Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Site patrimonial d'Arvida

Type :

Patrimoine immobilier

Région administrative :

  • Saguenay--Lac-Saint-Jean

Municipalité :

  • Saguenay

Date :

  • après 1925 – (Construction)

Période :

  • Le Québec moderne (1867 à 1960)

Thématique :

  • Patrimoine industriel

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (773)

Groupes associés (1)

Personnes associées (4)

Description

Le site patrimonial d'Arvida correspond à une partie de la ville industrielle planifiée d'Arvida, fondée en 1926. Ce territoire urbain de 178 hectares se divise en trois grandes unités de paysage, soit un secteur résidentiel développé en trois phases principales de construction, une ceinture verte comprenant un vaste noyau institutionnel ainsi qu'un secteur commercial et institutionnel. L'ensemble compte plus de 800 bâtiments, en majorité des maisons individuelles détachées construites entre 1926 et 1950. Il comprend également des bâtiments institutionnels et commerciaux, ainsi que des parcs et des espaces verts.

Le secteur résidentiel est organisé autour d'un noyau institutionnel comptant des églises et des écoles. Les bâtiments commerciaux sont concentrés dans un secteur aménagé au sud du noyau institutionnel. L'ensemble du site est aménagé de façon à épouser et à valoriser la topographie naturelle. Le réseau viaire est conçu de manière à hiérarchiser les voies de circulation principales et secondaires et à engendrer un effet pittoresque. Les rues présentent souvent un tracé curviligne, sauf dans le secteur commercial et institutionnel, où la trame est orthogonale. La régularité du système parcellaire, l'uniformité de l'alignement des maisons et la sobriété des aménagements paysagers créent un paysage homogène.

Le cadre bâti essentiellement pavillonnaire du site patrimonial d'Arvida se caractérise notamment par la prédominance de maisons individuelles détachées. Ces résidences, tout en étant de dimensions similaires, présentent une grande diversité de modèles. Elles sont inspirées des formes populaires aux États-Unis à l'époque de leur construction, de l'architecture traditionnelle québécoise ou encore de sources européennes. L'utilisation généralisée de la brique pour les bâtiments institutionnels et commerciaux contribue aussi à l'homogénéité des secteurs névralgiques. Quelques bâtiments, dont le Manoir du Saguenay et le Brittany Row, se distinguent entre autres par leur parement en pierre et leurs sections de toits de formes variées.

Le site patrimonial d'Arvida est situé dans l'arrondissement municipal de Jonquière de la ville de Saguenay.

Ce bien est déclaré site patrimonial. Il comprend deux immeubles et cinq sites patrimoniaux cités.

Haut de la page

Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Déclaration Site patrimonial Gouvernement du Québec 2018-11-21
Prise d'effet : 2017-07-12

Statuts antérieurs

  • Recommandation ministérielle de déclaration, 2017-06-22
 

Haut de la page

Valeur patrimoniale

Le site patrimonial d'Arvida présente un intérêt pour sa valeur historique. Il témoigne de l'importante phase de développement économique et industriel de plusieurs régions du Québec, notamment la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, au cours des premières décennies du XXe siècle. À cette époque, l'industrie de l'aluminium, très énergivore, cherche à s'établir près des lieux de production d'hydroélectricité. La rivière Saguenay se révèle particulièrement propice à ces établissements. Le site patrimonial correspond à un secteur de l'ancienne ville d'Arvida, fondée par l'entreprise Aluminium Company of Canada et son président, Arthur Vining Davis (1867-1962), et érigée en municipalité en 1926. Arvida est aménagée selon les plans de l'architecte Harry Beardslee Brainerd (1887-1977) et de l'ingénieur Hjalmar Ejnar Skougor (1884-1932), plans qui ont été modifiés par Harold R. Wake, ingénieur de la compagnie. Le secteur est associé au plus important lieu de production d'aluminium au monde.

Le site patrimonial d'Arvida présente aussi un intérêt pour ses valeurs urbanistique et paysagère. L'endroit constitue un exemple particulièrement achevé et avant-gardiste de ville mono-industrielle planifiée. De nombreux projets de villes de ce type sont élaborés au début du XXe siècle, notamment au Québec, mais peu sont menés à terme ou sont d'aussi grande envergure. Dès le début du projet d'Arvida, les plans pour l'ensemble de la ville sont tracés. Les premiers aménagements reproduisent assez fidèlement ces plans, alors que les suivants s'en inspirent plus librement. Désirant offrir un cadre de vie agréable à tous ses employés, l'Aluminium Company of Canada suit de près les différentes étapes d'aménagement et de construction. Une commission d'urbanisme est créée et compte notamment l'architecte-paysagiste de grande renommée Frederick Gage Todd (1876-1948). La ville présente plusieurs caractéristiques des utopies urbaines de son époque, comme la ceinture verte et les parcs intégrés à la trame urbaine, le réseau viaire hiérarchisé et le noyau institutionnel autour duquel se déploie un cadre bâti essentiellement pavillonnaire. Ce secteur forme un paysage homogène dont l'effet pittoresque est constitué par un aménagement épousant et valorisant la topographie, par une végétalisation abondante, par la régularité du système parcellaire et par l'uniformité dans le traitement du cadre bâti.

Le site patrimonial d'Arvida présente également un intérêt pour sa valeur architecturale. Alors que de nombreuses villes industrielles planifiées présentent une répétition de quelques modèles, Arvida se distingue par la diversité des siens. Certaines des résidences arvidiennes sont inspirées de formes populaires aux États-Unis à l'époque, alors que d'autres s'inscrivent davantage dans l'esprit de l'architecture traditionnelle québécoise. La valeur architecturale du site repose aussi sur son association avec plusieurs architectes de renom, comme Harold Lea Fetherstonhaugh (1887-1971), Henry Ross Wiggs (1895-1986), Léonce Desgagné (1908-1979) et Ernest Isbell Barott (1884-1955).

Le site patrimonial d'Arvida présente aussi un intérêt pour sa valeur technologique. Il constitue un exemple remarquable de construction en série. En 1926, Arvida Works met 270 maisons en chantier et les termine en seulement 135 jours. Ce rythme exceptionnellement rapide est atteint grâce à la rationalisation des procédés de construction : quatre coffrages sont réutilisés pour couler les fondations et différentes pièces standardisées sont produites en usine, entre autres celles des charpentes en bois à claire-voie. Les maisons sont érigées à partir de 34 plans types dont les composantes formelles sont interchangeables. Le site patrimonial d'Arvida s'illustre aussi par l'utilisation de nouveaux matériaux dans certaines composantes, en particulier de l'aluminium.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2018.

Haut de la page

Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du site patrimonial d'Arvida liés à ses valeurs historique, urbanistique, paysagère, architecturale et technologique comprennent, notamment :
- sa situation dans l'arrondissement municipal de Jonquière, dans la ville de Saguenay;
- sa superficie de 178 hectares, comptant trois grandes unités de paysage regroupant plus de 800 bâtiments résidentiels, institutionnels et commerciaux;
- les caractéristiques de la trame urbaine, dont l'organisation des secteurs résidentiels autour d'un noyau institutionnel et d'un secteur commercial et institutionnel, le respect et la mise en valeur de la topographie, la hiérarchisation des voies de circulation principales et secondaires en fonction de leur utilisation, la trame urbaine orthogonale, la présence de terrains de forme irrégulière à certaines intersections, l'uniformité de l'alignement des maisons individuelles détachées et leurs dimensions similaires, l'implantation des bâtiments secondaires, à l'arrière des bâtiments principaux et détachés de ceux-ci, la sobriété des aménagements paysagers (essentiellement gazonnés, dénués de clôtures et de haies en façade) et l'alignement des arbres;
- les caractéristiques du mobilier et de l'aménagement urbains, dont les caniveaux en béton en bordure de rue, les lampadaires et les panneaux signalétiques en aluminium;
- la présence de nombreux parcs et espaces verts planifiés en réseau, en incluant les coulées vertes;
- les caractéristiques du noyau institutionnel, dont les lots de grandes dimensions, dégagés et gazonnés, ainsi que la présence de deux lieux de culte et de cinq écoles;
- les caractéristiques du secteur le plus ancien, à l'est du noyau institutionnel, dont la convergence des rues principales vers le carrefour giratoire situé devant l'église Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus, l'aménagement de ruelles et la présence dominante de maisons individuelles détachées;
- les caractéristiques du secteur situé au nord et au nord-ouest du noyau institutionnel, dont le tracé curviligne des rues, la présence de plusieurs îlots arrondis et triangulaires, la forte proportion de résidences individuelles détachées, la présence de maisons jumelées, en rangées ou mitoyennes formant un « U », la présence d'immeubles à logements multiples, dont le Brittany Row, et la présence du Manoir du Saguenay;
- les caractéristiques du secteur situé au sud et au sud-ouest du noyau institutionnel, dont le tracé curviligne des rues et la prédominance de maisons individuelles détachées;
- les caractéristiques du secteur commercial et institutionnel, dont la trame urbaine orthogonale, la prédominance de bâtiments commerciaux en bordure de la rue et de la place Davis, et en bordure de la section du boulevard Mellon au sud des rues Edison et Moritz, l'alignement des façades des bâtiments commerciaux, l'aménagement de terre-pleins et la percée visuelle vers l'ancien hôtel de ville;
- les caractéristiques d'origine des lieux de culte, dont les plans rectangulaires et en « T », les toits à versants droits, les bas-côtés, la tour-clocher latérale, les clochers de faîte, les parements en brique, les couvertures en bardeaux (notamment d'ardoise), les éléments en cuivre, en bois ou en fausse pierre, les porches, les portails, les ouvertures cintrées ou rectangulaires, les oculus, les vitraux, les lucarnes pendantes, les contreforts, les amortissements, l'ornementation sobre et les souches de cheminée en brique;
- les caractéristiques d'origine des édifices scolaires, dont les plans rectangulaires, en « L » ou en « H », les toits plats, à versants droits ou à croupes, les clochetons, les avant-corps, les parements en brique, les éléments en fausse pierre, la fenestration abondante, les fenêtres rectangulaires ou cintrées, et l'ornementation sobre constituée essentiellement par le contraste des matériaux;
- les caractéristiques d'origine des bâtiments commerciaux, dont leurs plans rectangulaires simples, les élévations d'un ou deux étages, les toits plats, les parements en brique, les vitrines du rez-de-chaussée en façade, les fenêtres rectangulaires de proportion verticale à l'étage supérieur, l'ornementation des corniches et des parapets, les bandeaux;
- les caractéristiques d'origine conformes aux plans architecturaux des bâtiments résidentiels, dont les plans rectangulaires ou irréguliers, les élévations d'un étage et demi à deux étages et demi, les toits ayant conservé leur forme et leur pente originales (à deux versants droits ou à larmiers retroussés, mansardés, en dos d'âne ou à demi-croupes), les solariums, les galeries, galeries couvertes, balcons, porches et avant-toits, les fondations en béton coulé, les parements de bois et de brique, les couvertures en bardeaux d'asphalte, en aluminium ou en tôle, les éléments en bois ou en aluminium, les portiques, les portes en bois, les fenêtres (la plupart rectangulaires et à guillotine) ainsi que leur disposition, leur forme, leurs dimensions et leurs matériaux d'origine, les fenêtres en saillie, les lucarnes (à pignon, à croupe, rampante ou à fenêtre pendante), les corniches, les retours de corniche, les garde-corps et les supports menuisés, l'ornementation sobre, les souches de cheminée en brique ainsi que les annexes latérales ou arrière;
- les caractéristiques d'origine du Manoir du Saguenay, dont le plan irrégulier, l'élévation maximale de trois étages, les toits à deux versants droits, mansardés, en pavillon et coniques couverts d'aluminium, la maçonnerie en pierre, les murs coupe-feu ainsi que les souches de cheminée en pierre;
- les caractéristiques d'origine des appartements Britanny Row, dont le plan irrégulier composé d'un corps de logis principal en « U », de tours demi-hors-oeuvre et d'avant-corps, l'élévation de deux étages, les toits de formes diverses, le parement en pierre, la porte cochère, les portails et les lucarnes à fronton arrondi.

Haut de la page

Informations historiques

Le site patrimonial d'Arvida trouve ses origines dans le développement de l'industrie de l'aluminium. Au XIXe siècle, l'aluminium est encore considéré comme un métal précieux, à cause de son coût de production. Au cours de la dernière décennie du siècle, l'industrie se tourne vers l'énergie hydroélectrique, moins coûteuse. L'intérêt pour l'aluminium continue de croître, notamment après la Première Guerre mondiale. La division canadienne de l'Alcoa – nommée Aluminium Company of Canada à partir de 1925 et connue plus tard sous le sigle Alcan – cherche un endroit propice à un nouvel établissement.

La rivière Saguenay, près de sa source dans le lac Saint-Jean faisant office de réservoir naturel, s'avère être un lieu particulièrement propice à la production d'hydroélectricité à faible coût. L'intérêt du site est d'autant plus grand pour l'Alcan que l'endroit est relié au réseau ferroviaire et qu'il permet aussi l'aménagement d'un port en eau profonde, assurant ainsi le transport des matières premières et du produit fini. L'entreprise acquiert donc un vaste territoire à cet endroit. Les plans d'une ville pouvant accueillir 50 000 habitants sont élaborés par Harry Beardslee Brainerd (1887-1977) et Hjalmar Ejnar Skougor (1884-1932). Elle est nommée Arvida, en l'honneur du président de la compagnie Arthur Vining Davis (1867-1962).

Désirant offrir un cadre de vie agréable à tous ses employés, l'Alcan suit de près les différentes étapes d'aménagement et de construction de la ville. Arvida est constituée en municipalité en 1926, et sa charte comprend d'importants pouvoirs de réglementation en matière d'urbanisme. L'année de l'incorporation, le chantier de construction de la ville est lancé, selon les plans modifiés par Harold R. Wake, ingénieur de la compagnie Alcan et surintendant d'Arvida Works, la filiale de l'Alcoa qui est chargée de l'exécution des travaux. En 135 jours, 270 maisons sont érigées. Ce rythme exceptionnellement rapide est atteint grâce à la rationalisation des procédés de construction.

Après des débuts prometteurs, l'usine subit un ralentissement au début des années 1930. Puis, peu avant la Seconde Guerre mondiale, l'industrie de l'aluminium connaît à nouveau une croissance spectaculaire. L'augmentation du nombre de travailleurs exige la création d'un autre quartier. La deuxième phase de construction de la ville s'amorce en 1936. Des bâtiments résidentiels et institutionnels sont construits selon les plans d'architectes de renom, dont Ernest Isbell Barott (1884-1955), Harold Lea Fetherstonhaugh (1887-1971) et Alexander Tilloch Galt Durnford (1898-1973).

En 1942, l'Alcan se retire de la gestion et de l'aménagement de la ville, après avoir créé la Commission d'urbanisme d'Arvida pour l'aménagement urbain et pour le contrôle de l'architecture, qui prend le relais. Cette commission est alors présidée par l'architecte-paysagiste Frederick Gage Todd (1876-1948). Celui-ci veille notamment à l'aménagement de plusieurs parcs dans la ville. La commission fait aussi appel à plusieurs architectes réputés, comme Henry Ross Wiggs (1895-1986) et Léonce Desgagné (1908-1979), pour concevoir des maisons, des lieux de culte et des écoles.

La production d'aluminium devient cruciale durant la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, le complexe d'Arvida constitue la plus grande aluminerie du monde.

En 1975, le territoire de la municipalité d'Arvida, tout comme celui de la municipalité de Kénogami, est annexé à la ville de Jonquière, laquelle deviendra un arrondissement de la ville de Saguenay, en 2002.

De 1999 à 2017, d'abord la Ville de Jonquière et ensuite la Ville de Saguenay adoptent plusieurs règlements pour protéger divers secteurs et bâtiments d'Arvida. En 2012, le Prix du prince de Galles a été décerné à la Ville de Saguenay pour souligner ses efforts de conservation du patrimoine d'Arvida.

Le site patrimonial d'Arvida est déclaré par le gouvernement du Québec en 2018.

Haut de la page

Emplacement

Region administrative :

  • Saguenay--Lac-Saint-Jean

MRC :

  • Saguenay

Municipalité :

  • Saguenay

Arrondissement municipal :

  • Jonquière

Haut de la page

Références

Gouvernement du Québec

© Gouvernement du Québec, 2013