Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Pratique du canot à glace à Montmagny

Type :

Patrimoine immatériel

Autre(s) nom(s) :

  • Navigation en canot à glace

Région administrative :

  • Chaudière-Appalaches

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Pratique
  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques ludiques et sportives > Activité de compétition > De glisse/glace > Pratique
  • Pratiques techniques > Liées au transport (métiers inclus) > Maritime et fluvial > Navigation

Éléments associés

Patrimoine immatériel associé (1)

Inventaires associés (1)

Images

Description

La navigation en canot à glace est une pratique traditionnelle qui fait partie de la vie des résidents de la région de Montmagny depuis des siècles. Cette activité se pratique dès la formation des glaces sur le fleuve et se termine lorsque celles-ci sont fondues. Elle consiste à naviguer en canot entre les glaces ou à franchir les surfaces gelées en montant sur celles-ci et en faisant glisser le canot sur ces dernières pour ensuite redescendre dans l'eau et poursuivre la navigation en ramant. Les canots et équipements utilisés aujourd'hui sont très différents de ceux d'autrefois, mais les canotiers qui se déplacent avec leur embarcation sur l'eau ou sur les glaces, exécutent les mêmes mouvements que leurs prédécesseurs. La navigation en canot à glace exige une grande connaissance de la navigation, du fleuve, des glaces, des vents et des marées, des savoirs et savoir-faire exceptionnels développés au fil du temps et transmis de génération en génération.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

La navigation en canot à travers les glaces remonte au moins au XVIIe siècle, et peut-être même avant, puisque les Amérindiens naviguaient déjà en canot d'écorce l'hiver lorsque les Européens sont arrivés en Amérique du Nord. Il est peu probable que les habitants de Montmagny aient navigué l'hiver aux débuts de la colonie, mais il est certain que les habitants des îles environnantes ont été influencés par les techniques de navigation des Amérindiens. Les insulaires auraient cependant rapidement délaissé les canots d'écorce, jugés trop fragiles, pour adopter des embarcations plus solides et sécuritaires. Leurs canots, généralement fabriqués en chêne selon les techniques de construction navale traditionnelle, étaient mieux adaptés à la navigation dans ce secteur de forts courants, de grandes marées et de fortes glaces. Aux XVIIIe et XIXe siècles, le canot était toujours le seul moyen de transport entre les îles et Montmagny pendant la saison hivernale. Les insulaires qui n'avaient pas d'autre moyen d'entrer en contact avec le monde extérieur durant l'hiver, utilisaient le canot à glace pour transporter des vivres, du courrier, des malades, etc. Les traversées en canot à glace entre les Îles et Montmagny étaient très fréquentes à cette époque. Les canotiers, qui se servaient uniquement de rames, d'avirons et de voiles, devaient faire preuve de beaucoup d'endurance et de force pour naviguer sur les eaux glacées du fleuve avec leur canot lourdement chargé de passagers ou de victuailles. L'arrivée à Montmagny était particulièrement éprouvante puisqu'après avoir hissé leur canot en sécurité sur les battures, ils devaient marcher sur une longue distance dans le vent et le froid avant d'atteindre la terre ferme. Le retour dans les îles devait se faire avant la tombée de la nuit. Ces voyages, même dans les meilleures conditions, duraient souvent 6 ou 7 heures, aller-retour. Au début du XXe siècle, le canot à glace servait encore au transport de la poste, du bétail, des denrées et des personnes entre les îles et Montmagny. On traversait aussi pour aller chercher le médecin, transporter les malades à l'hôpital ou ramener aux îles les morts qui revenaient dans leur cercueil. Ces traversées étaient tellement entrées dans les m¿urs que certains insulaires ne craignaient pas de partir seuls en canot à glace pour voyager d'une île à l'autre ou se rendre à Montmagny. A partir des années 1950, les traversées en canot à glace entre les îles et Montmagny se feront cependant moins fréquentes, l'avion ayant pris le relais. Le canot à glace continuera néanmoins de faire partie de la vie des résidents de Montmagny, mais sous une autre forme : la compétition sportive. Les canotiers de Montmagny, dont plusieurs sont originaires des îles, ont été parmi les premiers à participer aux courses en canot organisées chaque année dans le cadre du carnaval d'hiver de Québec depuis 1955. Certains d'entre eux sont même devenus des champions dans cette discipline et ont innové en construisant des canots de plus en plus performants, contribuant ainsi à la popularité de ce sport dans la région et à la transmission des savoirs et savoir-faire associés à cette pratique. De nos jours, le canot à glace occupe toujours une place privilégiée dans le c¿ur de nombreux résidents de Montmagny qui prennent part aux courses de canot organisées dans différentes régions du Québec ou y assistent en tant que spectateurs. Certains utilisent aussi parfois le canot à glace pour effectuer des traversées ludiques vers les îles environnantes, parcourant ainsi les trajets maintes fois empruntés par leurs prédécesseurs.

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Contexte

Les canots à glace utilisés autrefois dans la région de Montmagny étaient généralement construits en chêne et pesaient autour de 200 kg (440 livres), parfois plus. Ils étaient conçus de manière à ce que les canotiers rament côte à côte. Certains canots étaient munis d'une voile que les canotiers hissaient lorsqu'ils se retrouvaient sur une étendue d'eau libre de glace. Les canotiers portaient des vêtements de laine et des bottes de cuir imperméabilisées avec de l'huile de loup marin (phoque commun) auxquelles ils ajoutaient des crampons de métal de fabrication artisanale pour ne pas glisser sur la glace. Au fil du temps, les équipements utilisés par les canotiers se sont beaucoup améliorés, leur rendant la vie un peu plus facile. De nos jours, les canotiers utilisent des canots en fibre de verre dont le poids tourne autour de 115 kg (250 livres) et ils enduisent les enduisent de cire afin qu'ils glissent mieux sur les surfaces glacées, ce qui leur permet de filer à une vitesse variant entre 6 et 20 km/h sur la glace et 14 km/h sur l'eau. Ces canots sont conçus de manière à ce que les canotiers s'assoient l'un derrière l'autre lorsqu'ils doivent ramer. Ils comportent aussi des barres à pieds et des genouillères que les canotiers utilisent pour trottiner. Les rames en bois utilisées autrefois ont été remplacées par des rames en fibre de carbone, un matériau plus léger et résistant, mais tout comme autrefois, elles sont munies de pics en acier utilisés pour se donner un élan en poussant sur les glaces ou les repousser. Les canotiers portent aujourd'hui des vêtements en lycra et des bottes en néoprène munies de semelles cloutées qui leur servent de crampons lorsqu'ils doivent tirer le canot sur les glaces ou le faire avancer en trottinant.

Pour s'aventurer sur le fleuve en canot l'hiver, il faut une bonne dose de témérité, car les eaux glacées du fleuve sont recouvertes en bonne partie d'énormes glaces charriées par les marées, les courants et les vents. Les canotiers qui se déplacent en équipe formée de 5 personnes, doivent donc bien connaître le fleuve et la navigation pour effectuer une traversée sans chavirer ou perdre le contrôle de leur embarcation au contact des glaces. Avant de monter à bord de leur canot, ils doivent tenir compte des conditions climatiques et de l'état du fleuve et choisir leur trajet en conséquence. Lorsque le canot se retrouve à l'eau, c'est le barreur, situé à l'arrière, qui donne les ordres aux autres canotiers et dirige l'embarcation à l'aide d'un aviron. Il doit essayer de trouver le meilleur passage pour que le canot puisse se faufiler entre les glaces. Les canotiers, le dos tourné à l'avant du canot, rament en cadence en s'appuyant les pieds sur les barres fixées au fond du canot, maximisant ainsi leurs forces de propulsion. Lorsque le canot se retrouve coincé entre les glaces ou lorsque le barreur aperçoit une grande surface glacée qui semble solide, il avise ses coéquipiers. Les canotiers se retournent alors pour sauter tour à tour du canot et atterrir sur les glaces. Les canotiers placés à l'avant tirent le canot et le dirigent en tentant de trouver un passage vers une saignée où ils pourront remettre le canot à l'eau et continuer leur route en ramant. De nos jours, les canotiers utilisent aussi très souvent une nouvelle technique appelée « trottinette » qui aurait été mise au point en 1982 par l'équipe de François Lachance (un résident de Montmagny). Cette technique consiste à faire avancer le canot sur les surfaces glacées en gardant une jambe repliée à l'intérieur du canot et en poussant avec l'autre jambe. Au fil du temps, l'équipement et les techniques ont évolué, mais il n'en demeure pas moins que les canotiers perpétuent plusieurs savoirs et savoir-faire utilisés autrefois. La navigation en canot à glace demande aujourd'hui, tout comme autrefois, une grande connaissance des éléments environnementaux qui influencent la navigation sur le fleuve Saint-Laurent.

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Apprentissage et transmission

L'apprentissage de la navigation en canot à glace se fait souvent de père en fils, surtout dans les familles qui pratiquent cette activité depuis plusieurs générations. Les fils sont initiés à ce sport en assistant aux entraînements et courses auxquelles participe leur père. Vers l'âge de 13 ou 14 ans, ils commencent à accompagner leur père sur le fleuve et se familiarisent avec les rudiments du canot à glace. Certains canotiers sont aussi initiés à ce sport par un ami qui les invite à tenter l'expérience en remplaçant un membre de l'équipe absent lors d'un entraînement ou d'une course.

La transmission des savoirs et savoir-faire s'effectue généralement par observation et imitation. En observant et en imitant les gestes posés par un canotier plus expérimenté, les débutants apprennent à ramer en cadence, à trottiner, à embarquer et débarquer du canot sans le faire basculer. C'est aussi en observant un canotier plus expérimenté à l'oeuvre qu'ils apprennent à contrôler le canot pour qu'il ne soit pas emporté par les glaces ou à repérer les saignées qui permettent de naviguer entre les glaces.

La transmission des connaissances se fait aussi par la parole. En écoutant leurs aînés parler de leurs expériences passées, les jeunes se familiarisent avec certains savoirs acquis au fil des générations. Les canotiers plus expérimentés partagent aussi leurs connaissances avec les plus jeunes lors des activités sociales qui se tiennent en marge des courses. Les événements festifs associés à la navigation en canot à glace constituent en effet d'importantes occasions de rencontre pour les canotiers qui se transmettent leurs savoirs et savoir-faire, perpétuant ainsi une tradition vieille de plus de trois siècles dans la région de Montmagny.

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Emplacement

Region administrative :

  • Chaudière-Appalaches

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Références

Notices bibliographiques :

  • DOMPIERRE, Rose. La Grosse île, terre d'accueil. Québec, Éditions GID, 2005. 205 p.
  • Enregistrement avec FORTIN, Michel, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 31 mars 2014.
  • Enregistrement avec FORTIN, Raynald, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 24 mars 2014.
  • Enregistrement avec FORTIN, Simon, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 26 mars 2014.
  • Enregistrement avec GAGNÉ, Kevin, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 31 mars 2014.
  • GENEST, Bernard. « Le canot à glace : un patrimoine immatériel unique et exceptionnel ». Rabaska : revue d'ethnologie de l'Amérique française. Vol. 8 (2010), p. 51-58.
  • Enregistrement avec LACHANCE, Dominique, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 31 mars 2014.
  • Enregistrement avec LACHANCE, François, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 26 mars 2014.
  • Enregistrement avec LACHANCE, Jean-Marc, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 24 mars 2014.
  • Enregistrement avec LACHANCE, Joseph, réalisé par MARCHAND, Suzanne, « Canot à glace », Inventaire du patrimoine immatériel magnymontois, Ville de Montmagny (dir.), Montmagny, 25 mars 2014.
  • LAVOIE, Richard. « Du transport au sport : le canot à glace ». Cap-aux-Diamants. No 64 (2001), p. 29-34.
  • LAVOIE, Richard. Naviguer en canot à glace, un patrimoine immatériel. Québec, Les Éditions GID, 2012. 236 p.
  • LEMIEUX, Jean-Marie. L'Île-aux-Grues et l'Île-aux-Oies : les îles, les seigneurs, les habitants, les sites et monuments historiques. s.l. 1973. 178 p.

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