Ministère de la Culture et des Communications
Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Prise de Québec par les frères Kirke

Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

Haut de la page

Synthèse

La prise de Québec par les frères Kirke est un épisode important des débuts de la colonie de la Nouvelle-France. Il s'agit du premier siège dirigé contre la capitale de la Nouvelle-France, précédant ceux de William Phips (1690), la tentative de Hovenden Walker (1711) et celui de James Wolfe (1759).

En 1627, alors que l'Angleterre s'allie avec les protestants de La Rochelle dans une guerre contre la France, des marchands anglais et calvinistes de Dieppe forment une compagnie afin de commercer et d'établir des colons en Nouvelle-France. Du nombre se trouvent les frères David, Lewis, Thomas, John et James Kirke. Corsaires, ils sont munis de lettres de marque du roi anglais Charles 1er pour s'emparer du Canada et de l'Acadie. Partis en mars 1628 à bord de trois navires, ils prennent possession de l'établissement de pêche de Miscou (Miscou-Centre, Nouveau-Brunswick) et du poste de traite de Tadoussac, avant d'incendier des bâtiments à Cap-Tourmente. Le 10 juillet, des émissaires livrent un message à Samuel de Champlain le sommant de rendre l'habitation de Québec. Champlain refuse et les frères Kirke entreprennent un blocus du Saint-Laurent. Le 18 juillet, quatre vaisseaux chargés de ravitaillement et de colons affrétés par la Compagnie des Cent Associés sont pris par les corsaires à la suite d'un affrontement.

Les vainqueurs repartent en Angleterre en 1628. Leur société fusionne avec celle de William Alexander pour fonder la Company of Adventurers to Canada. C'est au nom de cette entreprise que les frères Kirke font voile vers Tadoussac en avril 1629 avec une flotte de six navires. David y établit une base d'opérations, puis envoie à Québec trois vaisseaux et 150 hommes guidés par un déserteur français, Jacques Michel. Le 19 juillet, faute de vivres et de munitions, Champlain livre la colonie à Thomas et Lewis Kirke. Il obtient toutefois que les colons conservent leurs possessions et leurs armes. Vingt et un d'entre eux demeurent à Québec alors que les autres s'embarquent sur des navires anglais avant d'être éventuellement ramenés en France.

En route vers Tadoussac, Champlain et Thomas Kirke croisent les navires de la Compagnie des Cent Associés, commandée par Émery de Caën, venus approvisionner la colonie. Ce dernier est défait après un court engagement. À Tadoussac, Champlain rencontre David Kirke puis, le 14 septembre, les deux hommes voguent vers l'Angleterre. Une fois arrivée, Champlain s'entretient avec l'ambassadeur de France à Londres et cherche à récupérer la colonie. La signature du traité de Suse le 24 avril 1629, qui met un terme aux hostilités franco-anglaises, rend légitimes ses revendications.

De 1629 à 1632, des négociations entre la France et l'Angleterre ont lieu au sujet de la rétrocession du Canada et de l'Acadie. Charles 1er retarde les pourparlers notamment parce que Louis XIII, roi de France et également son beau-frère, ne s'est pas acquitté de la dot de sa femme. La question de la souveraineté sur l'Acadie est très litigieuse et fait trainer le règlement de la paix. Avec la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye le 29 mars 1632 le cardinal de Richelieu obtient la restitution des colonies françaises d'Amérique du Nord.

Pendant trois ans, Thomas et Lewis Kirke demeurent à Québec avec environ 90 autres Anglais. Lors du premier hiver, 14 d'entre eux meurent, victimes d'épidémies et de la disette. Le 29 juin 1632, Caën arrive à Québec et obtient la rétrocession de la colonie. Il constate que plusieurs bâtiments sont endommagés, dont l'Habitation. Les Kirke remettent le fort le 13 juillet et repartent à bord de leurs navires. Champlain est quant à lui de retour le 22 mai 1633 avec trois vaisseaux et 200 colons.

La prise de Québec par les frères Kirke accule la jeune Compagnie des Cent Associées au bord de la faillite et ralentit le peuplement de la Nouvelle-France. Cet événement conscientise les Français de la nécessité d'assurer une présence accrue sur ce territoire.

Haut de la page

Références

Notices bibliographiques :

  • ALLAIRE, Bernard. « L'occupation de Québec par les frères Kirke ». LITALIEN, Raymonde et Denis VAUGEOIS. Champlain : la naissance de l'Amérique française. Québec/Paris, Les éditions du Septentrion/Nouveau Monde éditions, 2004, p. 245-257.
  • Bibliothèque et Archives nationales du Québec. La ligne du temps du Québec [En Ligne]. https://numerique.banq.qc.ca/ligne-du-temps
  • BLAIS, Christian, Gilles GALLICHAN, Frédéric LEMIEUX et Jocelyn SAINT-PIERRE. Québec: quatre siècles d'une capitale. Québec, Assemblée nationale du Québec - Les Publications du Québec, 2008. 692 p.
  • DE WAELE, Michel. « Honneur national et destin colonial: le sort de l'Amérique française, 1627-1632 ». Histoire, économie et société. Vol. 35, no 49 (2016), p. 68-84.
  • HARE, John, Marc LAFRANCE et David-Thiery RUDDEL. Histoire de la ville de Québec, 1608-1871. Montréal, Boréal, 1987. 399 p.
  • HAVARD, Gilles et Cécile VIDAL. Histoire de l'Amérique française. Paris, Flammarion, 2005. 863 p.
  • LACOURSIÈRE, Jacques, Jean PROVENCHER et Denis VAUGEOIS. Canada-Québec: synthèse historique, 1534-2000. Québec, Éditions du Septentrion, 2001. 591 p.
  • LACOURSIÈRE, Jacques. Histoire populaire du Québec. Vol. 1: Des origines à 1791. Québec, Septentrion, 1995. 480 p.
  • LAHAISE, Robert. Nouvelle-France English Colonies : l'impossible coexistence, 1606-1713. Québec, Septentrion, 2006. 295 p.
  • MOIR, John S. « Kirke, sir David ». Université Laval/University of Toronto. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca
  • MOIR, John S. « Kirke, sir Lewis ». Université Laval/University of Toronto. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca
  • MOIR, John S. « Kirke, Thomas ». Université Laval/University of Toronto. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca
  • PROVENCHER, Jean. Chronologie du Québec depuis 1534. Quatrième édition mise à jour. Montréal, Boréal, 2017. 400 p.

Multimédias disponibles en ligne :

Haut de la page

Gouvernement du Québec

© Gouvernement du Québec, 2024