Site patrimonial du Vieux-Terrebonne
Type :
Patrimoine immobilier
Région administrative :
- Lanaudière
Municipalité :
- Terrebonne
Patrimoine immobilier associé (225)
Plaques commémoratives associées (3)
Personnes associées (6)
- Daulier Deslandes, André (1621 – 1715) - Propriétaire
- Lepage de Sainte-Claire, Louis (1690 – 1762) - Propriétaire
- Jordan, Jacob (1741 – 1796) - Propriétaire
- Jordan, Jacob (1770 – 1829) - Propriétaire
Carte
Description
Le site patrimonial du Vieux-Terrebonne correspond à un bourg ancien fondé dans la première moitié du XVIIIe siècle. Ce territoire urbain d'environ 25 hectares se divise en quatre unités de paysage aux personnalités distinctes. La plus grande partie du territoire est occupée par le secteur du Bas-de-la-Côte, qui comprend le boulevard des Braves, les rues Saint-Pierre, Saint-François-Xavier, Sainte-Marie, Saint-André et Saint-Joseph. Ce secteur présente une fonction résidentielle dominante, avec également des témoins bâtis d'activités commerciales et artisanales. Le secteur de l'Île-des-Moulins, qui est reliée à la terre ferme par une digue, comprend un ensemble bâti proto-industriel de portée régionale. Implanté à la rencontre du boulevard des Braves et de la rue Saint-Louis, le secteur institutionnel accueille un noyau paroissial avec son église, son presbytère et son couvent. Ce secteur se poursuit en bordure de la rivière où s'élève l'hôtel de ville de Terrebonne. Enfin, l'axe de la rue Saint-Louis prend la forme d'un secteur résidentiel bourgeois avec ses résidences cossues. Le site patrimonial comprend environ 210 édifices construits à partir du XVIIIe siècle qui forment un cadre bâti diversifié évoquant ses principales fonctions résidentielle, artisanale, commerciale, industrielle et institutionnelle. Le Vieux-Terrebonne témoigne de la mise en place d'une trame villageoise au XVIIIe siècle et de deux siècles d'architecture. Il compte notamment des immeubles résidentiels de facture simple ainsi que des exemples des grands courants architecturaux des XIXe et XXe siècles. De forme irrégulière, le périmètre du site patrimonial est approximativement délimité par la rue Saint-Louis au nord, la rue Saint Joseph à l'est et la rive de la rivière des Mille-Îles au sud, incluant l'île des Moulins.
Le site patrimonial est situé dans le secteur centre de la ville de Terrebonne. Il compte quatre immeubles patrimoniaux classés. De nombreux sites archéologiques inscrits à l'Inventaire des sites archéologiques du Québec témoignent de l'ancienneté de la présence euroquébécoise dans les lieux.
Statuts
| Statut | Catégorie | Autorité | Date |
|---|---|---|---|
| Déclaration | Site patrimonial | Ministre de la Culture et des Communications |
2026-05-20
Prise d'effet : 2025-07-02 |
Statuts antérieurs
|
|||
Valeur patrimoniale
Le site patrimonial du Vieux-Terrebonne présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Ce territoire est mis en valeur à partir de 1720 par le chanoine Louis Lepage de Sainte-Claire (1690-1762), seigneur de Terrebonne. Pour tirer profit de la force hydraulique de la rivière des Mille Îles, il établit un complexe de moulins sur une île. Un moulin à farine dessert les censitaires et les marchands de farine de la région. Un moulin à scie produit du bois pour la construction navale. Au tournant du XIXe siècle, la production des moulins se diversifie avec la préparation de nourriture. Par ailleurs, un moulin à scier la pierre est aménagé. Terrebonne croit et attire de nouvelles entreprises. Le lieu est aussi associé à des personnages significatifs, dont Simon McTavish (vers 1750-1844), l'âme dirigeante de la Compagnie du Nord-Ouest, ainsi que Joseph Masson (1791-1847), personnalité d'affaires et politicien. Au début du XXe siècle, Terrebonne compte un collège, un couvent et des commerces et joue un rôle important dans le développement du nord de Montréal.
Le site patrimonial présente un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. Il se démarque par la conservation de témoins bâtis de ses principales fonctions. Il comprend un ensemble de résidences villageoises de petit gabarit et d'architecture vernaculaire. Il comporte aussi des immeubles institutionnels raffinés en maçonnerie de pierres grises, dont l'église de Saint-Louis-de-France. Des témoins du passé industriel subsistent sur l'île des Moulins et ses abords, et se démarquent par leur sobriété. Enfin, le site conserve des maisons cossues à l'ornementation élaborée, situées sur la rue Saint-Louis. Ces constructions forment un ensemble bien préservé.
Le site patrimonial présente un intérêt patrimonial pour sa valeur urbanistique. Il s'agit d'un exemple hâtif d'un bourg. Ses caractéristiques sont mises en place avant 1850. Le site s'organise autour de deux tracés antérieurs à 1750, soit le boulevard des Braves et la rue Saint-Louis. Au croisement de ces voies, les seigneurs mettent en place un bourg qui se reconnaît à sa grille de rues orthogonale formant des îlots densément construits. Les fonctions urbaines se répartissent en quatre unités de paysage : le secteur du Bas de-la-Côte avec des habitations modestes; le secteur résidentiel bourgeois le long de la rue Saint-Louis; le secteur institutionnel au nord de la rue Saint-Louis; le secteur de l'île des Moulins avec ses bâtiments de production. De nos jours, le site est un témoin bien préservé d'une forme urbaine ancienne maintenant rare.
Le site patrimonial présente un intérêt patrimonial pour sa valeur archéologique. Ses témoins archéologiques se distinguent par leur richesse et leur diversité. Ils évoquent la cohabitation de fonctions industrielles, domestiques et institutionnelles, associées à des occupations ouvrières et bourgeoises, du XVIIIe siècle à nos jours. Aux témoins archéologiques connus s'ajoute un potentiel significatif de découverte.
Le site patrimonial présente un intérêt patrimonial pour sa valeur paysagère. Le lieu comprend des composantes paysagères dont les effets sont appréciés depuis de nombreuses années, notamment la vue sur l'étang Masson et la rivière des Mille Îles. Très tôt, la beauté des lieux attire des marchands prospères qui y établissent leur résidence. Ceux-ci aménagent avec soin des espaces verts qui sont encore admirés de nos jours.
Le site patrimonial présente un intérêt patrimonial pour sa valeur sociale. Durant les 1970, une mobilisation s'organise pour contrer la perte du patrimoine du Vieux-Terrebonne, qui est alors dévitalisé. Plusieurs actions sont posées par les autorités publiques. La population se réapproprie le Vieux-Terrebonne, qui redevient un milieu de vie dynamique. De nos jours, le quartier fait l'objet d'un fort attachement de la population.
Source : Ministère de la Culture et des Communications, 2026.
Éléments caractéristiques
Les éléments caractéristiques du site patrimonial du Vieux-Terrebonne liés à ses valeurs historique, architecturale, urbanistique, archéologique, paysagère et sociale comprennent, notamment :
- sa situation sur la rive nord de la rivière des Mille-Îles, à la fin d'un archipel, dans un secteur où la rivière présente une rupture de pente produisant des rapides, dans la ville de Terrebonne;
- sa superficie d'environ 25 hectares, ses quatre unités de paysage aux personnalités et ambiances distinctes formant un bourg ancien, ses quelque 210 bâtiments résidentiels, institutionnels, industriels et commerciaux construits à partir du XVIIIe siècle;
- ses parcs et espaces verts reliés entre eux, dont certains anciens, notamment le parc Masson avec ses gloriettes et sa percée visuelle centrale, le parc de l'école Saint Sacrement avec ses arbres matures sur pelouse et sa clôture en bois de facture traditionnelle en bordure de la rue Saint-Louis, le parc du Souvenir/Jardins de Vitré avec son sentier sinueux longeant la rivière, le parc de l'île des Moulins avec ses arbres matures sur pelouse et ses espaces ouverts;
- les caractéristiques du secteur du Bas-de-la-Côte, dont ses voies publiques relativement rectilignes et étroites formant une grille de rue orthogonale, la déclivité descendante du secteur depuis la rue Saint-Louis vers la rivière, les marges de recul limitées de ses bâtiments formant un fort encadrement urbain, les aménagements sobres et limités en cour avant, ses bâtiments résidentiels dominant avec également des témoins bâtis d'activités commerciales et artisanales, l'architecture vernaculaire des bâtiments (parements de bois, maçonnerie de briques, couverture de tôle) qui sont souvent de gabarit restreint (hauteur, largueur), les saillies sur rue comme les galeries et les balcons de bois de facture traditionnelle, les détails architecturaux des bâtiments implantés aux intersections des rues comme les portes en angle, la ruelle du Passant reliant les rues Sainte-Marie et Saint-André, le mur de soutènement en bordure de la rivière;
- les caractéristiques du secteur de l'Île-des-Moulins, dont l'implantation de ses bâtiments anciens sur un axe au sud de l'île, la maçonnerie de pierres et la sobriété des bâtiments associées à leur fonction industrielle d'origine, les ouvrages de régulation de l'eau (digue, barrage), la partie boisée de l'île avec ses sculptures, l'étang Masson et sa fontaine;
- les caractéristiques du secteur institutionnel, dont sa localisation en deux emplacements, l'un sur la rue Saint-Louis, près du boulevard des Braves, et l'autre en bordure de la rivière des Mille-Îles, les marges de recul et les marges latérales importantes des bâtiments, la présence de végétation en cour avant comme des arbres matures décidus sur pelouse, les clôtures ouvragées délimitant les cours avant, l'architecture élaborée et le gabarit imposant des bâtiments, la maçonnerie de pierres (église, presbytère, couvent, manoir) ou de briques (hôtel de ville) des bâtiments, les couvertures de tôle et les portes et fenêtres en bois;
- les caractéristiques du secteur résidentiel bourgeois, dont le parcours sinueux de la rue Saint-Louis formant son épine dorsale, les marges de recul et les marges latérales des bâtiments relativement importantes, les clôtures de facture traditionnelle délimitant les cours avant, la présence de végétation en cour avant comme des arbres matures décidus sur pelouse, les alignements de grands arbres décidus en bordure de la rue, ses résidences cossues (maçonnerie de pierres ou de briques, parements de bois, couvertures de tôle) à l'ornementation élaborée, les dépendances résidentielles anciennes s'harmonisant souvent aux maisons, la ruelle des Anges implantée à la limite de deux propriétés, la rive escarpée et boisée de la rivière;
- les caractéristiques des qualités visuelles, dont les percées, notamment celle sur l'église de Saint-Louis-de-France depuis la rue Sainte-Marie et l'île des Moulins, la relation visuelle entre le manoir Masson et l'île des Moulins, les points de repère bâtis, notamment la tour de l'hôtel de ville et les clochers de l'église de Saint-Louis-de-France et de l'église Saint-Michael, les séquences bâties homogènes, notamment celle au sud de la rue Saint-Joseph avec son bâti en maçonnerie de briques;
- les sites archéologiques évoquant la cohabitation de fonctions industrielles, domestiques et institutionnelles, leur association à des occupations ouvrières et bourgeoises, du XVIIIe siècle à nos jours, la portion résiduelle intacte des sites, le potentiel archéologique permettant de nouvelles découvertes;
- les espaces de sociabilisation comme l'île des Moulins, la place du Marché au coin des rues Saint-Pierre et Sainte-Marie, le parc du Souvenir/Jardins de Vitré, le parc Masson, la rue Saint-Pierre.
Informations historiques
À compter de 1720, le seigneur de Terrebonne, Louis Lepage de Sainte-Claire (1690 1762), entreprend la mise en place d'infrastructures visant à assurer son développement. Il fait ériger un moulin à farine et un moulin à scie formant un complexe. Par ailleurs, il amorce l'aménagement d'un bourg avec la construction d'une église et la concession d'emplacements urbains.
En 1784, la seigneurie passe aux mains de Jacob Jordan (1741-1796), marchand anglais, qui se lance dans le commerce du grain. Jordan intègre progressivement le bourg dans le commerce de la fourrure. En 1802, Simon McTavish (vers 1750-1804), principal associé de la Compagnie du Nord-Ouest, devient propriétaire. Il désire faire de Terrebonne un centre de production et de distribution de marchandises destinées au commerce dans l'Ouest. Pour ce faire, il érige une digue pour augmenter le pouvoir hydraulique des moulins et fait construire une boulangerie. Le commerce de la fourrure attire des commerçants qui établissent leur résidence à Terrebonne.
Durant cette période, le bourg s'étend de la rive de la rivière des Mille Îles à l'ouest, à la rue Saint-Norbert (actuelle rue Chapleau) à l'est. La rue de l'Attrape (actuel boulevard des Braves) mène à une place publique bordée par l'église. Les abords de la rue Saint-Louis sont divisés en lots plus amples recherchés par les propriétaires fonciers aisés.
La personnalité d'affaires canadienne-française Joseph Masson (1791-1847) achète la seigneurie de Terrebonne en 1832. Masson et Marie-Geneviève-Sophie Raymond (1798 1882), son épouse, investissent dans le réaménagement et l'agrandissement du complexe des moulins. Des membres de l'élite francophone s'installent alors dans le bourg.
Le noyau paroissial est déplacé au haut du coteau, à proximité du manoir seigneurial reconstruit au tournant des années 1850. Le nouveau lieu de culte est érigé à l'est du manoir de 1877 à 1879, puis le couvent de la Congrégation de Notre-Dame en 1882. À la même époque, une paroisse anglicane est érigée pour desservir la population anglophone de Terrebonne. Ses offices se tiennent à l'église Saint-Michael, située à l'ouest du noyau catholique.
En 1860, le bourg de Terrebonne obtient le statut de Ville, ce qui montre son importance à l'échelle régionale. La localité croit de manière constante, mais à un rythme maintenant plus lent. La ville attire néanmoins de nouvelles entreprises, dont celle de Matthew Moody (vers 1810-1887).
Une partie de Terrebonne est ravagée par un incendie en 1922. Au cours de la décennie suivante, la crise économique a un effet important sur la croissance de Terrebonne. Au même moment, d'autres centres manufacturiers plus importants émergent ailleurs au Québec. Inaugurée en 1965, l'autoroute 25 remplace la rue Chapleau et le pont Sophie-Masson comme lien principal vers Montréal. Par ailleurs, le boulevard des Seigneurs inauguré en 1967 devient le principal axe de déplacement est-ouest, étant mieux positionné au centre de la municipalité. Le boulevard attire les commerçants ayant auparavant pignon sur la rue Saint-Pierre. Le Vieux-Terrebonne est délaissé et dévitalisé.
Dans les 1970, une mobilisation s'organise pour contrer la perte du patrimoine sur le territoire. Plusieurs actions sont posées par la Ville et le ministère des Affaires culturelles (maintenant le ministère de la Culture et des Communications). Les classements et les restaurations d'immeubles anciens ainsi que les investissements freinent la dévitalisation du Vieux-Terrebonne. En complément, des projets d'habitations bien intégrés au tissu urbain ancien voient le jour, comme l'ensemble Terrebourg. Le Vieux-Terrebonne retrouve son lustre d'antan et en vient à être considéré comme une réussite en manière de réhabilitation urbaine.
Le Vieux-Terrebonne est déclaré site patrimonial le 20 mai 2026. De nos jours, il est un milieu de vie dynamique, en plus d'accueillir des institutions culturelles et des lieux touristiques importants.
Emplacement
Region administrative :
- Lanaudière
MRC :
- Les Moulins
Municipalité :
- Terrebonne
Latitude :
- 45° 41' 35.3"
Longitude :
- -73° 38' 14.1"
Code Borden
| BkFj-1 | BkFj-10 | BkFj-11 | BkFj-12 |
| BkFj-13 | BkFj-14 | BkFj-4 | BkFj-9 |
Références
Liens Internet :
Notices bibliographiques :
- BEAUDET, Gérard. Comment le vieux Terrebonne est devenu le Vieux-Terrebonne : l'urbanisme face au défi patrimonial. Québec, Les Éditions GID, 2017. 225 p.
- BEAUDET, Gérard. « Le site historique de l’Île-des-Moulins, un second souffle ». Continuité. No 60 (1994), p. 45-46.
- BEAUDET, Gérard. « Terrebonne. Portrait d'un patrimoine ». Continuité. No 60 (1994), p. 41-44.
- BLOUIN, Claude. « George Heriot et le bourg de Terrebonne en 1810 ». Bulletin d'histoire postale et de marcophilie. No 108 (2010), p. 5-9.
- LARUE, Michel, dir. Diagnostic du Vieux-Terrebonne. Terrebonne, Ville de Terrebonne, 2018. 68 p.
- ROBICHAUD, Léon. « Terrebonne, d'hier à aujourd'hui ». Continuité. No 60 (1994), p. 39-40.

Inscrit au Registre du patrimoine culturel