Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Sculpture d'art populaire

Type :

Patrimoine immatériel

Autre(s) nom(s) :

  • Art brut
  • Art du peuple
  • Art naïf
  • Art primitif
  • Artisanat

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Expression
  • Pratique
  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques expressives > Activités artisanales > Artisanat et art populaire > Arts plastiques

Éléments associés

Inventaires associés (1)

Description

L'art populaire, c'est-à-dire l'art issu du peuple, regroupe plusieurs sous-disciplines, dont la sculpture. Celle-ci comprend les oeuvres d'art et les créations originales en trois dimensions, sans fonction utilitaire et destinées à la délectation. La sculpture d'art populaire s'inscrit parmi des pratiques ludiques et esthétiques.

La sculpture d'art populaire est pratiquée par bon nombre d'acteurs dans l'ensemble des régions du Québec, souvent en marge des principales institutions liées aux arts visuels ou aux beaux-arts. Plus d'une centaine d'artistes disent publiquement pratiquer cette forme d'expression artistique, la majorité du temps développée de façon autodidacte. Cette production originale des artistes semble consolider l'intérêt des collectionneurs à la recherche de ce type de pièces particulières.

La sculpture d'art populaire s'exprime dans des pratiques sans cesse renouvelées par la réappropriation qu'en font les différentes générations qui s'y adonnent. Les praticiens usent de thèmes nouveaux ou s'inscrivant dans la continuité de la tradition, adaptés aux réalités régionales et aux matériaux spécifiques qui s'y trouvent, y compris les matériaux recyclés. Le résultat donne à voir une esthétique généralement assez brute.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

À l'époque préindustrielle au Québec, le cycle des saisons, les besoins des maisonnées et les ressources disponibles localement favorisent la création de pièces de mobilier en bois. Grâce aux savoir-faire hérités des colons européens, les paysans peuvent orner les objets utilitaires de leur environnement domestique (banc, landau, coffre, cadre, pharmacie, moule à sucre, etc.) D'autres créent de leurs mains des figurines décoratives ou des jouets en bois. Ces ornementations populaires précèdent en quelque sorte la notion de sculpture d'art populaire.

D'après l'historienne de l'art Valérie Rousseau, l'intérêt du gouvernement et du milieu de la recherche pour l'art populaire s'accroît durant l'entre-deux-guerres au Québec. L'auteure identifie des mesures, notamment des inventaires, répondant à des préoccupations identitaires, économiques et nationalistes. En parallèle, les estivants anglophones des régions de Charlevoix et du Bas-Saint-Laurent, entre autres, sont en quête d'expressions artistiques authentiques et amorcent un collectionnement d'objets d'art populaire.

À cette même époque, la Guilde canadienne des métiers d'art (renommée le Conseil canadien des métiers d'art en 1974, puis la Fédération canadienne des métiers d'art en 1998) met sur pied une série de festivals d'artisanat à travers le Canada. Durant la première moitié du XXe siècle, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec joue un rôle dans la relance de l'artisanat (textile, céramique et bois) dans la province. En 1937, le gouvernement du Québec confie à Jean-Marie Gauvreau (1903-1970), alors directeur de l'École du meuble à Montréal, le mandat de mener une vaste enquête ethnographique pour documenter les savoir-faire traditionnels. La sculpture populaire en fait partie. De cet inventaire découle l'ouvrage « Artisans du Québec », publié en 1940.

Malgré la crise économique des années 1930, les frères Médard (1897-1967), André (1898-1957) et Jean-Julien (1910-1996) Bourgault connaissent du succès avec leur comptoir d'artisanat à Saint-Jean-Port-Joli. Le premier se spécialise dans la sculpture religieuse et les deux autres, dans les représentations figuratives de scènes du terroir. En 1940, leur atelier se transforme en école de sculpture et contribue à former une relève dans la tradition de la sculpture sur bois non peinte.

Dès le milieu du XXe siècle, la création de politiques culturelles et d'instances structurantes pour le secteur des arts, par exemple la fondation du Conseil des arts du Canada en 1957, va cristalliser la notion d'artiste professionnel. L'art populaire est exclu des programmes de formation et des musées d'art, renforçant la distinction entre les milieux populaire et cultivé.

Dans les années 1970, l'art populaire regagne l'intérêt du milieu de la recherche, notamment par des études en culture matérielle menées par des ethnologues formés à l'Université Laval. Graduellement, les oeuvres qui s'éloignent des métiers artisanaux, qui utilisent des matériaux manufacturés ou qui sont produites en contexte urbain retiennent l'attention. Paru en 1974, le recueil « Les patenteux du Québec » de Lise Nantel, Raymonde Lamothe et Louise de Grosbois, recense près d'une centaine de parterres ornés de sculptures, créations exubérantes aux formes et aux matériaux éclatants. Le célèbre ouvrage contribue à une nouvelle reconnaissance de la sculpture d'art populaire comme une pratique singulière, une expression individuelle et inventive des artistes.

À l'échelle des centres d'art contemporain, l'organisme la Société des arts indisciplinés (1998-2007) participe à mettre en valeur des pratiques artistiques autodidactes « outsider » et à confronter l'art populaire au milieu de l'art contemporain. Depuis les années 2010, des expos-ventes regroupant plusieurs sculpteurs connaissent un regain de popularité, notamment à Saint-Ulric (Gaspésie) et à Québec.

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Contexte

La sculpture d'art populaire est habituellement réalisée en bois, en métal ou en papier mâché. Le plus souvent peinte, elle peut inclure des coquillages, des os d'animaux, des pierres, des matériaux réutilisés comme du plastique, des textiles, etc. Elle recèle des savoir-faire variés, dans un esprit de recyclage. Le bois demeure un matériau largement répandu, s'inscrivant en continuité avec la tradition.

Le sculpteur en art populaire est le plus souvent autodidacte, se définit lui-même comme représentant de ce type d'art et reçoit généralement la reconnaissance de ses pairs. Il est parfois appelé « gosseux », car il effectue la taille directe du bois avec un outil tranchant, ou « patenteux », lorsqu'il produit son oeuvre par assemblage. Il travaille habituellement seul dans son atelier, son garage ou son sous-sol, en marge des institutions établies. Il laisse libre cours à sa passion, à ses fantaisies et à son imagination. Les sculpteurs d'art populaire utilisent tant leur créativité que les traditions dans lesquelles ils se reconnaissent et évoluent.

Les animaux sont l'un des thèmes les plus représentés. La sculpture animalière est passablement répandue au Québec, grâce à plusieurs générations de sculpteurs qui se sont transmis leur savoir-faire. Oiseaux, poissons, animaux de la ferme et autres créatures existantes ou inventées composent ce bestiaire. Les autres thèmes explorés concernent, entre autres, les personnages sous une multitude de facettes; la fantaisie et les mondes imaginaires; les moyens de transport, comme les bateaux et les calèches; les contes et légendes; les scènes de la vie traditionnelle, du quotidien, de la vie actuelle ou d'un monde inventé. Les sculpteurs d'art populaire créent des oeuvres par passion ou pour exprimer leurs sentiments.

Les sculpteurs les plus prolifiques ou les plus reconnus demeurent les membres des familles Richard de Portneuf et Bouchard de Charlevoix ainsi qu'Edmond Châtigny (1895-1992) de la Beauce, Yvon Côté (1914-1995) de la Gaspésie et Nelphas Prévost (1904-2001) de l'Outaouais, pour ne nommer que ceux-là. De nouveaux talents laissent également leurs marques, comme Bruno Champagne de Québec, Alain Landry de Baie-Johan-Beetz, Patrick Lavallée de L'Isle-Verte, Clémence Lessard de Saint-Joseph-de-Beauce, Réjean Pétrin de Drummondville, Danielle Samson de Saint-Éloi et Alain Vachon de Chertsey.

La pratique de la sculpture d'art populaire à temps plein permet à certains artistes de gagner un revenu, bien qu'il soit relativement modeste la plupart du temps. Les ventes de sculptures en art populaire se font directement chez l'artiste ou à son atelier, ou encore à travers les boutiques, les galeries et antiquaires, les kiosques dans les festivals et sur Internet.

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Apprentissage et transmission

Dans une large proportion, les sculpteurs en art populaire développent leurs savoir-faire de façon autodidacte. Cette proportion s'avère plus élevée que pour les artistes en art classique, contemporain ou actuel, qui détiennent plus fréquemment un diplôme collégial ou universitaire en arts visuels. D'après une étude du Conseil québécois du patrimoine vivant parue en 2018, le niveau de scolarité général des sculpteurs d'art populaire pourrait toutefois s'avérer comparable à celui de l'ensemble de la population (échantillon cependant restreint). Les sculpteurs en art populaire occupent ou ont occupé un ou des emplois dans une multitude de secteurs d'activité.

Les expositions et les expos-ventes contribuent de façon importante à faire connaître les oeuvres et les artisans en art populaire. Des événements tels que le Festival de sculptures d'art populaire de Saint-Ulric, dans le Bas-Saint-Laurent, et le Rendez-vous des sculpteurs en art populaire du Québec, à Québec, offrent aux artistes un espace de visibilité et de réseautage. Lors de ces rassemblements, les artistes peuvent tisser des liens avec le public et transmettre leur passion à ce dernier.

Les auteurs et médias spécialisés en patrimoine accordent une certaine place aux sculpteurs d'art populaire, participant ainsi à la transmission de cette forme d'art. Du livre « Les patenteux du Québec » (1974) aux ouvrages récents d'Adrien Levasseur – « Sculpteurs en art populaire au Québec » (2008 et 2012) et « L'art populaire dans le paysage québécois » (2015) – et de Jean-François Blanchette, « L'art populaire au Québec » (2014), en passant par plusieurs articles ou sites Internet (dont artpopulaire.com), cette forme d'art populaire suscite une attention et une reconnaissance de la part de divers acteurs culturels. La Fabrique culturelle de Télé-Québec a, par exemple, réalisé en 2019 une série de portraits vidéo sur des sculpteurs intitulée « Le grand art populaire ».

En réalisant des expositions sur l'art populaire, les musées et les galeries d'art offrent des espaces pour apprécier ce type d'oeuvres et se familiariser avec la démarche des artistes. Le Musée POP ou Musée québécois de culture populaire (Trois-Rivières), le Musée canadien de l'histoire (Gatineau), le Musée de la civilisation (Québec) et le Musée de Charlevoix (La Malbaie) font notamment une place respectable à la sculpture populaire et possèdent d'importantes collections dans ce domaine.

Les oeuvres produites par les sculpteurs d'art populaire servent principalement d'objets de collection. Depuis le travail de la pionnière Nettie Covey Sharpe (1907-2002) auprès de la population canadienne-française ou encore celui de l'anthropologue Marius Barbeau (1883-1969), plusieurs collectionneurs font rayonner cette pratique artistique par leurs acquisitions et leurs expositions.

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Objets

Le champ de pratique de la sculpture d'art populaire compte des objets types qui s'inscrivent dans la tradition de la sculpture sur bois. Les « gosseux » d'art populaire revisitent et réactualisent ces objets.

Le bonhomme gigueur fait partie de ces pièces iconiques. Il s'agit d'une figurine de bois aux membres articulés qui mime les gestes d'un gigueur. Le bonhomme gigueur est manipulé par un manche de bois fixé à son dos. Il est généralement placé debout sur une planchette de bois, laquelle est glissée sous les cuisses de la personne qui le manipule, cette dernière étant assise. Au rythme de la musique, le plus souvent du violon, l'utilisateur tient le pantin d'une main et frappe la planchette avec son autre main. La figurine donne ainsi l'illusion de giguer. Selon les goûts de l'artisan, le bonhomme gigueur peut être peint de plusieurs couleurs et orné d'accessoires, par exemple une pipe dans la bouche, une ceinture à la taille ou une tuque sur la tête.

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Références

Notices bibliographiques :

  • BLANCHETTE, Jean-François. Du coq à l’âme, l’art populaire au Québec. Mercure IV. Gatineau, Musée canadien de l’histoire et les Presses de l’Université d’Ottawa, 2014. 322 p.
  • BOUCHARD, René, Bernard GENEST, Francine LABONTÉ et Jean SIMARD. Pour passer le temps : artistes populaires du Québec. Les Cahiers du patrimoine, 17. Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1985. 186 p.
  • Conseil québécois du patrimoine vivant. La sculpture d’art populaire. Vol. 3. Les traditions culturelles du Québec en chiffres. Québec, 2018. 60 p.
  • DE GROSBOIS, Louise, Raymonde LAMOTHE et Lise NANTEL. Les patenteux du Québec. Montréal, Éditions Parti pris, 1974. 276 p.
  • GAUVREAU, Jean-Marie. Artisans du Québec. Trois-Rivières, Les Éditions du bien public, 1940. 224 p.
  • LESSARD, Michel et Huguette MARQUIS. L’art traditionnel au Québec, Trois siècles d’ornementations populaires. Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1975. 464 p.
  • LEVASSEUR, Adrien. L’art populaire dans le paysage québécois. Québec, Les Éditions GID, 2015. 347 p.
  • LEVASSEUR, Adrien. Sculpteurs en art populaire au Québec. Vol. 2. Québec, Les Éditions GID, 2012. 215 p.
  • LEVASSEUR, Adrien. Sculpteurs en art populaire au Québec. Québec, Les Éditions GID, 2008. 243 p.
  • ROUSSEAU, Valérie. Vers une définition de l’art populaire : l’institution problématique d’une notion polysémique. L’axe France-Canada dans une perspective européenne et nord-américaine. Université du Québec à Montréal, 2012. 484 p.
  • SIMARD, Cyril. Artisanat québécois. Vol. 1. Les bois et les textiles. Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1975. 468 p.

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