Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Grange Alexander-Solomon-Walbridge

Type :

Patrimoine immobilier

Autre(s) nom(s) :

  • Grange de Mystic
  • Grange dodécagonale
  • Grange Walbridge
  • Musée Missisquoi

Région administrative :

  • Montérégie

Municipalité :

  • Saint-Ignace-de-Stanbridge

Date :

  • 1882 (Construction)

Thématique :

  • Patrimoine agricole

Usage :

  • Production et extraction de richesses naturelles (Granges, granges-étables et étables)

Éléments associés

Plaques commémoratives associées (1)

Personnes associées (1)

Carte

Description

La grange Alexander-Solomon-Walbridge est un bâtiment agricole construit en 1882. Son plan inusité adopte la forme d'un dodécagone régulier, composé de murs pignons disposés autour d'un axe central et dotés d'un toit à deux versants. Un toit conique, coiffé d'un lanternon de ventilation, s'élève au centre des pignons. La charpente en bois, revêtue de planches à clins peintes en rouge, repose sur des fondations en moellons. L'intérieur comporte deux niveaux, celui de l'étable et celui du fenil. La grange est implantée en retrait de la voie publique, sur un terrain en pente, à proximité d'un ruisseau. Le bâtiment est situé dans le hameau de Mystic, dans la municipalité de Saint-Ignace-de-Stanbridge.

Ce bien est classé immeuble patrimonial.

Plan au sol :

Polygonal

Nombre d'étages :

2 ½

Groupement :

Détaché

Structure :

  • Bois, charpente claire

Saillies :

  • Lanternon
  • Marquise

Fondations :

  • Pierre

Élévations :

  • Toutes les façades : Bois (Planche à clins)

Toit :

  • Forme : À deux versants droits
    Matériau : Tôle
  • Forme : Conique
    Matériau : Tôle en plaques

Porte principale :

  • bois massif, coulissante

Autre(s) porte(s) :

  • contemporaine, à battants

Fenêtre(s) :

  • en losange, Fixe
  • Rectangulaire, Fixe

Éléments architecturaux :

  • Gargouille
  • Planche cornière
  • Planche de rive
  • Portail

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2004-05-27
 

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Valeur patrimoniale

La grange Alexander-Solomon-Walbridge présente un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. Sa forme et sa technique de construction la distinguent des bâtiments de ferme traditionnels. Peu répandues au Québec, la plupart des granges-étables polygonales ou circulaires sont bâties entre 1890 et 1910, dans les Cantons-de-l'Est et sur la rive sud du Saint-Laurent dans la région de Québec. Le premier bâtiment polygonal construit en Amérique du Nord est vraisemblablement une église octogonale érigée en 1656 dans l'État de New York par une communauté hollandaise. Au tournant du XIXe siècle, le plan circulaire est promu par Thomas Jefferson (1743-1826) et Benjamin Henry Latrobe (1764-1820), mais il est surtout popularisé aux États-Unis et au Canada par Orson Squire Fowler (1809-1887). Au Québec, il est adopté en architecture rurale. La grange Alexander-Solomon-Walbridge témoigne de ce type de bâtiment par son plan dodécagonal et son élévation à deux niveaux. Le premier logeait l'étable et le second était occupé par le fenil, où l'on conservait le foin qui était jeté au besoin dans l'étable par une ouverture du plancher. Le lanternon central servait à aérer le fenil, la circulation d'air étant essentielle au séchage du foin. Cette grange répond ainsi à la recherche d'efficacité et d'utilisation maximale de l'espace dans les bâtiments de ferme.

La grange Alexander-Solomon-Walbridge présente un intérêt pour sa valeur historique liée à son unicité et à son ancienneté. Il s'agit de la plus ancienne grange polygonale construite au Québec et elle est la seule à posséder un plan dodécagonal et un toit à pignons multiples. De surcroît, elle est unique par les vestiges qu'elle renferme, soit ceux d'une plaque tournante installée dans le plancher du fenil et ceux d'un mécanisme fixé à la charpente du toit, entre autres utilisés pour décharger les charrettes.

La grange Alexander-Solomon-Walbridge présente en outre un intérêt pour sa valeur historique. Le bâtiment témoigne de l'histoire agricole du Québec. Construite par Alexander Solomon Walbridge (1828-1897), un inventeur reconnu au Québec, au Canada et aux États-Unis, cette grange est un témoignage exceptionnel de la période industrielle et des premières tentatives de mécanisation du travail agricole. En effet, cet inventeur et fabricant d'outils agricoles spécialisés s'est inspiré de l'architecture des rotondes ferroviaires, comme l'illustrent la forme de la grange et les vestiges de la plaque tournante. Différentes pratiques agricoles sont évoquées à l'intérieur, telles que la garde des vaches en stabulation libre au cours de l'hiver au premier niveau et, au second, le déchargement du foin à l'aide du mécanisme inventé par Walbridge. La plaque tournante, où était placée la charrette à foin, était tournée à bras d'homme, à la manière d'un carrousel, jusqu'à ce que le chargement soit vis-à-vis du compartiment du fenil où il devait être engrangé.

La grange Alexander-Solomon-Walbridge présente de plus un intérêt pour sa valeur ethnologique. Elle évoque le mode de vie « gentleman farmer » adopté par certains bourgeois aux XVIIIe et XIXe siècles. Ainsi, la grange de Walbridge - pour qui l'agriculture était une occupation secondaire - doit être considérée comme le laboratoire d'un inventeur astucieux. Sa situation sur un vaste domaine illustre le statut social de cet industriel. Le domaine comprenait en effet, outre la maison ancestrale toujours présente, plusieurs bâtiments situés en bordure d'un petit lac artificiel, notamment une demeure cossue de 25 pièces érigée à proximité de la grange - le Lakelet Hall - et une grande serre adjacente, dont il ne reste aujourd'hui que les vestiges, ainsi que de nombreuses dépendances.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2006.

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Éléments caractéristiques

Les éléments clés de la grange Alexander-Solomon-Walbridge liés à ses valeurs historique, architecturale et ethnologique comprennent, notamment :
- sa situation dans le hameau de Mystic, sur un vaste domaine comprenant, entre autres, la maison ancestrale de la famille Walbridge ainsi que les vestiges du Lakelet Hall et de sa serre adjacente;
- son implantation sur un terrain en pente, à proximité d'un ruisseau;
- son volume, dont le plan dodécagonal, formé de murs pignons disposés autour d'un axe central, les deux niveaux ainsi que le toit formé de douze pignons et d'un toit conique situé au centre des pignons et surmonté d'un lanternon de ventilation;
- ses matériaux, dont la charpente en bois à claire-voie recouverte de planches à clins peintes en rouge, les fondations de moellons, la couverture en tôle à baguettes, la structure en brique rouge située au second niveau, les lattes de bois et l'enduit couvrant une partie du plafond et des murs;
- ses ouvertures, dont l'entrée principale composée d'une porte à deux vantaux donnant accès au niveau supérieur, les entrées secondaires, les douze fenêtres en losange des murs pignons, les fenêtres en bois à grands carreaux et les fenêtres des fondations;
- ses éléments témoignant de sa fonction de grange-étable, dont le couloir d'accès, les vestiges des compartiments du fenil munis de portes à deux vantaux et formant des trapèzes rayonnants autour d'un axe central ainsi que l'espace central comprenant l'ouverture servant à jeter le foin au niveau inférieur;
- ses éléments témoignant entre autres de l'inventivité d'Alexander Solomon Walbridge, dont les vestiges d'une plaque tournante et d'un mécanisme de déchargement des charrettes.

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Informations historiques

Alexander Solomon Walbridge (1828-1897) est le fils de Solomon Walbridge (1795-1854), originaire du Vermont et venu s'établir à Mystic en 1822. Peu intéressé par la ferme de son père, Alexander se rend aux États-Unis en 1846. Durant son séjour, il travaille comme machiniste dans une usine de Malone dans l'État de New York et obtient plusieurs brevets pour ses inventions mécaniques, qui sont le sujet d'articles publiés dans la revue « Scientific American ». De retour à Mystic en 1864, il y fonde une entreprise de fabrication de roues à aubes pour ensuite ouvrir sa fonderie, la Walbridge Iron Works, spécialisée dans la production d'outils et d'appareils agricoles, domestiques et industriels. En 1870, il se bat à Eccles Hill, près de Frelighsburg, contre les fenians américains. Alexander Solomon Walbridge est l'un des instigateurs du chemin de fer, terminé en 1879, qui relie Farnham, Mystic, Bedford et Stanbridge Station. De plus, il fait ériger une gare ainsi qu'une auberge à Mystic et contribue notamment à l'agrandissement de l'école et à l'édification de l'église.

Walbrige construit sa grange dodécagonale en 1882 avec des matériaux provenant de ses terres, de son moulin à scie et de sa fonderie. À cette époque, plusieurs granges-étables circulaires et polygonales s'élèvent déjà aux États-Unis, notamment dans l'État de New York où il a travaillé. Le premier bâtiment polygonal construit en Amérique du Nord est vraisemblablement une église octogonale érigée en 1656 dans cet État par une communauté hollandaise. Au tournant du XIXe siècle, le plan circulaire est promu notamment par Thomas Jefferson (1743-1826) et Benjamin Henry Latrobe (1764-1820), mais il est surtout popularisé aux États-Unis et au Canada par Orson Squire Fowler (1809-1887). Au Québec, le courant influence surtout l'architecture rurale. La plupart des granges circulaires et polygonales sont bâties entre 1890 et 1910, dans les Cantons-de-l'Est et sur la rive sud du Saint-Laurent dans la région de Québec. La diffusion de plans dans les périodiques agricoles, les mouvements migratoires entre les États-Unis et le Québec et le développement du transport favorisent l'introduction de ce type de bâtiment.

La grange de Walbridge ressemble beaucoup à l'ancienne rotonde ferroviaire (détruite en 1862) de Martinsburg en Virginie-Occidentale. Ayant visité plusieurs États américains après la guerre de Sécession, Walbridge s'est inspiré également des plaques tournantes de ces rotondes, utilisées pour entrer et sortir les locomotives et les wagons. Ici, la plaque tournante est employée notamment pour décharger les charrettes. Il a aussi conçu un mécanisme rotatif, installé au-dessus de la plaque tournante et mû par la force hydraulique, qui aurait servi à actionner des outils agricoles, comme une fourche à foin. Des vestiges de ces installations sont toujours visibles.

De 1885 à 1887, Walbridge, qui habitait jusqu'alors la maison ancestrale érigée en 1843 et toujours située près de l'entrée du domaine, construit à côté de sa grange une imposante demeure (démolie en 1942 et 1943) avec une immense serre à l'arrière munie d'un mur coupe-feu en brique. Un couloir d'environ deux mètres unissait ces bâtiments. La grange a conservé ses fonctions agricoles jusqu'au début des années 1980.

La grange Alexander-Solomon-Walbridge est classée en 2004. Elle sert maintenant de lieu de conservation de la collection d'objets et équipements agricoles du Musée Missisquoi.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montérégie

MRC :

  • Brome-Missisquoi

Municipalité :

  • Saint-Ignace-de-Stanbridge

Adresse :

  • 189, chemin de Mystic

Lieux-dits :

  • Mystic

Latitude :

  • 45° 9' 9.435"

Longitude :

  • -72° 59' 17.695"

Désignation cadastrale

Circonscription foncière Division cadastrale Désignation secondaire Numéro de lot
Missisquoi Canton de Stanbridge Absent 1533

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Documents

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Références

Notices bibliographiques :

  • Commission des biens culturels du Québec. Patrimoine, coups de coeur! Sélection de 46 biens culturels. Québec, Commission des biens culturels du Québec, 2002. 129 p.
  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • Des Rosiers et associés inc. Enquête orale. Domaine A. S. Walbridge. Mystic (Québec). Québec, Ministère de la Culture et des Communications, 2004. 146 p.
  • Ethnotech inc. La grange Walbridge. Mystic. s.l. Ministère de la Culture et des Communications, 2002. 59 p.
  • PIGEON, Danielle. A. S. Walbridge, la grange de Mystic et la grande maison disparue. Recherches complémentaires. s.l. Ministère de la Culture et des Communications, 2005. 75 p.
  • PROVOST, Yvon. Les granges-étables circulaires et polygonales : inventaire, étude historique et analyse architecturale. Verchères, Ministère des Affaires culturelles, 1982. 201 p.
  • RADOJKOVIC, Jon. Barn Building: The Golden Age of Barn Construction. Erin (Ontario), Boston Mills Press, 2007. 192 p.

Multimédias disponibles en ligne :

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