Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Lanaudière

Municipalité :

  • Saint-Côme

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Expression

Classification :

  • Pratiques expressives > Pratiques artistiques > Musique > Musique vocale

Description

« La pratique de la chanson traditionnelle est transmise de génération en génération et elle est issue des milieux populaires. Elle peut se pratiquer individuellement - par exemple au quotidien, en travaillant, en marchant ou dans les temps libres - ou en groupe - par exemple lors de veillées de chansons, où les gens se placent en cercle pour chanter, notamment en participant aux chansons à répondre. Issue d'un vaste répertoire, la chanson traditionnelle s'exprime a cappella ou accompagnée d'instruments de musique ou de podorythmie.

La chanson traditionnelle est une chanson sans auteur connu, dont le texte, la structure rythmique et la mélodie sont en constante évolution. Elle se transmet oralement d'une personne à une autre dans différents contextes de proximité, et c'est ce mode de transmission qui la rend vivante et qui la transforme constamment. Elle témoigne de situations, de personnages, de lieux et d'événements qui reflètent la vie des gens qui la chantent ou qui l'ont chantée. La pratique collective de la chanson traditionnelle peut entraîner un état de transe* chez ceux qui s'y adonnent de manière prolongée. Cet effet est recherché depuis les débuts de la pratique.

Différentes catégories de chansons composent le répertoire traditionnel : la chanson en laisse, la chanson strophique, la chanson en forme de dialogue, la chanson énumérative, la chanson brève ou enfantine et la chanson sur des timbres.

* La transe est l'esprit dans lequel se retrouvent les gens qui chantent sans arrêt durant plus de deux ou trois heures. Cet état qui s'installe intervient sur la chimie du corps qui sécrète alors de l'endorphine et de l'adrénaline, permettant notamment aux chanteurs de continuer de chanter sans ressentir la fatigue. »

Source: Centre du patrimoine vivant de Lanaudière (CPVL)

Haut de la page

Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Identification Élément du patrimoine immatériel Municipalité (Saint-Côme) 2014-11-10
 

Haut de la page

Valeur patrimoniale

« La pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme témoigne d'une longue tradition orale puisqu'elle a été transmise de génération en génération depuis les débuts de la colonie. Elle est encore présente chez les peuples francophones d'Amérique du Nord et constitue un héritage culturel important. Malgré son apparence modeste, le chant accompagne l'humanité de manière significative depuis des millénaires et constitue une expression fondamentale.

La pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme constitue pour les résidents un élément identitaire important ainsi qu'un facteur de cohésion sociale indéniable. En plus d'être rassembleuse, la pratique porte en elle des valeurs propres à la tradition, notamment l'esprit de famille, la solidarité et le plaisir, qui sont elles aussi transmises avec la pratique et qui contribuent à souder le milieu et à resserrer les liens entre les villageois, qu'ils fassent partie de familles souches ou qu'ils soient de nouveaux arrivants.

Les reconnaissances extérieures dont a fait preuve la pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme sont des preuves de son dynamisme et de sa qualité. En voici des exemples :

- Mme Monique Jutras a réalisé une enquête sur la chanson à St-Côme en 1977, enquête durant laquelle elle a rencontré une trentaine de chanteurs. Un mémoire de recherche a été déposé à cet effet en 1985 à l'Université Laval. Le mémoire ainsi que le contenu de l'enquête sont disponibles à l'université Laval ainsi qu'au Centre du Patrimoine vivant de Lanaudière.
- M. Clarence Bordeleau a été identifié comme un porteur de tradition émérite et a participé à la tournée « Gens du Québec », tournée canadienne au Manitoba, en Saskatchewan et à Vancouver, dans le cadre de l'Exposition universelle de 1986, et aux Etats-Unis, pour le centenaire de la Statue de la Liberté à New York la même année ;
- Mme Clémence Gagné-Venne a été invitée, en 1989, au Smithsonian Festival of American Folklife à Washington ;
- Une équipe de télévision allemande est venue filmer un cercle de chansons dans la famille Marion en 2001 ;
- Mme Marielle Aumont-Marion a été honorée lors du colloque Lanaudière, terre de traditions en 2002 pour sa contribution à la transmission de la chanson traditionnelle dans sa famille ;
- Deux chercheurs reconnus de France, soit Michel Colleu (ARMEN et Chasse-Marée) en 2002 et Jany Rouger (Président de la FAMDT - Fédération des associations de musique et de danse traditionnelles de France) en 2006 sont venus rencontrer des porteurs de tradition à Saint-Côme ;
- La pratique de la chanson traditionnelle de la famille Marion a été classée dans Irepi (Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel, Université Laval) en 2007 (Famille Aumont-Marion : chansons traditionnelles) ;
- L'organisme Lanaudière : Mémoires et Racines a désigné Saint-Côme comme Capitale québécoise de la chanson traditionnelle en 2008. (Depuis la nomination, la radio régionale (CFNJ) évoque régulièrement cette nomination sur les ondes, et lors d'une démarche de reconnaissance de la part de la municipalité de Saint-Côme, plus d'une trentaine de municipalités de la région de Lanaudière ont appuyé cette reconnaissance).
- Dans le cadre d'un échange franco-québécois, Messieurs Gaston Lepage et Serge Thériault ont représenté le festival Chants de Vielles à La Fête du Chant de Bovel en Bretagne en 2010.
- En 2013, la Fête au Petit Village de Repentigny a reçu le village de Saint-Côme afin de mettre de l'avant sa tradition chantée.

Ces démarches de reconnaissance de la pratique de la chanson traditionnelle à Saint-Côme appuient le dynamisme et l'évolution de ladite pratique à Saint-Côme. »

Source : Municipalité de Saint-Côme

Haut de la page

Historique

« La pratique du chant existe depuis les débuts de l'humanité. En effet, la musique vocale serait fort antérieure à la musique instrumentale et elle tirerait son origine des premiers cultes, des rites et de l'échange magique avec l'invisible.

Pour sa part, la pratique de la chanson traditionnelle francophone s'échelonne sur plusieurs siècles. Il est d'ailleurs possible, à l'aide d'une étude scientifique de son contenu et de sa structure, de démontrer qu'elle provient de l'Europe médiévale et que sa présence remonte jusqu'au XIe siècle.

Les chansons de tradition orale au Québec proviennent surtout de la France. Malgré la distance et les siècles qui ont passé, on note encore plusieurs similitudes entre le répertoire québécois - lanaudois et st-cômien - et le répertoire européen. Le reste du répertoire traditionnel, plus récent, a été créé en Amérique du Nord. Il provient notamment d'auteurs anonymes canadiens-français. Plusieurs peuples français d'Amérique et d'Europe ont donc en commun l'héritage culturel que représente la chanson traditionnelle francophone.

La pratique de la chanson traditionnelle a débuté à Saint-Côme avec l'arrivée des premières familles. Vers 1855, des familles, acadiennes pour la plupart, ont quitté Saint-Jacques-de-l'Achigan (aujourd'hui Saint-Jacques) et sont allées coloniser les hautes terres vierges. Elles se sont établies dans un coin de pays qui deviendra le village de Saint-Côme en 1867. Ces familles ont vécu - et survécu - principalement de l'exploitation forestière et du travail de la terre.

La vie était difficile et les divertissements se faisaient plutôt rares. De plus, l'éloignement et l'isolement contribuaient à rendre le quotidien plus ardu. Ainsi, les gens devaient-ils se désennuyer et se divertir avec les moyens dont ils disposaient. La pratique de la chanson traditionnelle a donc rapidement été à la fois un acte quotidien pour contrer l'ennui ou pour accompagner les corvées, et un acte social autour duquel les familles, les amis et les voisins se sont rassemblés et divertis. Les habitants de Saint-Côme ont « cultivé la chanson folklorique » et en ont fait « la compagnie de leur vie de travail comme de leurs loisirs ».

Mme Marielle Aumont-Marion, une chanteuse de 85 ans, affirme qu'au début et au milieu du 20e siècle, toutes les familles de Saint-Côme chantaient. »

Source: Centre du patrimoine vivant de Lanaudière (CPVL)

Haut de la page

Contexte

« La pratique de la chanson traditionnelle connaît une grande vitalité dans le village de Saint-Côme. Bien qu'ils évoluent avec le temps, différents contextes se prêtent à cette pratique.

Plusieurs personnes chantent de façon très naturelle en travaillant, le plus souvent par habitude, de façon inconsciente et a cappella. Ce contexte de pratique existe également dans d'autres villages et d'autres régions, mais on peut en observer une très grande concentration à Saint-Côme.

Ce qui distingue également Saint-Côme, c'est la pratique des jeunes. En effet, ils s'intéressent grandement à cette pratique. On peut citer en exemple les déplacements quotidiens en autobus scolaire jusqu'à l'école secondaire de Rawdon. Un peu plus d'une heure par jour, les jeunes y ont chanté des chansons traditionnelles pendant des années, et ce, sur plusieurs générations. Aujourd'hui, ils écoutent plutôt la radio régionale qui diffuse de la musique traditionnelle à l'heure du retour à la maison.

La veillée de chansons constitue également un contexte important pour la pratique de la chanson traditionnelle. Elle n'a pas seulement cours dans le temps des fêtes, mais tout au long de l'année, notamment lors des fêtes calendaires et des événements heureux, par exemple lors d'un anniversaire ou d'un mariage.

Les gens se réunissent en famille ou entre amis, le plus souvent dans la cuisine, forment un cercle et chantent à tour de rôle. La place y est surtout laissée aux chansons à répondre (Saint-Côme est reconnu pour aimer les chansons qui « roulent »), mais les ballades et les complaintes y trouvent aussi leur place, surtout aux petites heures. Dans une recherche effectuée en 1985, Monique Jutras affirme que tous les types de chansons traditionnelles se trouvent dans le répertoire de Saint-Côme. Certaines familles souches se rassemblent encore aujourd'hui pour chanter pendant deux jours, comme la famille Marion. Elle se réunit notamment les 1er et 2 janvier pour chanter parfois sans relâche. Certaines années, cette pratique dure près de 30 heures d'affilée. Des gens de tous les âges y interprètent leurs chansons et répondent en choeur. Une grande place est laissée aux enfants, et les femmes chantent autant que les hommes. Les chansons sont parfois interprétées a cappella (surtout les complaintes), mais l'accompagnement des instruments de musique et de la podorythmie est de plus en plus présent dans les veillées.

Des notes retrouvées ainsi que des témoignages d'aînés nous apprennent que les veillées de chansons entre voisins constituaient jadis l'un des loisirs les plus fréquents. Pour plusieurs raisons, notamment l'offre de divertissements grandissante et l'éparpillement des familles, les veillées de chansons sont moins fréquentes aujourd'hui dans certaines familles. On peut cependant constater l'essor d'un autre contexte de pratique, celui de la représentation publique.

En effet, depuis les années 1970, la pratique de la chanson traditionnelle sort de son contexte intime et privé pour se manifester dans des événements publics. On peut entendre des chansons traditionnelles dans les fêtes, les bars, les festivals, les spectacles, lors d'ateliers, de randonnées chantées, de joutes oratoires, etc. Depuis 20 ans, du mois d'octobre au mois de décembre, à Saint-Côme, des centaines de personnes assistent à des spectacles de musique traditionnelle offerts au Bar Pelletier : les « Vendredis folkloriques ».

La scène est ainsi devenue un élément significatif dans la pratique de la chanson traditionnelle puisqu'un grand nombre de groupes et de musiciens viennent de Saint-Côme. Si les années 1940 ont vu naître les premiers groupes officiels de musiciens engagés pour les veillées, les noces ou autres rencontres, aujourd'hui, en 2014, 25 groupes de musique traditionnelle sont composés, en tout ou en partie, de Saint-Cômiens, qui interprètent surtout des chansons de leur répertoire local ou familial. »

Source: Centre du patrimoine vivant de Lanaudière

Haut de la page

Apprentissage et transmission

« La pratique de la chanson traditionnelle se transmet de génération en génération, par mimétisme. Ceux qui ont été élevés dans un mode de vie qui faisait une grande place à la chanson ont à leur tour introduit sa pratique dans leur vie. Il est intéressant de spécifier que la transmission ne s'arrête pas à la pratique elle-même et que les ses particularités sont parfois également transmises, par exemple une gestuelle particulière, une ornementation dans la voix, le fait de chanter debout, d'émettre des cris aigus et saccadés pour faire redoubler d'entrain le chanteur et les répondeurs, etc. La veillée de chansons constitue notamment un lieu propice à la transmission de la pratique et de la chanson.

La tradition veut que certaines chansons, ou certaines versions, « appartiennent » à certaines personnes. Ce sont des chansons qui leur collent à la peau et qui sont reconnues par la communauté comme étant « leurs chansons ». Le plus souvent, par respect, la personne qui apprend une chanson ne l'interprète pas en présence de celle qui la lui a transmise, lui laissant ainsi la possibilité de la chanter. Lors du décès du passeur, la chanson peut librement être interprétée, non sans être chargée d'émotion puisqu'elle est en quelque sorte imprégnée du souvenir de la personne, de ce qu'elle représentait pour le chanteur.

Autrefois, les chansons n'étaient pas écrites. La mémoire constituait donc le seul moyen de conservation, d'où les variantes de vocabulaire, de syntaxe, de morphologie, de versification, de phonétique et de mélodie d'une chanson. Si la chanson a été, à une époque, transmise uniquement de bouche à oreille, elle connaît maintenant de nouveaux modes de transmission. Elle est notamment de plus en plus écrite et consignée dans des cahiers. Il est remarquable qu'à Saint-Côme, dans les années 1950, les gens ont commencé à s'enregistrer, d'abord avec des bobines et ensuite avec des enregistreuses. Ces enregistrements, qui sont très nombreux et qui sont présents dans un grand nombre de familles, ont permis la transmission d'un répertoire précieux. De nombreuses collectes ont d'ailleurs été faites à Saint-Côme par des chanteurs intéressés de s'approprier le répertoire de leur village, par exemple Eric Beaudry qui a effectué une collecte auprès des porteurs de tradition en 2001. Des chercheurs et des chanteurs de l'extérieur sont également venus collecter à Saint-Côme, dont Monique Jutras, Robert Bouthillier, Yves Lambert, Guy Bouchard, Danielle Martineau, Gilles Cantin, Lisa Ornstein, Michel Bordeleau, etc. Le Centre régional d'animation du patrimoine oral ainsi que le Centre du patrimoine vivant de Lanaudière ont aussi réalisé des collectes auprès des chanteurs de Saint-Côme et leur contenu est publique.

Certains éléments extérieurs ont influencé la pratique et le répertoire traditionnel des familles de Saint-Côme, notamment la vie dans les chantiers, qui a favorisé l'échange de chansons, et les séjours aux États-Unis de certaines familles en recherche de travail. De plus, l'apparition de la radio et ensuite de la télévision a constitué un élément marquant pour la tradition chantée puisqu'elle a donné accès à un répertoire plus vaste et à différentes façons de pratiquer la chanson traditionnelle.

Depuis les années 1970 - mais de façon beaucoup plus marquée depuis les années 1990 -, le milieu professionnel représente un moteur important de la transmission de la pratique de la chanson traditionnelle et de la chanson elle-même. En effet, les groupes de musique traditionnelle sont de plus en plus nombreux et rendent la pratique et le répertoire accessibles par le biais de leurs spectacles et de leurs albums. Ce phénomène permet aux gens qui n'ont pas grandi dans le milieu de la pratique de la chanson traditionnelle d'être en contact avec cette dernière, la rendant ainsi plus accessible au grand public à Saint-Côme, mais également dans Lanaudière, au Québec et dans le monde. » Source: CPVL

Haut de la page

Emplacement

Region administrative :

  • Lanaudière

MRC :

  • Matawinie

Municipalité :

  • Saint-Côme

Haut de la page

Références

Notices bibliographiques :

  • Centre du patrimoine vivant de Lanaudière. Le chant du monde. Projet de collecte, 2014. s.p.
  • GRIGGS, Mary Ann. La chanson folklorique dans le milieu canadien-français traditionnel. Sudbury, Société historique du Nouvel-Ontario et Université de Sudbury, 1969. 22 p.
  • GUILCHER, Jean-Michel. La chanson folklorique de langue française, la notion et son histoire. Paris, Atelier de la danse populaire, 1985. 185 p.
  • HUBERT, Lisan et Danielle MARTINEAU. On a du plaisir nous autres. Joliette, Centre d'animation du patrimoine oral de Lanaudière, 2004. 198 p.
  • JUTRAS, Monique. Chanson traditionnelle de Saint-Côme. Archives de folklore et d'ethnologie de l'Université Laval, fonds Monique Jutras, 1985. 50 p.
  • LAFORTE, Conrad. « La chanson de tradition orale, patrimoine poétique et musical ». Les cahiers de l'Association pour l'avancement de la recherche en musique au Québec. No 16 (s.d.), p. 53-64.

Multimédias disponibles en ligne :

Haut de la page

Gouvernement du Québec

© Gouvernement du Québec, 2013