siècle. Plus qu'un style, c'est une méthode de composition qui repose sur les principes d'équilibre des proportions, de clarté du plan et de correspondance entre le caractère de l'édifice et sa fonction. Le bain public et gymnase de Maisonneuve (Marius Dufresne, 1914-1916) et la bibliothèque de Saint-Sulpice (Eugène Payette, 1912-1914), tous deux situés à Montréal, constituent les exemples les plus achevés de ce courant au Québec. Le château Dufresne en est une illustration par sa monumentalité, sa frontalité, la symétrie et l'horizontalité de la façade principale ainsi que par l'utilisation d'ornements classiques, comme les colonnes à chapiteau ionique et le toit en terrasse bordé d'une balustrade. Appliquée à l'architecture résidentielle, comme c'est le cas au château Dufresne, l'architecture Beaux-Arts évoque l'ambition de la bourgeoisie francophone québécoise du début du XXe siècle.

Le château présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur technologique liée au caractère novateur de sa technique de construction. En effet, la maison s'appuie sur vingt piliers massifs en béton armé et compte une structure aussi en béton armé. Il s'agit de l'une des premières utilisations de ce matériau pour la construction résidentielle à Montréal, voire au Québec.

Le château Dufresne présente également un intérêt pour sa valeur artistique reposant sur la richesse et l'intégrité de sa décoration intérieure. L'ornementation se démarque par l'abondance, la variété et la richesse des matériaux utilisés. Les pièces adoptent différents styles : le salon d'Oscar Dufresne est de style Louis XV et Louis XVI, alors que sa salle à manger est d'esprit Renaissance italienne et que son cabinet de travail est d'inspiration gothique. La demeure comprend, par ailleurs, un ensemble de peintures marouflées, de vitraux et de décorations murales réalisés par l'artiste montréalais d'origine italienne Guido Nincheri (1885-1973) entre 1920 et 1938. Il s'agit de l'une des rares oeuvres profanes de cet artiste. Nincheri est considéré comme l'un des principaux peintres-décorateurs et maîtres verriers du XXe siècle au Canada, et sa carrière a été couronnée de nombreuses distinctions. Par ailleurs, le château compte de multiples éléments préfabriqués commandés à des firmes américaines. Le château Dufresne, qui est ouvert au public, témoigne ainsi de manière exceptionnelle des goûts de la bourgeoisie en matière de décoration durant la première moitié du XXe siècle.

Le château présente en outre un intérêt pour sa valeur historique reposant sur la renommée de ses occupants. Les premiers propriétaires, les frères Marius (1883-1945) et Oscar Dufresne (1875-1936), jouent un rôle de premier plan dans le développement de la ville de Maisonneuve, créée en 1883 et annexée à Montréal en 1918. Architecte et ingénieur, Marius conçoit plusieurs immeubles d'inspiration Beaux-Arts qui constituent des repères dans le paysage bâti de Maisonneuve, dont le marché (1912-1914), le poste d'incendie (1914-1915) et le bain public et gymnase (1914-1916). Il occupe la fonction d'ingénieur municipal de Maisonneuve entre 1910 et 1918. Marius dessine également, en collaboration avec l'architecte français Jules Renard, le château Dufresne. Il y habite avec son frère Oscar, industriel prospère qui gère l'entreprise familiale. Établie à Maisonneuve en 1900, la manufacture de chaussures Dufresne et Locke est un employeur important de Maisonneuve durant plusieurs années.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2005.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du château Dufresne liés à ses valeurs architecturale, technologique, artistique et historique comprennent, entre autres :
- l'emplacement dans l'arrondissement municipal de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve;
- le volume du bâtiment, dont le corps de logis de plan rectangulaire, l'élévation de deux étages, le toit en terrasse, les deux ailes latérales à un étage et à toit plat ainsi que l'aile arrière à un étage et à toit plat;
- la façade, composée d'une partie centrale ornée de trois paires de colonnes jumelées à chapiteau ionique flanquée de deux avant-corps;
- les matériaux, dont le parement en pierre calcaire de l'Indiana;
- les ouvertures, dont les fenêtres cintrées du rez-de-chaussée, les deux entrées cintrées avec leur porte à double vantail au décor en fer forgé, les portes-fenêtres cintrées des ailes latérales, les baies et les portes-fenêtres rectangulaires de l'étage, les larges baies à arc surbaissé du sous-sol à l'arrière, les baies carrées de l'aile arrière, les chambranles à fausse clé de voûte en pierre taillée et les meneaux aux motifs curvilignes;
- l'ornementation, dont la balustrade en pierre ceinturant le toit en terrasse ainsi que l'entablement (architrave, frise et corniche à modillons) couronnant le bâtiment;
- les balcons à balustrade supportés par des consoles ornementées;
- les cheminées en pierre;
- la structure et les piliers en béton armé;
- la disposition en miroir des pièces de chaque unité;
- le rez-de-chaussée regroupant les pièces de réception et de séjour, dont les halls, les petits et grands salons, les salles à manger, les cabinets de travail, le fumoir (uniquement dans la section est) et le solarium;
- le second étage regroupant les pièces réservées aux familles, dont les chambres et les salles de bain;
- le sous-sol comprenant des espaces de services, dont la cuisine, la buanderie, le quartier des domestiques et la salle de billard;
- les halls d'entrée avec leurs colonnes, leurs escaliers majestueux en marbre aux rampes en bronze ciselées, le parement en marbre des murs et les plafonds à caissons;
- les petits salons de style Belle Époque, leurs peintures marouflées et leurs panneaux muraux (Guido Nincheri);
- le cabinet de travail d'Oscar Dufresne avec panneaux d'acajou, foyer en pierre de style élisabéthain, plafond voûté et peintures marouflées (Guido Nincheri);
- le grand salon d'Oscar Dufresne de style Louis XV et Louis XVI avec boiseries en acajou, foyer de style Renaissance italienne et plafond à caissons à peintures marouflées (Guido Nincheri);
- la salle à manger d'Oscar Dufresne d'esprit Renaissance italienne à plafond à caissons et lambris d'acajou;
- le fumoir d'Oscar Dufresne d'inspiration orientale;
- les autres éléments décoratifs, dont les peintures marouflées, les vitraux ainsi que les décorations murales réalisés par Guido Nincheri, les manteaux de cheminée, les boiseries, notamment les moulures, les frises, les corniches, les chambranles, les lambris, les pilastres ainsi que les colonnes et la marqueterie;
- les garages et les autres espaces souterrains, aménagés à l'arrière du bâtiment.

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Informations historiques

Cet immeuble de la rue Sherbrooke est construit entre 1915 et 1918 selon les plans de Marius Dufresne (1883-1945), assisté de l'architecte français Jules Renard. L'édifice comprend deux habitations jumelées qui forment un ensemble unifié. Le concepteur du bâtiment l'habite avec son frère Oscar (1875-1936), qui occupe la partie ouest.

Les deux frères sont des personnages importants de l'histoire de Maisonneuve (aujourd'hui englobée dans l'arrondissement municipal de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de Montréal). Cette ville industrielle a déjà été la deuxième en importance au Québec, en raison de la présence de plusieurs usines et de son aménagement urbain. Architecte et ingénieur, Marius Dufresne y conçoit plusieurs bâtiments d'inspiration Beaux-Arts, dont le marché (1912-1914), le poste d'incendie (1914-1915) et le bain public et gymnase (1914-1916). Il occupe la fonction d'ingénieur de Maisonneuve entre 1910 et 1918. Oscar, industriel prospère, gère l'entreprise familiale établie dans cette municipalité vers 1900. La manufacture de chaussures Dufresne et Locke est un employeur important de Maisonneuve durant plusieurs années.

La maison des frères Dufresne se démarque en raison de ses dimensions considérables (40 pièces) et de son luxe. Aussi les citoyens de Maisonneuve la qualifient-ils de « château ». Il s'agit d'un exemple achevé d'architecture résidentielle d'inspiration Beaux-Arts. Le château Dufresne comprend plusieurs éléments de nouveauté. En effet, il s'agit de l'une des premières résidences à structure en béton armé à Montréal, et elle comporte un système de chauffage et un aspirateur centraux.

L'édifice se démarque par sa décoration intérieure luxueuse et éclectique qui puise à plusieurs répertoires. L'artiste d'origine italienne Guido Nincheri (1885-1973) réalise des peintures marouflées, des vitraux et des décorations murales entre 1920 et 1938. Il s'agit d'un ensemble d'un grand intérêt, car la plupart des travaux de cet artiste concernent plutôt l'architecture religieuse. Nincheri est considéré comme l'un des principaux peintres-décorateurs et maîtres verriers du Canada.

À la mort de Marius Dufresne en 1945, le château est mis en vente. Il est acquis par les Pères de Sainte-Croix en 1948. La communauté y aménage une annexe de son externat classique, situé deux rues plus à l'ouest. La maison loge les classes supérieures du cours classique. Les Pères vendent le château Dufresne à la ville de Montréal en 1957, mais ils en demeurent locataires jusqu'en 1961.

Par la suite, l'immeuble semble voué à la démolition. Il est néanmoins loué au ministère des Affaires culturelles du Québec afin d'y loger le Musée d'art contemporain de Montréal entre 1965 et 1968. Après le départ de l'institution, la maison reste inoccupée jusqu'en 1976.

Le château Dufresne est classé en 1976. L'immeuble est restauré entre 1976 et 1979, avec l'aide de la fondation MacDonald-Stewart, pour créer le Musée des arts décoratifs de Montréal. David M. Stewart (1920-1984), président de la fondation, acquiert les meubles appartenant à la veuve de Marius Dufresne, lors de son décès en 1976, dans le but de meubler certaines pièces. Une partie du château est ouverte au public dès 1978, et le musée est inauguré l'année suivante. L'institution abrite une importante collection créée depuis 1935 et présente des expositions temporaires sur les arts décoratifs et l'architecture du XXe siècle. Ce musée sera fermé en 1997.

L'actuel musée du Château Dufresne ouvre ses portes en 1999. Il permet d'admirer le mobilier et l'opulence du décor d'origine en plus de visiter des expositions portant sur l'histoire, le patrimoine et les arts visuels. L'édifice est à nouveau restauré entre 2002 et 2004 par la Ville de Montréal. Les travaux sont dirigés par les architectes Martin, Morris et Marcotte.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montréal

MRC :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Arrondissement municipal :

  • Mercier - Hochelaga-Maisonneuve

Adresse :

  • 4040, rue Sherbrooke Est

Latitude :

  • 45° 33' 13.829"

Longitude :

  • -73° 33' 14.074"

Désignation cadastrale

Circonscription foncière Division cadastrale Désignation secondaire Numéro de lot
Montréal Village de Hochelaga Absent 14

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Références

Notices bibliographiques :

  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • GIROUX, Louise. « Château Dufresne ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Tome II. Québec, Les Publications du Québec, 1991, p. 140-142.
  • GIROUX, Louise. « Le Château Dufresne ». Continuité. No 38 (1988), p. 12-15.
  • PINARD, Guy. Montréal, son histoire, son architecture. Vol. 1. Montréal, Les Éditions La Presse, 1987. 346 p.

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