Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Maître-autel

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Région administrative :

  • Mauricie

Date :

  • 1791 (Production)

Thématique :

  • Patrimoine religieux (Culte)

Tradition religieuse :

  • Christianisme (Catholicisme (rite latin))

Classification :

  • Oeuvre d'art / Bien ethno-historique > Objets de communication > Objet de cérémonie > Meuble religieux > Autel et son environnement

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (1)

Personnes associées (3)

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Description

Le maître-autel est une pièce de mobilier liturgique exécutée en 1791 pour l'église de Saint-Joseph. L'ensemble est constitué d'un tombeau, d'un tabernacle et de quatre statuettes en bois sculpté peint et doré. Le tombeau, de plan rectangulaire, présente un profil galbé à la romaine et est orné de feuillage. Il supporte le tabernacle composé de deux gradins, d'un étage de la monstrance rythmé de colonnettes torsadées, et d'un couronnement formé d'un entablement surmonté de quatre reliquaires ovales et d'un petit édicule. Le tabernacle, abondamment décoré de motifs végétaux, est aussi doté de niches abritant les quatre statuettes. Les statuettes de 42 cm de hauteur représentent saint Joseph, la Vierge Marie et ses parents sainte Anne et saint Joachim.

Ce bien est classé objet patrimonial.

Matériaux :

  • Bois

Technique de fabrication :

  • Doré
  • Peint

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1978-11-11
 

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Valeur patrimoniale

Le maître-autel présente un intérêt patrimonial pour ses valeurs historique et ethnologique. Cette pièce de mobilier témoigne de l'importance de la célébration de l'eucharistie dans la religion catholique. Traditionnellement, le maître-autel était composé d'un tombeau supportant la table où était célébrée l'eucharistie et d'un tabernacle destiné à conserver les hosties consacrées. Le tabernacle, qui pouvait aussi servir à présenter l'ostensoir et qui contenait parfois des reliquaires, avait souvent des dimensions imposantes. Ce meuble, au centre des pratiques liturgiques, était généralement placé au fond du choeur. De nombreux changements sont apportés à la liturgie par l'Église catholique à la suite du concile Vatican II (1962-1965). Depuis, les autels anciens ne sont plus utilisés pour la célébration de la messe. De nouvelles tables d'autel sont plutôt installées au centre du choeur, et le célébrant fait face aux fidèles. De nombreuses paroisses, comme celle de Maskinongé, conservent toutefois leurs anciens autels qui gardent parfois leur fonction d'armoire eucharistique. Le maître-autel de l'église de Saint-Joseph évoque ainsi une pratique liturgique catholique ancienne.

Le maître-autel présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur historique reposant sur son association avec l'une des plus illustres familles d'artistes du Québec, les Baillairgé. Caractéristique peu commune, l'oeuvre a été réalisée par trois membres issus de deux générations de cette famille. Le plan du maître-autel est conçu en 1790 par Pierre-Florent Baillairgé (1761-1812), menuisier et sculpteur ornemaniste. Un contrat est signé la même année entre la paroisse de Saint-Joseph et le père de Pierre-Florent, Jean (1726-1805). Ce dernier arrive en Nouvelle-France en 1741 et s'y établit en tant qu'architecte, menuisier et sculpteur. Il dirige l'atelier familial à Québec, où travaille également son autre fils François (1759-1830). Jean et Pierre-Florent réalisent ensemble le maître-autel en 1791, tandis que la conception et l'exécution des statuettes et du bas-relief de la monstrance sont confiées à François. Celui-ci est alors considéré comme le sculpteur le plus habile de la famille, notamment en raison de sa formation à l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris. Le maître-autel de l'église de Saint-Joseph et ses éléments sculptés témoignent de l'organisation du travail au sein de l'atelier Baillairgé.

Le maître-autel présente en outre un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. L'oeuvre richement ornée, comprenant tombeau, tabernacle et éléments historiés, forme un ensemble exceptionnel. Le tabernacle du maître-autel s'inspire dans sa forme et sa composition du tabernacle de l'église de Saint-Joachim réalisé par François Baillairgé en 1783. Le meuble de Maskinongé se distingue toutefois par ses colonnettes torses, par son ornementation plus abondante et par ses niches abritant des statuettes. Très architecturé, le tabernacle a l'aspect d'une façade d'église baroque miniature. La porte de la monstrance présente un bas-relief illustrant le Bon Pasteur, thème qui sera ensuite repris par plusieurs artistes dans la réalisation de tabernacles au XIXe siècle. Ce bas-relief est entouré de quatre statuettes représentant des membres de la famille de Jésus, soit Joseph, Marie et Anne et Joachim, parents de Marie. Chaque personnage est vêtu d'un drapé et se caractérise par un visage individualisé. Le tombeau du maître-autel, plus sobrement décoré, s'harmonise à l'ensemble par ses motifs de feuillage. Le maître-autel de l'église de Saint-Joseph et ses diverses composantes constituent une oeuvre d'art à la fois homogène et riche de détails. Le processus de leur création peut, par ailleurs, être documenté à l'aide du dessin préparatoire de Pierre-Florent et de notes tirées du journal personnel de François.

Source : Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, 2011.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du maître-autel liés à ses valeurs historique, ethnologique et artistique comprennent, notamment :
- les caractéristiques du tombeau, entre autres son volume, dont le plan rectangulaire et le profil galbé, les matériaux, dont le bois sculpté doré et peint en blanc, ainsi que l'ornementation, dont les guirlandes de feuillage, les larges feuilles marquant les angles et le médaillon circulaire présentant deux feuilles de palmier entrecroisées;
- les caractéristiques du tabernacle, entre autres son volume, dont les deux gradins, l'étage de la monstrance composé de cinq travées, rythmé de colonnettes torses d'ordre corinthien et doté de niches cintrées, ainsi que le couronnement formé d'un entablement surmonté de quatre reliquaires ovales et d'un édicule, les matériaux, dont le bois sculpté peint et doré, les motifs végétaux sculptés, dont des feuilles de vigne, des grappes de raisin, des figuiers et des poiriers, les éléments historiés, dont la porte pivotante de la monstrance ornée d'un bas-relief représentant le Bon Pasteur, ainsi que les quatre statuettes vêtues d'un drapé et représentant Joseph, Marie, Anne et Joachim.

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Informations historiques

Le maître-autel est exécuté par Jean (1726-1805), Pierre-Florent (1761-1812) et François (1759-1830) Baillairgé, trois membres de l'une des plus illustres familles d'artistes du Québec. Cette véritable dynastie est fondée par Jean, qui arrive en Nouvelle-France en 1741 et s'y établit en tant qu'architecte, menuisier et sculpteur. Il dirige l'atelier familial à Québec, où travaillent ses fils Pierre-Florent et François.

Le contrat entre la fabrique de la paroisse de Saint-Joseph et l'atelier Baillairgé est négocié par Jean en 1790, tandis que les plans du meuble sont dessinés la même année par Pierre-Florent. Ce dernier s'inspire d'un modèle de tabernacle réalisé par son frère François pour l'église de Saint-Joachim en 1783. Le dessin présente deux options au client, une de facture plus classique et l'autre de facture baroque et très ornée. Cette dernière version est choisie par la paroisse de Saint-Joseph comme par celle de Saint-Roch-des-Aulnaies qui passe une commande similaire aux Baillairgé en 1792.

Jean et Pierre-Florent réalisent ensemble le maître-autel en 1791, tandis que la conception et l'exécution des statuettes et du bas-relief de la monstrance sont confiées à François. Ce dernier est alors considéré comme le sculpteur le plus habile de la famille, notamment en raison de sa formation à l'Académie royale de peinture et de sculpture de Paris. La porte de la monstrance présente un bas-relief illustrant le Bon Pasteur, et elle est entourée de quatre statuettes représentant des membres de la famille de Jésus, soit Joseph, Marie et Anne et Joachim, parents de Marie. François mentionne dans son journal personnel plusieurs détails relatifs à la réalisation de ces oeuvres, comme la durée du travail et sa rémunération.

Le tombeau du maître-autel comporte quant à lui une ornementation plutôt sobre constituée de motifs de feuillage. Le profil galbé à la romaine du meuble s'inspire d'un modèle de tombeau diffusé par le sculpteur montréalais Philippe Liébert (1733-1804).

Le couronnement du tabernacle, qui comportait probablement un dôme à l'origine, aurait été modifié à une date inconnue. La porte originale de l'armoire eucharistique du tabernacle, qui est remplacée par une porte en métal en 1940, est acquise par le Musée du Québec en 1968. Cette institution, devenue le Musée national des beaux-arts du Québec, possède le plan du maître-autel, tandis que le journal de François Baillairgé fait partie d'une collection particulière.

Le maître-autel et ses statuettes sont classés en 1978. Ils ont récemment bénéficié d'une restauration qui a notamment redonné leur aspect original aux statuettes entièrement dorées, sauf pour les chairs, qui sont peintes de couleur carnée.

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Références

Contributeur de données :

Direction générale du patrimoine

Notices bibliographiques :

  • BÉLAND, Mario. « Oeuvres d'art de l'église de Saint-Joseph ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Biens mobiliers du Québec. Tome III. Québec, Les Publications du Québec, 1999, p. 232-234.
  • BELISLE, Jean et John R. PORTER. La sculpture ancienne au Québec : trois siècles d'art religieux et profane. Montréal, Éditions de l'Homme, 1986. 503 p.
  • CAMERON, Christina. « Famille Baillairgé ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com/
  • CASAUBON, Jacques. L'histoire de la paroisse Saint-Joseph de Maskinongé. Maskinongé, Comité du livre Histoire de Maskinongé, 1982. 548 p.
  • GAUTHIER, Raymonde. Les tabernacles anciens du Québec des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1974. 112 p.
  • KAREL, David, Luc NOPPEN et Claude THIBAULT. François Baillairgé et son oeuvre (1759-1830). Québec, Groupe de recherche en art du Québec de l'Université Laval, Musée du Québec, 1975. 85 p.
  • KAREL, David, Luc NOPPEN et Magella PARADIS. « Baillairgé, François ». Bibliothèque et Archives Canada. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca/
  • s.a. Profil de la sculpture québécoise, XVIIe-XIXe siècle. Québec, Ministère des affaires culturelles/Musée du Québec, 1969. 140 p.
  • VILLENEUVE, René. Du baroque au néo-classicisme. La sculpture au Québec. Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 1997. 220 p.

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