Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Habitat-67

Type :

Patrimoine immobilier

Autre(s) nom(s) :

  • Habitat 67

Région administrative :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Date :

  • 1965 – 1970 (Construction)

Thématique :

  • Patrimoine de la modernité

Usage :

  • Fonction résidentielle (Édifices à logements multiples)

Éléments associés

Événements associés (1)

Personnes associées (6)

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Carte

Description

Habitat-67 est un ensemble résidentiel érigé de 1965 à 1970. Ce complexe d'habitation est composé de 354 modules préfabriqués en béton de mêmes dimensions. Ils sont regroupés de façon à former trois pyramides irrégulières de douze étages reliées entre elles par des passerelles. L'ensemble comporte 158 appartements comptant un ou deux étages et d'une à quatre chambres, dotés d'une terrasse ou d'un jardin privé. Le bâtiment est implanté sur la pointe de la Cité du Havre, une jetée dans le fleuve Saint-Laurent, face au Vieux-Port de Montréal. Habitat-67 fait partie de l'arrondissement municipal de Ville-Marie de la ville de Montréal.

Ce bien est classé immeuble patrimonial. La protection s'applique à toute l'enveloppe extérieure, au terrain ainsi qu'à l'intérieur des unités 1011 et 1012.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2009-02-26
 
Citation Immeuble patrimonial Municipalité (Montréal) 2007-09-17
 

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Valeur patrimoniale

Habitat-67 présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Le complexe d'habitation est construit dans le cadre de l'exposition universelle tenue à Montréal en 1967. Expo 67, présentée sous le thème « Terre des Hommes », a marqué l'imaginaire des Québécois. Elle représente aussi l'affirmation de Montréal comme métropole et comme ville internationale. Les 90 pavillons nationaux, régionaux ou thématiques regroupés sur les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame ont rassemblé des milliers d'exposants provenant d'une soixantaine de pays. La plupart d'entre eux étaient temporaires, mais certains n'ont pas été démolis. Habitat-67 constitue l'un des rares immeubles qui se voulaient permanents. Pendant l'événement, il présente aux visiteurs des principes de construction novateurs : 89 appartements sont alors mis en location et 26 autres exposent des aménagements intérieurs conçus notamment par des créateurs canadiens. Habitat-67 constitue l'un des derniers témoins d'Expo 67 et a conservé sa fonction d'habitation initiale.

Habitat-67 présente aussi un intérêt pour sa valeur architecturale. L'ensemble constitue un prototype, demeuré unique, d'un complexe d'habitation permettant une occupation de haute densité. Après la Deuxième Guerre mondiale, plusieurs architectes d'avant-garde se préoccupent de l'étalement urbain et s'intéressent à la relation entre le bâti, ses occupants et son environnement. Habitat-67 s'inscrit dans cette réflexion, qui touche le Québec dans les années 1960 et 1970. Il offre, dans un milieu urbain, quiétude et espace extérieur privé tout en favorisant un sentiment d'appartenance communautaire. Par ailleurs, ses concepteurs innovent par l'utilisation des modules en béton. Ils expérimentent également des techniques de préfabrication, de construction post-tension et d'assemblage in situ. Les 354 modules de mêmes dimensions forment trois pyramides irrégulières de douze étages. L'ensemble compte 158 appartements d'un ou de deux étages et d'une à quatre chambres, dotés d'une terrasse aménagée sur le toit des modules inférieurs. Les fenêtres sont disposées de façon à préserver l'intimité et les vues, fournissant aussi un bon éclairage et une bonne ventilation. À l'intérieur, les unités 1011 et 1012 conservent leur salle de bain en plastique moulé, leur cuisine aménagée de manière à réduire l'entretien ainsi que leurs meubles de rangement intégrés. Habitat-67 constitue une réussite architecturale reconnue internationalement pour ses techniques de construction et son design novateur répondant à des préoccupations sociales.

Habitat-67 présente également un intérêt pour sa valeur historique reposant sur son association avec l'architecte Moshe Safdie (né en 1938) et l'ingénieur August E. Komendant (1906-1992). D'origine israélienne, Safdie fait ses études à l'Université McGill. Il est marqué entre autres par l'oeuvre de l'architecte américain Louis I. Khan (1901-1974), pour qui il travaille à Philadelphie. Sa thèse de maîtrise, intitulée « A Three-Dimensional Modular Building System », présente déjà les principes de base appliqués à Habitat-67 et mènera à sa réalisation. Cette première construction d'importance de Safdie contribue à sa notoriété, grâce notamment à son architecture avant-gardiste et à la portée internationale d'Expo 67. Par la suite, il conçoit des édifices et des projets urbains entre autres en Israël, au Sénégal, en Iran, à Singapour, aux États-Unis et au Canada. Parallèlement, il enseigne successivement aux universités McGill, Yale, Ben Gourion et Harvard. August E. Komendant participe aux différentes étapes de conception d'Habitat-67 en tant qu'ingénieur de structure. Proche collaborateur de Kahn, il développe une expertise pour les constructions en béton précontraint, matériau utilisé à Habitat-67. Le complexe témoigne ainsi du travail de concepteurs de renommée internationale.

Source : Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, 2009.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques d'Habitat-67 liés à ses valeurs historique et architecturale comprennent, notamment :
- l'aménagement extérieur, dont les ronds-points, les zones végétales, les aires de jeux et le mobilier urbain en béton;
- la situation en bordure du fleuve;
- l'emplacement sur la pointe de la Cité du Havre, face au Vieux-Port de Montréal et à proximité des îles Sainte-Hélène et Notre-Dame;
- son volume, dont les trois pyramides de forme irrégulière, l'élévation de douze étages, les 354 modules préfabriqués de mêmes dimensions (12,5m x 5,7m x 3,2m) formant 158 appartements, les passerelles horizontales, les cages d'ascenseurs et d'escaliers, les toits plats, les terrasses ainsi que les stationnements intérieurs;
- les matériaux, dont le béton apparent décapé au jet de sable, le bois de cèdre du plancher des terrasses, l'acrylique des passerelles, l'aluminium des cadres de fenêtre et le bois massif des portes;
- les ouvertures, dont les fenêtres rectangulaires ou en parallélogrammes et les demi-voûtes vitrées des passerelles;
- les caractéristiques de l'intérieur des unités 1011 et 1012, dont les éléments préfabriqués (comme la salle de bain et la cuisine modulaires ainsi que les meubles de rangement intégrés), les matériaux, notamment le bouleau des planchers, le plastique moulé de la salle de bain, le stratifié de la cuisine et l'aluminium anodisé brun des châssis de fenêtre, ainsi que l'éclairage indirect.

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Informations historiques

Habitat-67 est érigé dans la Cité du Havre, face au Vieux-Port de Montréal. Il s'élève sur une jetée construite à la fin du XIXe siècle, qui a porté le nom de « quai de garde » (1891) puis de « jetée Mackay » (1908). Cet aménagement protège d'abord la ville contre les inondations printanières dues à l'accumulation des glaces, puis sert aux activités portuaires et industrielles.

Au cours des années 1960, Montréal, comme tout le Québec, est en pleine effervescence. La ville se transforme tant socialement et culturellement qu'économiquement. En 1962, le Bureau international des expositions choisit Montréal pour être l'hôte de l'exposition universelle de 1967. L'événement coïncide avec le centième anniversaire de la Confédération canadienne et le 325e anniversaire de la ville. Pour l'accueillir les organisateurs décident de créer un site au coeur du fleuve Saint-Laurent, à partir d'îles existantes. Dans la foulée du projet, la jetée est élargie. En 1963, l'urbaniste et architecte Daniel Van Ginkel (né en 1920), alors responsable du plan directeur d'Expo 67, sollicite la participation de Moshe Safdie (né en 1938). Ce contexte permet au jeune architecte de développer des idées élaborées dans sa thèse de maîtrise, intitulée « A Three-Dimensional Modular Building System ».

Les ébauches d'Habitat-67 diffèrent en plusieurs points du concept étudiant. Cependant, les principes de base demeurent les mêmes, notamment l'exploitation des avantages de la fabrication industrielle et la reconsidération de l'habitation urbaine de haute densité. Pour mener à terme son projet, Safdie s'associe entre autres avec la firme d'architectes David, Barott et Boulva de Montréal ainsi qu'avec l'ingénieur en structure August E. Komendant (1906-1992). Une version réduite d'Habitat-67 est finalement retenue, et les travaux débutent en juillet 1965. Chaque module est construit dans une usine installée à trois cents mètres des lieux. La chaîne de production et de montage inclut la préfabrication des modules à partir de coffrages, le traitement du béton, l'isolation, la fenestration, l'installation d'une partie de la plomberie ainsi que des équipements de salle de bain et de cuisine, aussi préfabriqués. Les modules sont ensuite regroupés à l'aide d'une grue, puis couverts de panneaux en béton. Pendant Expo 67, 89 appartements sont loués et 26 autres unités servent à présenter des aménagements intérieurs conçus notamment par des créateurs canadiens. Le bâtiment demeure inachevé lors de l'événement. La dernière section de l'édifice est terminée en 1970.

Cette construction expérimentale et novatrice attire l'attention de la presse internationale autant dans les publications destinées à un large public que dans les périodiques spécialisés dans des domaines tels que l'architecture, l'ingénierie ou la construction en béton. Habitat-67 fait sa marque dans l'histoire de l'architecture du XXe siècle par sa structure, par l'utilisation de composantes préfabriquées, par ses méthodes de construction et par son rapport à l'environnement. Aussi, de nombreux prix lui sont attribués.

La Société canadienne d'hypothèque et de logement, partenaire du projet depuis ses débuts, devient propriétaire d'Habitat-67 en 1968. En 1986, la Société en commandite complexe d'habitation 67 reprend la gestion de l'ensemble résidentiel. Après sa vente, certaines modifications sont apportées, dont les plus importantes concernent la transformation de certaines terrasses en jardin d'hiver. Ces travaux sont effectués d'après des plans standardisés et approuvés par Moshe Safdie. En 2002, un changement de zonage empêche de construire sur la pointe à l'est d'Habitat-67 afin d'en conserver l'intégrité et de protéger les percées visuelles sur le fleuve et la ville. Le complexe d'habitation est cité en 2007 par la ville de Montréal.

Habitat-67 est classé en 2009.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montréal

MRC :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Arrondissement municipal :

  • Ville-Marie

Adresse :

  • 2600, avenue Pierre-Dupuy

Lieux-dits :

  • Cité-du-Havre

Latitude :

  • 45° 29' 58.698"

Longitude :

  • -73° 32' 37.211"

Désignation cadastrale :

  • Lot 1 853 993

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Références

Liens Internet :

Notices bibliographiques :

  • BEAULIEU, Claude. Architecture contemporaine au Canada français. Québec, Ministère des Affaires Culturelles, 1964. 94 p.
  • BERGERON, Claude. Architectures du XXe siècle au Québec. Québec, Les Éditions du Méridien, 1989. s.p.
  • DOUCET, Danielle, Conrad GALLANT, Sophie MANKOWSKI et France VANLAETHEM. Sur les traces du Montréal moderne et du domaine de l'Estérel. Bruxelles, CIVA en collaboration avec Docomomo-Québec, 2007. 217 p.
  • HURNI, Jean-Claude et Laurent LAMY. Architecture contemporaine au Québec 1960-1970. Montréal, Hexagone, 1983. 179 p.
  • LEGAULT, Réjean. Évaluation patrimoniale du complexe résidentiel Habitat 67. Montréal, Ville de Montréal, Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine, 2007. 28 p.
  • MERRETT, Brian et François RÉMILLARD. Architecture de Montréal : guide des styles et des bâtiments. Montréal, Éditions du Méridien, 1990. 222 p.
  • VANLAETHEM, France. Habitat 67 (1963-1967). Québec, ministère de la Culture et des Communications, 2004. 37 p.

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