Ministère de la Culture et des Communications
Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Drapeau de Carillon

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Autre(s) nom(s) :

  • Drapeau de Carillon moderne
  • Drapeau de l'abbé Elphège Filiatrault
  • Drapeau de Saint-Jude

Région administrative :

  • Montérégie

Municipalité :

  • Saint-Hyacinthe

Date :

  • vers 1902 (Production)

Classification :

  • Oeuvre d'art / Bien ethno-historique > Outils et équipement pour la communication > Communication visuelle

Éléments associés

Personnes associées (1)

Images

Description

Le drapeau de Carillon est un étendard qui a été fabriqué vers 1902. La pièce de coton imprimée artisanalement mesure 119,5 cm de haut sur 165 cm de large. Une croix blanche y est disposée sur un champ azur. Quatre fleurs de lys sont placées près des coins du drapeau et pointent vers le centre. Les côtés les plus courts sont terminés par des ourlets. Sur l'un d'eux, cinq bandelettes doubles de tissu sont cousues à intervalles réguliers pour permettre de fixer le drapeau à un mât.

Ce bien est classé objet patrimonial.

Lieu de production :

  • Amérique du Nord > Canada > Québec > Montérégie > Saint-Jude

Dimensions :

  • Hauteur : 119,5 centimètre(s)
  • Largeur : 165 centimètre(s)

Matériaux :

  • Fibre (Coton)

Type de fabrication :

Artisanal

Inscription :

Sur l'une des bandelettes permettant d'attacher le drapeau, on trouve l'inscription «Raymond Girouard inc.», étampée à l'encre bleue

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2018-01-11
Prise d'effet : 2017-01-21

Statuts antérieurs

  • Avis d'intention de classement, 2017-01-21
 

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Valeur patrimoniale

Le drapeau de Carillon présente un intérêt patrimonial pour ses valeurs historique et emblématique. Il est conçu vers 1902 par l'abbé Elphège Filiatrault (1850-1932), curé de la paroisse de Saint-Jude de 1900 à 1916, dans le but de doter les Canadiens français d'un drapeau national. Depuis le milieu du XIXe siècle, l'usage du tricolore français est répandu dans la population, mais n'a aucune reconnaissance officielle. L'abbé Filiatrault considère que cette pratique pourrait poser problème en cas de conflit entre la France et la Grande-Bretagne, en plus d'être un emprunt à une nation étrangère. Les Canadiens français doivent selon lui se doter de couleurs nationales qui leur sont propres. Filiatrault conçoit à cette fin un drapeau composé d'un champ azur traversé d'une croix blanche et orné de quatre fleurs de lys pointant vers le centre. Cet étendard, qu'il appelle le « Carillon », est inspiré d'une bannière qui, croyait-on, aurait été arborée par les troupes françaises lors de la bataille du fort Carillon en 1758. Le 26 septembre 1902, l'homme d'église hisse ce drapeau sur le mât du presbytère de Saint-Jude. Il fait la promotion de cet emblème, notamment dans une brochure intitulée « Aux Canadiens français. Notre drapeau ». Le 24 juin 1905, le Carillon flotte à nouveau à Saint-Jude à l'occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste. Filiatrault prend position contre l'ajout d'une représentation du Sacré-Coeur au centre de la croix, insistant sur la distinction entre l'emblème de la religion et l'emblème de la patrie. Malgré cela, cette version du drapeau, nommée « Carillon-Sacré-Coeur », est très populaire à partir des années 1920 et devient même le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1926. En 1947, les parlementaires de l'Assemblée législative de la province de Québec envisagent de doter le Québec d'un drapeau national. Une campagne d'opinion est organisée dans la population pour promouvoir le drapeau de Carillon, alors aussi connu sous le nom de « fleurdelisé ». Le 21 janvier 1948, le gouvernement de Maurice Duplessis (1890-1959) adopte un arrêté en conseil déclarant que le fleurdelisé est choisi comme drapeau officiel de la province de Québec et que les quatre lys qui y figurent seront placés en position verticale. Le drapeau de Carillon est ainsi l'ancêtre le plus direct du drapeau du Québec. L'exemplaire retrouvé en 1955 dans le presbytère de la paroisse de Saint-Jude est le seul prototype, connu à ce jour, qui a été fabriqué pour l'abbé Filiatrault.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2018.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du drapeau de Carillon liés à ses valeurs historique et emblématique comprennent, notamment :
- ses dimensions, soit sa hauteur de 119,5 cm et sa largeur de 165 cm;
- le matériau, soit un coton imprimé de façon artisanale;
- les couleurs et les motifs utilisés, dont la croix blanche sur champ azur et les quatre fleurs de lys placées près des coins du drapeau et pointant vers le centre;
- l'irrégularité de l'application de la couleur et des lignes à la limite des zones bleues;
- les ourlets sur les deux côtés courts;
- les cinq bandelettes doubles cousues sur l'un des ourlets;
- l'inscription « Raymond Girouard inc. » étampée à l'encre bleue sur une des bandelettes.

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Informations historiques

Le drapeau de Carillon marque une étape importante dans la longue recherche d'un drapeau national pour les Canadiens français, puis pour les Québécois.

Depuis les débuts de la colonisation, de nombreuses bannières ont été utilisées sur le territoire correspondant au Québec actuel. Au cours du Régime français, il s'agit essentiellement de pavillons marchands et de couleurs régimentaires. À la suite de la Conquête, les bannières françaises laissent la place à l'Union Jack britannique. Au début du XIXe siècle, des régiments de milice canadiens-français se voient octroyer des couleurs particulières, mais aucun drapeau ne sert encore à représenter le peuple dans son ensemble, bien que cette idée commence à s'imposer.

Dans la première moitié du XIXe siècle, le Bas-Canada est le théâtre de la montée d'un courant libéral et nationaliste qui s'incarne au sein du Parti patriote. Ce dernier, fortement inspiré des valeurs de la Révolution française, adopte un drapeau tricolore en 1832. Composé de trois bandes horizontales verte, blanche et rouge, ce drapeau est récupéré par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lors de sa fondation en 1834. Probablement en raison de son association aux éléments les plus radicaux des rébellions de 1837-1838, le tricolore patriote est par la suite délaissé au profit du tricolore français. Dès 1844, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal emploie ce dernier régulièrement. À partir du milieu des années 1850, son usage se répand chez les Canadiens français et, bien qu'il soit fort populaire, il ne jouit d'aucune reconnaissance officielle.

Au début du XXe siècle, le curé de la paroisse de Saint-Jude, Elphège Filiatrault (1850-1932), considère que l'utilisation du tricolore français comme emblème national pose certains problèmes. Bien que les autorités tolèrent cette pratique, elle pourrait se voir compromise advenant un conflit entre la France et la Grande-Bretagne. De surcroît, le drapeau français sera toujours un emprunt à un peuple devenu étranger par le cours de l'histoire. L'abbé conclut que les Canadiens français doivent se doter de couleurs nationales qui leur sont propres.

En 1902, Filiatrault propose un drapeau national. Ce dernier, composé d'un champ azur traversé d'une croix blanche et orné de quatre fleurs de lys pointant vers le centre, est inspiré de la bannière de Carillon, un drapeau qui, croyait-on alors, aurait été arboré par les troupes françaises lors de la bataille du fort Carillon en 1758. Le 26 septembre 1902, l'abbé Filiatrault hisse ce nouveau drapeau, qu'il appelle le « Carillon », sur le mât du presbytère de Saint-Jude. L'étendard flotte à nouveau au coeur du village lors de la Saint-Jean-Baptiste de 1905.

Le prêtre fait la promotion de son drapeau, notamment en publiant, sous le pseudonyme « un compatriote », les brochures intitulées « Aux Canadiens français. Notre drapeau » (1902) et « Nos couleurs nationales » (1905). Il prend aussi position contre l'ajout d'une représentation du Sacré-Coeur au centre du drapeau, dans une variante appelée « Carillon-Sacré-Coeur », qui devient d'ailleurs le drapeau officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec en 1926.

En 1946 et 1947, le député René Chaloult (1901-1978) milite pour que l'Assemblée législative adopte un drapeau propre au Québec. Il propose notamment le Carillon de l'abbé Filiatrault. Le 21 janvier 1948, le gouvernement de Maurice Duplessis adopte un arrêté en conseil déclarant que le fleurdelisé est désormais le drapeau officiel de la province de Québec. Ce fleurdelisé est en de nombreux points semblables au drapeau de Carillon, mais les fleurs de lys y sont placées à la verticale au centre de chacune des quatre zones bleues.

Cet exemplaire du drapeau de Carillon, le seul prototype connu à ce jour qui a été fabriqué
pour l'abbé Filiatrault, a été trouvé dans l'ancien presbytère de Saint-Jude en 1955 par Raymond Girouard (1912-2000).

Le drapeau de Carillon est classé en 2018.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montérégie

MRC :

  • Les Maskoutains

Municipalité :

  • Saint-Hyacinthe

Adresse :

  • 650, rue Girouard Est

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Références

Notices bibliographiques :

  • FILIATRAULT, Elphège. Carillon! Carillon! : le drapeau national des Canadiens-Français. Québec, 1903. 50 p.
  • FILIATRAULT, Elphège. Nos couleurs nationales. Saint-Jude, 1905. 12 p.
  • FILIATRAULT, Elphège. Notre drapeau. s.l. 1902. 23 p.
  • MAGNAN, Hormisdas. Cinquantenaire de notre hymne national « O Canada, terre de nos aïeux » : les origines de nos drapeaux et chants nationaux, armoiries, emblèmes, devises. Québec, 1929. 68 p.

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