Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Katajjaniq

Type :

Patrimoine immatériel

Autre(s) nom(s) :

  • Pratique des jeux vocaux inuits
  • Pratique du chant de gorge inuit
  • Pratique du jeu de gorge inuit
  • Pratique du katajjaq

Région administrative :

  • Nord-du-Québec

Thématique :

  • Patrimoine autochtone (Patrimoine inuit)

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Expression
  • Pratique

Classification :

  • Pratiques expressives > Pratiques artistiques > Musique > Musique vocale
  • Pratiques ludiques et sportives > Divertissement > Autre activité récréative > Pratique

Images

Description

Le katajjaniq est la pratique du katajjaq (chant de gorge) des Inuits du Nunavik, les Nunavimmiuts. Le katajjaq est un jeu qui relève du domaine des traditions et expressions orales. Presque exclusivement pratiqué par les femmes, il est généralement exécuté par deux Inuites qui se font face. En alternance, elles émettent des sons gutturaux qui, inspirés et expirés, créent une impression de halètement. Produits en canon, les sons rappellent le vent, l'eau, le cri des animaux, le nom d'un ancêtre ou d'un lieu. Ils semblent se superposer, donnant aux auditeurs une impression de cohésion qui ne leur permet pas de distinguer les sons émis par l'une ou par l'autre des femmes en compétition. Le jeu prend fin lorsqu'une des femmes s'arrête : celle qui rit en premier ou qui est à bout de souffle perd la partie.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Désignation Élément du patrimoine immatériel Ministre de la Culture et des Communications 2014-01-27
 
Inventorié --
 

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Valeur patrimoniale

Le katajjaniq précède la période de contact avec les premiers Européens qui ont exploré l'Arctique québécois au début du XIXe siècle. Cette pratique ludique témoigne d'une longue tradition orale des femmes du Nunavik, territoire situé dans la région du Nord-du-Québec. De génération en génération, les Inuites se sont transmis des connaissances sur la nature et l'environnement ainsi que des savoir-faire techniques associés à leurs jeux de gorge. Le katajjaniq comporte des caractéristiques expressives rares, voire uniques. Adapté au contexte spatio-temporel de sa performance, le katajjaniq est recréé en permanence dans la communauté qui le porte et le transmet. Même s'il se renouvelle, le katajjaniq est interprété en continuité avec la tradition et maintient son rôle dans la société où il se pratique. Si les jeux de gorge inuits ne sont plus exécutés pour hâter le retour des chasseurs, attirer les animaux ou influencer les éléments naturels, ils conservent certaines de leurs fonctions d'origine, dont le divertissement et la cohésion des membres du groupe. Bien vivant dans les communautés inuites du Québec, le katajjaniq marque encore les temps forts des Nunavimmiuts puisqu'il est présent dans les fêtes calendaires, les célébrations culturelles et les événements politiques importants. Source de grande fierté et puissant symbole identitaire, le katajjaniq est une expression distinctive de la culture du Nunavik. Les Inuits reconnaissent le katajjaniq comme une composante de leur patrimoine culturel et de celui de tous les Québécois.

Source: Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2014.

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Historique

Parce que les expressions orales sont essentiellement transmises de bouche à oreille, par observation et imitation, elles échappent généralement à la consignation écrite jusqu'à ce qu'elles fassent l'objet d'un regard extérieur. Il est donc impossible de déterminer l'origine du katajjaniq et de connaître son premier mode d'apprentissage. Des écrits permettent cependant d'en confirmer l'existence au début du XIXe siècle dans l'espace géographique de l'actuel Nunavik, au nord du 55e parallèle. Dans un journal de voyage publié en 1824, l'explorateur anglais William Edward Parry décrit le katajjaniq pratiqué par des femmes inuites avec qui il était en contact et qu'il a pu observer lors de ses différentes expéditions dans l'Arctique. Les Inuits menaient alors une vie de nomades dans des régions très éloignées du reste de la population.

Confinées dans leurs abris lors de grands froids, les femmes trouvaient des moyens de se divertir ; le chant de gorge ferait partie de ces activités destinées à les désennuyer. Quelques spécialistes émettent l'hypothèse que la pratique a pu avoir autrefois une vocation spirituelle, à savoir que les femmes accompagnaient, à distance, la chasse des hommes par leur chant rappelant les bruits de la nature. Le katajjaq aurait donc servi à influencer les esprits pour qu'ils favorisent de bonnes prises. Le chant de gorge se serait aussi pratiqué après les différentes activités de chasse ou de pêche, au moment où tout le clan se retrouvait, et lors de fêtes saisonnières.

Témoins de ces jeux dès leur arrivée en Arctique, les missionnaires chrétiens ont associé le katajjaniq au chamanisme ou à l'animisme. Au début du XXe siècle, ils l'interdisent, tout comme les chants et les danses à tambour. Pendant plusieurs décennies, les Inuits n'ont pas pu pratiquer librement leurs jeux de gorge, mais lorsque l'interdit fut levé, dans les années 1970, des femmes inuites portaient toujours en elles cette tradition. Au cours des 40 dernières années, la pratique du katajjaq n'a cessé d'augmenter dans les communautés du Nunavik et sur scène. Aujourd'hui, plusieurs femmes du Nunavik participent à des festivals de musique au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Des chanteuses inuites professionnelles intègrent aussi le katajjaq à leurs prestations. Le katajjaq demeure une pratique ludique de tous les jours, familiale ou communautaire, mais en tant que symbole identitaire, il revêt aussi un caractère solennel qui permet son exécution lors de fêtes ou d'occasions spéciales.

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Contexte

Des études anthropologiques réalisées dans les années 1970 ont permis de recueillir des témoignages sur le mythe d'origine du katajjaniq : un couple et leur enfant auraient aperçu, dans un igloo abandonné, une famille de Tunnituarruit, des êtres puissants, possédant des pouvoirs magiques. Mi-humaines, mi-oiseaux, ces sortes de têtes volantes n'avaient que le katajjaniq pour s'exprimer. Fascinés, les Inuits auraient imité cette forme particulière de langage malgré la peur que cela leur inspirait. Des ethnomusicologues ont par ailleurs démontré que plusieurs interprétations du katajjaniq visent à imiter le cri d'oiseaux migrateurs. Ils pourraient avoir été pratiqués comme rite de fertilité, surtout pour encourager la reproduction des oies. Nonobstant sa fonction symbolique, le katajjaniq aurait toujours eu le rôle de divertir les femmes, particulièrement pendant l'absence des hommes partis chasser.

Le katajjaniq est une pratique ludique presque exclusivement pratiquée par les femmes inuites du nord du Québec (région du Nunavik). Il comporte des caractéristiques expressives rares, voire uniques. Des genres musicaux similaires ont été observés chez les Aïnous au nord du Japon et chez les Tchouktches de Sibérie, mais ils présentent des fonctions et des significations différentes du katajjaniq. Le rekutkar des Japonais ne serait d'ailleurs plus pratiqué depuis le décès, en 1973, de la dernière porteuse de cette tradition.

Le chant de gorge s'exécute souvent lors de rencontres familiales ou communautaires. Généralement, la prestation est accomplie par deux femmes placées l'une en face de l'autre. Elles se regardent et se tiennent parfois par les bras ou les épaules. Elles produisent des sons répétés et saccadés grâce à des effets de glotte et de luette tout en contrôlant la circulation de l'air dans leur gorge. Certains sons se créent en inspirant, d'autres en expirant. Pour arriver à les produire, les chanteuses utilisent une technique semblable à celle des joueurs d'instruments à vent. Les différents sons émis forment rarement des mots et ne sont pas nécessairement associés à un sens. Toutefois, ils suscitent des émotions et évoquent des sons de la nature, comme le vent, l'eau ou des cris d'animaux (oiseaux, cervidés, loups, etc.). Les chanteuses douées savent s'amuser avec les sons et leurs effets, afin de provoquer des réactions chez les spectateurs.

Le déroulement d'une « partie » de chant de gorge s'apparente à une compétition amicale entre les participantes. Une des femmes entame un chant rythmé contenant un motif répété. L'autre chanteuse doit y joindre son propre chant en tentant de suivre le motif et le rythme installés. Les sons peuvent être de différents types : sourds ou sonores, aigus ou graves, inspirés ou expirés. La seconde participante émet des sons qui imitent ceux de la première, mais qui sont en décalage par rapport à celle-ci. Par exemple, les sons inspirés et expirés peuvent s'alterner, mais au moment où l'une des femmes produit un son expiré, l'autre en produit un inspiré. Cela donne à l'auditeur une impression de complexité, de profondeur du son et, surtout, d'homogénéité. La compétition réside dans le fait que les chanteuses peuvent décider à tout moment de changer de motif. Dès qu'une des femmes entame un nouveau motif, l'autre doit le suivre et continuer de chanter en harmonie. Les rythmes s'enchaînent ainsi jusqu'à ce que l'une des femmes se trompe ou soit trop essoufflée. Alors, les participantes éclatent de rire et la performance prend fin.

Les prestations durent habituellement entre une et trois minutes, car elles sont exigeantes : elles demandent beaucoup de souffle et une grande concentration. Elles sont d'autant plus appréciées lorsqu'elles sont bien exécutées. Les auditeurs savent reconnaître les chanteuses les plus talentueuses grâce à leur endurance, leurs qualités rythmiques et leur habileté à produire des sons complexes.

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Apprentissage et transmission

Le katajjaniq est l'expression d'une longue tradition orale, encore bien vivante dans les communautés inuites du Québec, qui le considèrent comme un symbole identitaire. Au Nunavik, les filles observent et imitent encore les gestes et les sons caractéristiques du katajjaq que pratiquent les femmes de leur communauté. De génération en génération, les femmes se transmettent des connaissances sur la nature et l'environnement qui sont associées aux jeux de productions sonores. Les techniques vocales sont aussi des savoir-faire transmis d'une personne à une autre, de maître à apprentie. Le tout forme un répertoire de chants de gorge qui est partagé dans l'ensemble des communautés du Nunavik.

De manière générale, le chant de gorge s'apprend et se transmet en bas âge, par contact direct avec la mère. Bien qu'à l'âge adulte ce soit essentiellement des femmes qui pratiquent les chants de gorge, les garçons y sont tout de même initiés durant l'enfance, notamment lorsque leur mère les exécute pour calmer ou endormir les petits. En plus de se transmettre au sein de la cellule familiale et de la communauté immédiate, le chant de gorge se transmet entre communautés inuites lors de compétitions ou de rencontres plus ou moins formelles.

Aujourd'hui, la pratique du chant de gorge inuit sort des frontières géopolitiques du Nunavik et se développe dans la sphère publique. Certaines porteuses de tradition, montant sur scène et participant à différents festivals, explorent de nouvelles formes d'expression et s'adonnent au métissage des genres musicaux. Les personnes qui interprètent le katajjaq peuvent librement l'adapter à leur temps et à leur environnement tout en l'exécutant en continuité avec la tradition.

En plus des cours qui sont offerts dans certains établissements d'enseignement au Nunavik, Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle grandissant dans l'acquisition des connaissances et des savoir-faire associés au katajjaniq : les Inuits y trouvent de l'information et différentes sources d'inspiration. D'autres moyens sont mis en oeuvre pour exposer au monde les particularités du chant de gorge, dont l'enregistrement et la vente d'albums. De plus, des événements sont organisés pour favoriser la discussion et le partage de techniques, par exemple le colloque dédié à la pratique du chant de gorge, qui s'est tenu à Puvirnituq au Nunavik en 2001. Il a réuni environ 80 interprètes provenant de diverses régions nordiques.

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Emplacement

Region administrative :

  • Nord-du-Québec

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Références

Notices bibliographiques :

  • GENDRON, Daniel et Rhoda KOPIAPIK. « La préservation, le développement et la promotion de la langue et la culture des Nunavimmiuts. Un exemple de mobilisation du savoir : le cas de l'Institut culturel Avataq. ». AATAMI, Pita, dir., Yv BONNIER VIGER, dir., Ashley ISERHOFF, dir. et Jacques-Guy PETIT. Les Inuit et les Cris du Nord du Québec: territoire, gouvernance, société et culture. Québec, Presses de l'Université du Québec, 2011, p. 315-323.
  • MEIJE, Julien. « Faut pas rêver. "Canada: les chants de gorge esquimaux", reportage diffusé le 16 mai 1997. ». France 3. Institut national de l'audiovisuel [En ligne]. http://www.ina.fr/video/CPC97101402
  • NATTIEZ, Jean-Jacques. « Jeux de gorge inuit et chants de gorge sibériens : une approche comparative, historique et sémiologique ». Ethnomusicology. Vol. XLIII, no 3 (1999), p. 399-418.
  • NATTIEZ, Jean-Jacques. « Jeux vocaux inuit ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com/
  • PARRY, William Edward. Journal of a second voyage for the discovery of a north-west passage from the Atlantic to the Pacific ; performed in the years 1821-22-23. Londres, 1824. s.p.
  • PETIT, Pierre et Pascale VISART DE BOCARMÉ. Le « Canada inuit ». Pour une approche réflexive de la recherche anthropologique autochtone. Vol. 15. Études canadiennes. New York, P.I.E. Peter Lang, 2008. 195 p.
  • SALADIN D'ANGLURE, Bernard. « Entre cri et chant : les katajjait, un genre musical féminin ». Études Inuit Studies. Vol. 2, no 1 (1978), p. 85-93.
  • Université Laval. « Mary Sivuarapik. Katadjait : Chant de gorge ». Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique. Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel [En ligne]. www.irepi.ulaval.ca

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