Ministère de la Culture et des Communications
Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Maison du Mur-d’Honneur-de-Chez-Bozo

Type :

Patrimoine immobilier

Autre(s) nom(s) :

  • Maison Wait
  • Restaurant Auberge St-Tropez
  • Restaurant Le Lutèce

Région administrative :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Date :

  • 1889 (Construction)
  • présumé 1958 – présumé 1959 (Recyclage)

Usage :

  • Fonction résidentielle (Maisons rurales et urbaines)

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (1)

Groupes associés (1)

Personnes associées (3)

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Carte

Description

La maison du Mur-d'Honneur-de-Chez-Bozo est une résidence urbaine bourgeoise érigée en 1889. Le bâtiment présente un plan rectangulaire étroit et profond, une élévation de deux étages et un toit en fausse mansarde avec un brisis couvert d'ardoise. Il repose sur des fondations en maçonnerie de pierres exhaussées du sol. La façade en maçonnerie de pierres à bossage est maintenant couverte par un parement imitant la brique. L'accès à la maison se fait par une porte décentrée vers la gauche, précédé d'un escalier. Le toit est percé de deux lucarnes pendantes à fronton, dont l'une double. L'ornementation se veut discrète, et elle se concentre sur les ouvertures (chambranles, portail) et la corniche. La maison s'élève légèrement en retrait de la rue Crescent, dans un secteur densément urbanisé de la ville de Montréal.

Le mur d'honneur se trouve au deuxième étage de la maison, sur le mur nord du bâtiment, dans sa partie avant. À cet endroit, le bâtiment présente une structure en maçonnerie de briques qui est couverte d'un parement de plâtre. Le mur a été mis à nu, à l'exception de la portion où se trouve le mur d'honneur. Ce dernier mesure approximativement 4 mètres de large sur 3 mètres de haut. Il compte environ 80 empreintes de main faites avec de la gouache et autant de signatures.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Avis d'intention de classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2025-12-19

Statuts antérieurs

  • Avis d'intention de classement, 2025-11-26
 
Inventorié --
 

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Valeur patrimoniale

La maison du Mur-d'Honneur-de-Chez-Bozo présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. C'est dans la salle de spectacle sise à l'étage de cet immeuble appartenant alors au restaurateur Raymond Gaechter que les Bozos opèrent en 1959 et en 1960 l'une des premières boîtes à chansons du Québec : Chez Bozo. Le collectif, formé à l'origine de Jean-Pierre Ferland (1934-2024), Hervé Brousseau (1937-2017), Claude Léveillée (1932-2011), Clémence DesRochers (née en 1933) et Raymond Lévesque (1928-2021), est actif de 1959 à 1962, avant que chacun de ses membres ne poursuive sa propre carrière. Malgré leur brève existence, les Bozos sont reconnus pour avoir profondément marqué l'histoire de la chanson québécoise, en contribuant notamment à faire du chansonnier une figure dominante de la scène musicale des années 1960, et à favoriser la prolifération soudaine des boîtes à chansons à travers le Québec. Dans les petites salles intimistes inaugurées à la suite de Chez Bozo, les chansonniers ont partagé avec leur public aussi jeune qu'enthousiaste leurs compositions aux accents poétiques, parfois engagées, dans la tradition de Félix Leclerc et dans l'esprit d'affirmation de la Révolution tranquille.

La maison du Mur-d'Honneur-de-Chez-Bozo présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. La maison est un exemple représentatif de demeure urbaine implantée à l'origine dans un quartier résidentiel huppé de Montréal. Elle est construite en 1889 pour le marchand George Wait dans le quartier Saint-Antoine selon les plans de l'architecte montréalais d'origine écossaise Eric Mann. Très associé aux quartiers urbains de Montréal pendant la période 1875-1925, ce type d'habitation se caractérise notamment par sa mitoyenneté, son plan rectangulaire étroit et profond, son élévation de deux ou trois étages, son toit de formes variées dont en fausse mansarde et sa façade en maçonnerie de pierres ou de briques. Au fil des ans, le quartier où s'élève la maison change de vocation, et le bâtiment accueille au cours de son histoire une pension de famille, des restaurants et une salle de spectacle. De nos jours, la maison conserve ses caractéristiques extérieures qui évoquent un type bâti autrefois dominant dans le paysage urbain montréalais au tournant du XXe siècle.

La maison du Mur-d'Honneur-de-Chez-Bozo présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur ethnologique. Le mur d'honneur est un exemple représentatif d'une pratique associée aux lieux de convivialité, artistiques ou de sports au Québec. Cette pratique ancienne est d'abord associée à la haute bourgeoisie et à la noblesse en France. Elle consiste à conserver dans un cahier la trace du passage d'une personne illustre dans un lieu, renforçant ainsi le prestige du lieu. Cette tradition est reprise dans les lieux de convivialité français au tournant du XXe siècle, notamment les cabarets et les restaurants, et elle prend alors différentes formes. Cette pratique a aussi été implantée au Québec et se perpétue encore de nos jours. Dans le cas du mur d'honneur de Chez Bozo, les artistes et les visiteurs de qualité, dont Marcel Dubé, Édith Piaf, Yves Montand et Simone Signoret, y laissent l'empreinte de leur main trempée dans la gouache et leur signature pour immortaliser leur passage, ce qui est peu courant, voire exceptionnel. Ce mur d'honneur occupe d'ailleurs une place prépondérante dans la salle de spectacle, et il constitue un témoin de la richesse de la scène artistique montréalaise de l'époque et des échanges culturels avec la France.

Source: Ministère de la Culture et des Communications, 2025.

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Informations historiques

La maison du Mur-d'Honneur-de-Chez-Bozo se trouve sur un terrain de l'ancien quartier Saint-Antoine acquis en 1888 par le marchand George Wait (né en 1839). Le quartier est alors en émergence, et les grandes propriétés avec leurs villas et leurs jardins sont progressivement remplacées par des maisons en terrasse et des maisons en rangée pour la bourgeoisie anglophone de Montréal.

En 1889, Wait fait construire une maison urbaine selon les plans de l'architecte montréalais d'origine écossaise Eric Mann (1848-1929). En 1890, Wait cède la propriété à son fils George Samuel (1862-1933), qui travaille dans l'entreprise familiale. La maison passe en 1902 à l'échevin Frederick E. Nelson (mort en 1913), puis en 1922 à John Mulcair (1844-1926), marchand et tailleur.

De 1944 à 1957, le bâtiment appartient notamment à Jeanne Rochefort (1898-1995) puis à Jeanne Robert, qui y exploitent une maison de chambres nommée le Crescent Tourist Rooms. Le quartier subit d'ailleurs quelques transformations pendant cette période. La bourgeoisie se déplace alors vers de nouveaux quartiers plus éloignés du centre-ville de Montréal et les anciennes résidences accueillent de nouvelles fonctions.

La maison est acquise en 1957 par le restaurateur Raymond Gaechter. Celui-ci fait probablement réaliser des travaux importants à l'intérieur pour établir son commerce. Il ouvre son restaurant Le Lutèce au début de l'année 1959. Souhaitant rentabiliser le deuxième étage du bâtiment, Gaechter y installe une petite salle de spectacle munie d'un bar, dont le premier nom est le Quartier latin. Les clients peuvent ainsi manger au rez-de-chaussée puis prolonger la soirée en prenant un verre et en écoutant de la musique à l'étage.

Au printemps de 1959, la salle de spectacle est louée aux Bozos, un collectif formé à l'origine de Jean-Pierre Ferland (1934-2024), Hervé Brousseau (1937-2017), Claude Léveillée (1932-2011), Clémence DesRochers (née en 1933) et Raymond Lévesque (1928-2021). À la recherche d'une adresse qui soit consacrée exclusivement à la chanson, les Bozos opèrent dans cette salle l'une des premières boîtes à chansons du Québec : Chez Bozo.

Les artistes aménagent et décorent eux-mêmes la salle de 90 places. Ils achètent notamment du mobilier et un piano droit. Ils créent également un mur d'honneur sur lequel ils laissent pour la postérité une empreinte de leur main et leur signature. Ils inviteront les visiteurs de marque à faire de même.

Les Bozos se produisent en avant-première pour les médias, le 14 mai 1959. Ils donnent leur premier véritable spectacle le lendemain. Le succès est immédiat et la critique est généreuse. Chez Bozo attire autant la jeunesse que la colonie artistique de Montréal. Des vedettes françaises font aussi des passages remarqués, dont Edith Piaf, Simone Signoret et Yves Montand, qui signent sur le mur d'honneur.

Des différends financiers avec le propriétaire amènent toutefois les Bozos à quitter définitivement leur domicile en février ou mars 1960. Malgré leur court passage et leur brève existence, les Bozos sont reconnus pour avoir profondément marqué l'histoire de la chanson québécoise, en contribuant notamment à faire du chansonnier une figure dominante de la scène musicale des années 1960, et à favoriser la prolifération soudaine des boîtes à chansons à travers le Québec.

À la fin de l'année 1961, le restaurant Le Lutèce ferme ses portes. Le restaurateur Serge Jeunet ouvre dans les lieux le restaurant Auberge St-Tropez. Gaechter demeure propriétaire de l'immeuble jusqu'en 1966 alors qu'il vend à Krikor (Gregory) Djoboulian (1933-2021). À l'étage du restaurant se trouve la salle La Camargue où se tiennent des événements, comme des lancements de livres.

La maison abrite un restaurant ou un bar jusque vers 2017. Le mur d'honneur tombe alors dans l'oubli jusqu'à ce qu'il soit redécouvert en 2025.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montréal

MRC :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Arrondissement municipal :

  • Ville-Marie

Adresse :

  • 1208, rue Crescent

Localisation informelle :

Le bâtiment portait antérieurement le numéro civique 38, rue Crescent.

Latitude :

  • 45° 29' 47.4"

Longitude :

  • -73° 34' 28.6"

Désignation cadastrale :

  • Lot 1 341 126

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Chaîne de titres

Date Type d'aliénation De À
1949-05-03 Vente Jeanne Rochefort Eveline Paquin
1944-05-29 Vente Succession de John Mulcair Jeanne Rochefort
1922-07-19 Vente Succession de Frederick E. Nelson John Mulcair
1902-09-09 Vente George Samuel Wait Frederick E. Nelson
1890-02-03 Vente George Wait George Samuel Wait
1888-04-11 Vente Succession de Charles Phillips George Wait

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Références

Notices bibliographiques :

  • BERNIER, Marc-François. Jean-Pierre Ferland: un peu plus haut, un peu plus loin. Montréal, Éditions de l'Homme, 2012. 456 p.
  • GAULIN, Jean-Guy. « L’époque des boîtes à chansons ». Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec. No 35 (1993), p. 16-19.
  • GIRARD, Mario. Clémence : encore une fois. Montréal, La Presse, 2023. 312 p.
  • MICHAUD, Marie-Josée. Claude Léveillée, tome 1. Montréal, Art global, 2004. 383 p.
  • TÉZINE, Anne-Marie. « Du Québec à la France : Georges Dor, Jacques Canetti et le défi d'une carrière à Paris ». Revue interdisciplinaire des études canadiennes en France. Vol. 93 (2002), p. 59-77.
  • TROTTIER, Danick. « L'évocation mémorielle des boîtes à chansons au Québec: quand le canon se fait complice de la nostalgie ». La revue des musiques populaires. Vol. 11, no 1 (2014), p. 99-113.

Multimédias disponibles en ligne :

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