Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Statuette (Vierge à l'Enfant)

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Variante(s) du titre :

  • Image de bois de Notre-Dame-de-Montaigu
  • Statue miraculeuse
  • Statuette de Notre-Dame de Bon-Secours

Région administrative :

  • Montréal

Date :

  • vers 1600 –  (Production)

Thématique :

  • Patrimoine religieux

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (1)

Personnes associées (2)

Images

Description

La statuette de la Vierge à l'Enfant, parfois aussi nommée « statuette de Notre-Dame de Bon-Secours», « statue miraculeuse » ou « image de bois de Notre-Dame-de-Montaigu », est une petite sculpture en bois probablement exécutée au début du XVIIe siècle. D'une hauteur d'environ 15 cm, la statuette représente une Vierge à l'Enfant. Posé sur une base circulaire, le personnage féminin est debout, en contrapposto. Sa tenue est constituée d'une longue robe et d'un manteau plus court. Les cheveux bouclés sont couverts d'un voile attaché sur la poitrine. La femme est couronnée. Elle tient de son bras gauche un enfant assis tenant un globe dans ses mains. Une auréole est fixée au-dessus de la tête du garçonnet.

Ce bien est classé objet patrimonial.

Dimensions :

  • Hauteur : 15 centimètre(s)

Matériaux :

  • Bois (Chêne)

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2014-11-10
Prise d'effet : 2013-11-21

Statuts antérieurs

  • Avis d'intention de classement, 2013-11-14
 

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Valeur patrimoniale

La statuette de la Vierge à l'Enfant présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. L'objet est étroitement lié à l'un des plus anciens lieux de culte de Montréal, la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, et à des personnages marquants de l'histoire de Montréal. En 1639, la Société de Notre-Dame de Montréal est fondée en France dans le but d'établir une colonie missionnaire en Nouvelle-France. La Société compte plusieurs membres, dont les frères Louis et Pierre-Denys (1612-après 1672) LePrestre. Ces derniers héritent de la statuette au décès de leur mère, qui la tenait de Jacques Faure (1566-1641), prêtre de l'ordre des Capucins. En 1672, ils la donnent à Pierre Chevrier, baron de Fancamp (1608-1692), pour qu'elle soit envoyée en Nouvelle-France. Ce dernier est lié à la fondation de Ville-Marie. En effet, ami de Jérôme Le Royer de La Dauversière (1597-1659), l'un des fondateurs de la Société de Notre-Dame de Montréal, Chevrier de Fancamp acquiert l'île de Montréal, en 1640, au nom de ce dernier et de la Société. Après avoir reçu la statuette, le baron de Fancamp la remet à Marguerite Bourgeoys (1620-1700), fondatrice de la congrégation de Notre-Dame de Montréal, qui est de retour en France depuis 1670 afin d'obtenir du roi les lettres patentes pour sa communauté. Il lui donne également 300 livres pour la reconstruction en pierre de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, érigée en bois en 1670. La statuette rappelle donc la participation de personnes liées à la Société de Notre-Dame de Montréal à l'établissement du lieu de culte.

La statuette de la Vierge à l'Enfant présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur ethnologique. Elle fait l'objet d'une dévotion particulière reposant sur les pouvoirs miraculeux qui lui sont attribués. L'oeuvre aurait été réalisée au début du XVIIe siècle dans le bois d'un chêne de Montaigu, une localité du Brabant, en Belgique, qui, depuis le Moyen Âge, est un lieu de pèlerinage marial. Divers récits de miracles sont associés au chêne cruciforme qui s'élevait à cet endroit et à la statue de Notre-Dame de Montaigu qui y avait été placée. L'arbre est coupé au tournant du XVIIe siècle, probablement en 1604, et plusieurs petites statues sont sculptées dans son bois, dont cette statuette. Cinq jours après que les frères LePrestre la lui ont donnée, Chevrier de Fancamp signe un document où il affirme avoir été guéri par la statue de Notre-Dame de Montaigu, ce qui vaut à l'objet la réputation d'être miraculeux. En 1754, la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours est complètement détruite par un incendie. La statuette aurait été trouvée intacte dans les décombres encore fumants, ce qui renforce sa réputation. L'oeuvre rappelle donc des croyances particulières en des pouvoirs surnaturels qui lui sont attribués ainsi qu'au matériau dans lequel elle a été sculptée.

La statuette de la Vierge à l'Enfant présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. La sculpture reprend le thème iconographique de la Vierge à l'Enfant, très répandu depuis le Moyen Âge. Ce dernier connaît différentes variantes, dont la Vierge de majesté - où la femme est assise sur un trône et tient l'enfant sur ses genoux - et la Vierge d'humilité - où la femme est assise sur le sol et l'enfant est nu. La statuette présente plutôt la femme debout, tenant l'enfant assis sur son bras gauche, comme dans toutes les représentations de Notre-Dame de Montaigu. Le globe que tient le garçonnet est un attribut courant. La couronne, pour sa part, est probablement postérieure à la statuette.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2014.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques de la statuette de la Vierge à l'Enfant liés à ses valeurs historique, artistique et ethnologique comprennent, notamment :
- son volume, dont la hauteur d'environ 15 cm et la base circulaire;
- les matériaux, dont le bois et le matériau doré de la couronne et de l'auréole;
- la position du personnage féminin se tenant debout en contrapposto avec les bras repliés, le gauche pour soutenir l'enfant et le droit ramené sur la taille;
- la tenue de la femme, constituée d'une longue robe décorée de fleurs de lys, d'un manteau plus court, d'un voile couvrant les cheveux bouclés attaché sur la poitrine ainsi que d'une couronne;
- la représentation de l'enfant en position assise, tenant un globe dans ses mains et vêtu d'une tunique aux manches courtes.

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Informations historiques

La statuette de la Vierge à l'Enfant est aussi nommée « image de bois de Notre-Dame-de-Montaigu » du fait qu'elle aurait été exécutée au début du XVIIe siècle dans le bois d'un chêne de Montaigu, une localité du Brabant, en Belgique, qui, depuis le Moyen Âge, est un lieu de pèlerinage marial. Divers récits de miracles sont associés au chêne cruciforme qui s'élevait à cet endroit et à la statue de Notre-Dame de Montaigu qui y avait été placée. L'arbre a été coupé au tournant du XVIIe siècle, probablement en 1604. Plusieurs petites statues de la Vierge auraient été sculptées dans le bois du chêne considéré comme miraculeux, dont la statuette conservée à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Son premier propriétaire est vraisemblablement Jacques Faure (1566-1641), prêtre de l'ordre des Capucins. Il l'aurait donné à la mère de Louis et Pierre-Denys (1612-après 1672) LePrestre, qui la leur lègue à son décès.

En 1672, les frères LePrestre, membres de la Société de Notre-Dame de Montréal, le groupe qui fonde Ville-Marie en 1642, donnent la statuette à Pierre Chevrier, baron de Fancamp (1608-1692), pour qu'elle soit envoyée en Nouvelle-France. Les deux frères soutiennent alors que cette Vierge est vénérée depuis près d'un siècle. Cinq jours plus tard, Fancamp signe un document où il affirme avoir été guéri par Notre-Dame de Montaigu, ce qui vaut à la statuette le nom de « statue miraculeuse ». En guise de remerciement à la Vierge, en plus de la statuette pour laquelle il fait refaire un reliquaire, Fancamp offre 300 livres à Marguerite Bourgeoys (1620-1700) pour la construction d'une chapelle en pierre destinée à remplacer la première chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours en bois, qui a été érigée en 1670. La statuette est installée dans le petit lieu de culte.

En 1754, la chapelle est complètement détruite par un incendie. La statuette aurait été trouvée intacte dans les décombres encore fumants. Sa préservation est, depuis, considérée comme miraculeuse. La chapelle est reconstruite en 1771 et la statuette y est réinstallée, au-dessus du tabernacle.

En 1831, la sculpture disparaît dans ce qu'on croit être un vol. Certains contemporains voient comme une punition divine pour ce geste sacrilège les différents malheurs frappant Montréal au cours des années suivantes, dont l'épidémie de choléra de 1832. L'oeuvre est remplacée dans la chapelle par une statue de Notre-Dame-de-la-Garde.

La statuette aurait été retrouvée en 1844, enveloppée dans du papier et sans son reliquaire, dans l'un des greniers d'une partie de la maison mère de la congrégation de Notre-Dame de Montréal que l'on s'apprêtait à démolir. Bien qu'elle ne soit pas formellement authentifiée avant 1890, elle est conservée précieusement à compter de ce moment dans la chambre de la supérieure de la communauté. Sa découverte n'est cependant pas annoncée à l'évêque de Montréal. En 1847, Mgr Ignace Bourget (1799-1885) donne encore le vol de cette sculpture comme une preuve du déclin de la ferveur religieuse.

La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours est restaurée au cours des années 1890. En 1894, durant les travaux, un reliquaire délaissé est découvert. La statuette retrouvée en 1844 s'y insère parfaitement. Ces deux éléments sont alors identifiés comme étant ceux que le baron de Fancamp a donnés à Marguerite Bourgeoys en 1672.

La statuette est replacée dans la chapelle en 1935, mais, en 1942, elle retourne à la maison mère de la congrégation. Après la béatification de Marguerite Bourgeoys, en 1950, la sculpture est déposée près de la tombe de la religieuse. Elle retourne cependant dans la chapelle pour certaines occasions spéciales.

En 1988, la statuette est replacée de façon permanente dans la chapelle, sur l'autel latéral gauche, où elle est protégée du feu et du vol par une paroi de verre.

La statuette de Notre-Dame de Bon-Secours est classée en 2014, en même temps que la chapelle et deux autres biens mobiliers.

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Références

Notices bibliographiques :

  • LELEU, Joseph Mary. Histoire de Notre-Dame de Bon-Secours à Montréal. Montréal, Cadieux et Derome, 1900. 153 p.
  • POTHIER, Louise et Patricia SIMPSON. Notre-Dame-de-Bon-Secours - Une chapelle et son quartier. Montréal, Fides, 2001. 151 p.

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