Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Pow-wow: rassemblements intertribaux et spirituels des Premières Nations

Type :

Patrimoine immatériel

Thématique :

  • Patrimoine autochtone (Patrimoine amérindien)

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Expression
  • Pratique

Classification :

  • Pratiques coutumières > Pratiques coutumières des groupes > Appartenance > Ethnique
  • Pratiques coutumières > Pratiques coutumières des groupes > Vie de relations (sociabilité) > Réjouissances et festivités

Éléments associés

Patrimoine immatériel associé (2)

Inventaires associés (1)

Description

Les pow-wow sont de grands rassemblements festifs organisés annuellement par et pour les amérindiens. Si la danse et le tambour sont au coeur des pow-wow, le programme des festivités inclut des démonstrations de pratiques traditionnelles (savoir-faire), des pratiques coutumières (festins), spirituelles (cérémonies) et parfois même des compétitions sportives (portage, course en canots). Les participants au pow-wow proviennent de la communauté hôte et des autres communautés autochtones du Québec, du Canada et parfois des États-Unis. Le grand public est également invité.

Le sentier des pow-wow regroupe des milliers d'événements en Amérique du Nord, dont 25 au Québec, en 2013, se déroulant de mai à octobre. L'envergure des événements varie d'une communauté à l'autre. Le pow-wow peut se dérouler pendant une journée et regrouper un petit nombre de danseurs et de joueurs de tambour; d'autres durent trois jours et regroupent des centaines de danseurs, plusieurs groupes de tambours et des milliers de spectateurs.

L'identité et la culture autochtone sont au coeur des pow-wow contemporains. Lieu de partage entre autochtones de diverses nations et non-autochtones, le pow-wow permet les échanges intergénérationnels, le partage des traditions et la cohésion sociale. Le pow-wow contemporain est un outil de revalorisation de la culture et un espace de revendication politique et identitaire. Il allie les pratiques traditionnelles partagées par plusieurs nations autochtones et réactualisent des pratiques disparues en les renouvelant et en innovant.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

Le terme pow-wow serait apparu au début du 19e siècle aux États-Unis (sujet toujours débattu) issu de l'algonquien : pawauogs. D'abord lié aux rituels de guérison des nations du Nord-Est américain, le mot aurait été utilisé par les colporteurs blancs de médicaments pour désigner leurs remèdes. Pour attirer les clients, ils engageaient des danseurs autochtones. Le mot désigna alors la performance des danseurs, puis les rassemblements tribaux. Il est difficile de retracer l'usage de ce terme au Québec. On peut supposer qu'il a été popularisé par la littérature et le cinéma sur le Far West.

Les grands rassemblements tribaux et intertribaux existaient bien avant l'arrivée des Européens. La danse, les chants aux tambours, les festins faisaient partie des cérémonies religieuses, des préparatifs de guerre, des célébrations de victoire ou d'alliances entre nations. Lors de son voyage au pays des Hurons (1623-1624), le père récollet Gabriel Sagard décrit ces événements tribaux où l'on danse et chante : «pour agréer à leurs démons», pour honorer quelqu'un, pour se réjouir d'une victoire et d'un traité d'alliance, lors des cérémonies de guérison et des rituels de passage (cérémonie des morts, entre autres).

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, la Loi sur les Indiens interdisait : la danse, les festivals et certaines cérémonies à caractère religieux. Au Québec, dès le 17e siècle, avec l'évangélisation, plusieurs pratiques culturelles et religieuses furent proscrites. Les nouveaux convertis devaient brûler leur tambour et renoncer à la danse et à leurs «superstitions». Les tambours et la danse trouveront refuge dans la profondeur des bois.

Les rassemblements traditionnels tribaux furent remplacés par les rassemblements religieux lors des fêtes du calendrier catholique, particulièrement en été pour la fête de Sainte-Anne (juillet) et pour l'Assomption de la Vierge (août). La fête de l'Assomption, toujours célébrée dans la communauté innue de Pessamit, rassemblait la communauté avant le départ des familles vers leur territoire de chasse. Encore aujourd'hui, ces deux fêtes sont célébrées dans la plupart des communautés amérindiennes francophones du Québec.

Dans les années 1970 et 1980, différentes communautés amérindiennes organisèrent des «pow-wow». Sous ce vocable était regroupé différents types de manifestation : des festivals culturels, des banquets, des événements sportifs. À Mashteuiatsh en 1986, le programme des activités était axé sur des compétitions d'agilité et d'adresse : portage, course en canot, tir à la carabine, etc. L'événement était accompagné d'un volet culturel. À la même période, à Pessamit, un pow-wow était organisé pendant les festivités de la fête de l'Assomption. Aujourd'hui, à Mashteuiatsh, le programme du Grand rassemblement des Premières Nations conserve les activités sportives, tout en y ajoutant un pow-wow traditionnel.

Selon Édouard Chilton, maître de cérémonie atikamekw, les pow-wow des années 1970 et 1980, étaient des rencontres sociales. La spiritualité était absente de ces manifestations. «Aujourd'hui, on fait un retour aux sources dans nos pow-wow. La danse et le tambour ont retrouvé leur caractère sacré. On joue du tambour, on danse, on partage de la nourriture traditionnelle, on redécouvre nos traditions. Ce sont toujours des rencontres sociales, mais la spiritualité autochtone y a maintenant sa place.»

Les pratiques autrefois interdites : la danse, le chant et le tambour, revivent sous une forme autre, alliant tradition et innovation.

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Contexte

Il y a deux grands types de pow-wow : traditionnel et de compétition. Bien que ces deux types soient assez semblables dans leur déroulement, le pow-wow de compétition se distingue par la tenue de concours de danses et de tambours. Au Québec, la majorité des pow-wow sont traditionnels. Les danseurs et les joueurs de tambour partagent leur art, leur savoir et leur savoir-faire avec les autres participants. C'est l'occasion de tisser des liens, d'échanger, de visiter des amis ou des parents, de renouer des amitiés.

L'espace du pow-wow est divisé en cercles concentriques, du plus sacré au profane. Le cercle est symbole du cycle de la vie et de l'interdépendance des éléments de l'univers. Le cercle intérieur (aréna) est réservé à la danse, les tambours y sont parfois installés. Un mât est planté au milieu. Avant la fête, un guide spirituel purifie, par la fumigation des herbes sacrées, l'aréna, les personnes et les objets qui s'y trouvent.

Au deuxième cercle, les tambours sont installés sous un abri circulaire près de la loge des maîtres de cérémonie. Un abri est réservé aux aînés. Les tentes des danseurs et de leurs familles et les estrades des spectateurs s'ajoutent. Le troisième cercle est réservé aux kiosques commerciaux ou spécialisés. À l'extérieur de ce cercle, sont disposés tentes et véhicules récréatifs.

Le déroulement varie, mais avec les mêmes éléments. La Grande entrée lance la période dédiée à la danse et aux tambours. Elle a lieu, en général, le vendredi soir ou le samedi vers midi. Cérémonie protocolaire, participants et spectateurs doivent respecter certains codes. Il est interdit de photographier ou de filmer. Pour le chant inaugural (au drapeau), l'invocation et le chant aux vétérans, l'audience doit se lever et les hommes se découvrir. L'entrée du cortège se fait par la porte de l'Est, symbolisant la naissance, la lumière et la paix.

Le directeur d'aréna donne le signal du chant inaugural. Au premier battement du tambour, les deux danseurs de tête (head dancers), un homme et une femme, entrent. Ils initient et mènent les danses intertribales et les danses en rond (round dances). Ils sont choisis pour leur comportement exemplaire (pas d'alcool, ni de drogue), leur respect des règles des pow-wow et leur performance. Les porteurs de bâtons à exploits (staff) suivront, accompagnés des dignitaires portant les drapeaux des nations et des groupes présents, des vétérans (policiers, soldats) et des danseurs (par catégorie), au rythme du chant au drapeau. Un guide spirituel invoque le Créateur. Suivra le chant aux vétérans. Les bâtons sont attachés au mât central, près des drapeaux. Ils seront retirés à la fin des cérémonies.

Les danses se succèderont pendant 4 à 5 heures. Les joueurs de tambours se relaient. Les danseurs, uniquement ceux vêtus de leur regalia, participent à l'une ou l'autre des catégories : danse de l'herbe (homme), danses traditionnelles (homme ou femme), danse des châles (femme), danse des clochettes (femme, danse de guérison), danse de la perdrix (homme), saut du corbeau (homme), danse furtive, etc. En général, les danseurs ne participent qu'à une seule catégorie de danse. Les danses intertribales et les danses en rond (round dance) sont ouvertes à tous. Le directeur de l'aréna s'assure du respect des règles. Il reçoit les demandes de guérison pour les danseuses aux clochettes et intervient lorsqu'un danseur perd une plume d'aigle. Il travaille avec les maîtres de cérémonies qui annoncent les prestations et expliquent les danses.

Trois périodes de danses et de tambours ont lieu, précédées chacune d'une Grande entrée. Lors des pow-wow traditionnels, des activités à caractère spirituel ou social sont également au programme : la cérémonie du lever du soleil, des cérémonies pour les nouveau-nés ou celles des premiers pas et des repas communautaires. En marge du pow-wow, des loges de sudation sont disponibles pour les participants.

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Apprentissage et transmission

Les pow-wow traditionnels sont des moments de valorisation, de transmission et de sauvegarde de la culture amérindienne. C'est un événement d'envergure qui implique une grande partie de la population hôte. Les membres de la communauté hébergent les visiteurs d'autres communautés, préparent les mets traditionnels; ils sont bénévoles ou participent en tant que spectateurs.

Dans les pow-wow traditionnels, les danseurs et les joueurs de tambours ne se donnent pas en spectacle, l'audience étant en majorité composée de danseurs et de joueurs de tambours, de leur famille, de leurs amis, de visiteurs d'autres communautés autochtones. Les participants célèbrent ensemble leur fierté d'appartenir à une culture commune.

C'est à l'intérieur des familles qu'on est initié au pow-wow. Plusieurs danseurs, joueurs et chanteurs de tambour, accompagnés de leur famille, suivent la route des pow-wow les fins de semaine. Les jeunes sont rapidement initiés à la danse et aux règles par leurs parents, qui sont souvent eux-mêmes des danseurs. Il n'est pas rare de voir danser des enfants de 4 ou 5 ans vêtus de leur regalia. Ils ont d'ailleurs leurs danses inspirées des animaux. Ils apprennent à coudre leur regalia et à danser en imitant les gestes de leurs parents et en observant les danseurs sur la route des pow-wow.

À Wemotaci, avant la tenue du premier pow-wow traditionnel en 1997, des membres de la communauté ont participé à d'autres pow-wow au Canada en tant qu'observateurs. Ils ont rencontré des personnes-ressources qui leur ont transmis les règles et les codes. Ils ont également organisé des événements à caractère spirituel dans la communauté afin de préparer la population à la tenue du pow-wow. Aujourd'hui, plusieurs membres de la communauté sont en formation pour assumer les postes-clés soit : directeur d'aréna et maître de cérémonie. L'apprentissage se fait par contact direct avec les directeurs et maîtres de cérémonie.

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Objets

C'est au rythme des tambours et des chants que les danseurs et les spectateurs vont vivre le pow-wow. Le tambour symbolise les battements du coeur et les liens de la tradition. Sa forme circulaire rappelle les valeurs de partage et de respect mutuel. De peau brute de cervidé tendue sur un cerceau de bois, le tambour est de grande dimension, accueillant plusieurs joueurs/chanteurs. Objet sacré, il est traité avec respect, rien n'est déposé sur le tambour, on le touche sur invitation. Il est remisé dans une couverture ou une enveloppe par son gardien. Avant de battre le tambour, les joueurs/chanteurs, le tambour, les baguettes sont purifiés. On dépose sur le tambour une offrande de tabac.

Lors des pow-wow, les tambours collectifs sont à l'honneur. Un tambour hôte (host drum) est invité, pour les chants d'honneur. Plusieurs groupes de tambours, et des choeurs de femmes, se joindront au tambour hôte. Le rythme et les chants varient selon la cérémonie ou les danses.

Perlés, brodés de motifs traditionnels et contemporains, confectionnés de matériaux naturels (sabots de cervidés, plumes, os, cuir) ou synthétiques, agrémentés d'accessoires (bijoux, broches, sacs, mocassins, chapeau, bandeau) les regalia sont les éléments les plus spectaculaires des pow-wow. Chaque danse a une regalia particulière. Celle du danseur de l'herbe aura de longues franges, celle de la danseuse de clochettes est ornée de petites pièces de métal; les danseuses du châle porteront une grande pièce carrée ou rectangulaire sur leurs épaules. En général, les danseurs confectionnent eux-mêmes leur habit et accessoires. La regalia est très personnelle et reflète la vie, les émotions, la spiritualité du danseur. La regalia n'est jamais terminée et chaque pièce ou ornement a une signification.

Les bâtons à exploits sont richement décorés et ornés de symboles propres à chaque nation ou à des groupes particuliers (jeunes, aînés). Le bâton de l'aigle, de nature spirituelle, a préséance sur tous les autres, il représente la Nation. Il comporte toujours des plumes d'aigle, symbole de courage et de force. Si on veut honorer une personne, c'est près du mât qu'on fera la cérémonie (le mât représente un guerrier mort au combat). Le mât reçoit les bâtons à exploits qui symbolisent des armes de guerre. Il les protègera tout au long du pow-wow. Le mât est orné de rubans aux couleurs des quatre points cardinaux : jaune pour l'Est, rouge pour le Sud, noir pour l'Ouest, blanc pour le Nord. Ces rubans représentent également les quatre éléments : l'eau, la terre, l'air, le feu, les quatre saisons et les quatre races.

Sacrée, la plume d'aigle est utilisée pour la purification des personnes et des objets. Elle fait également partie des regalia, particulièrement sur les coiffes et les queues décoratives (bustle). Si une plume d'aigle tombe sur la piste, elle doit être ramassée au cours d'une cérémonie. Elle représente un guerrier mort. Le directeur de l'aréna demande à quatre danseurs traditionnels (les quatre points cardinaux) de danser pour récupérer la plume. La plume sera remise à celui qui l'a perdue, moyennant une offrande aux autres danseurs; la plume pourra aussi être remise à une personne qu'on juge digne de la recevoir. Lors de cette cérémonie, l'audience doit se lever et il est interdit de prendre des images.

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Références

Notices bibliographiques :

  • BROWNER, Tara. Heartbeat of the people : music and dance of the northern pow-wow. Music in American life. Urbana, University of Illinois Press, 2002. 163 p.
  • CAVANAGH, Beverly, M. Sam CRONK et Franziska von ROSEN. « Vivre ses traditions : Fêtes intertribales chez les Amérindiens de l'Est du Canada ». Recherches amérindiennes au Québec. Vol. 18, no 4 (1988), p. 5-22.
  • Enregistrement avec CHILTON, Édouard, réalisé par SAINT-PIERRE, Louise, « Le déroulement du pow-wow », Patrimoine immatériel des Premières Nations, Wapikoni mobile (dir.), Wemotaci, 20 août 2013.
  • Enregistrement avec FLAMAND, Sipi, réalisé par SAINT-PIERRE, Louise, « Le déroulement d'un pow-wow et l'habit de pow-wow », Patrimoine immatériel des Premières Nations, Wapikoni mobile (dir.), Manawa, 9 juillet 2013.
  • JÉRÔME, Laurent. Jeunesse, musique et rituels chez les Atikamekw (Haute-Mauricie, Québec) : ethnographie d'un processus d'affirmation identitaire et culturelle en milieu autochtone. Université Laval, 2010. 363 p.
  • MALIGNE, Olivier. « Patrimoines amérindiens : entre rites et spectacles ». Ethnologie française. Vol. 40, no 3 (2010), p. 425-435.
  • Wapikoni mobile. Wapikoni mobile. Cinéma des Premières Nations [En Ligne]. http://www.wapikoni.ca

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