Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Domaine Joly-De Lotbinière

Carte

Description

Le domaine Joly-De Lotbinière est une vaste propriété bourgeoise de villégiature dont les premiers édifices ont été construits en 1851. Il se compose d'un manoir et d'une série de dépendances comprenant la maison des servantes, la remise aux voitures, le poulailler, l'abri à bois, le laboratoire, la remise aux outils, la maison du jardinier, la serre et le kiosque de lecture. Ces bâtiments sont entourés d'aménagements paysagers, dont la forêt domaniale, la plantation de noyers noirs, le jardin français et son potager, l'étang aux castors et la prairie ronde. Le domaine Joly-De Lotbinière occupe un grand terrain qui comprend trois niveaux de terrasses, la terrasse inférieure étant occupée par un marais. Il est situé en bordure du fleuve Saint-Laurent, dans la municipalité de Sainte-Croix.

Ce bien est classé site patrimonial. La protection s'applique aux constructions, au terrain ainsi qu'à tout ce qui s'y trouve. Le site comprend un immeuble patrimonial classé. Un site archéologique inscrit à l'Inventaire des sites archéologiques du Québec est également associé au lieu.

Haut de la page

Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Site patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1999-06-03
 
Désignation (Canada) Lieu historique national du Canada Commission des lieux et monuments historiques du Canada 2003-09-02
 

Haut de la page

Valeur patrimoniale

Le domaine Joly-De Lotbinière présente un intérêt pour sa valeur historique découlant de son association avec la famille Joly de Lotbinière. Cette famille occupe une place importante dans l'histoire politique et économique du Québec. Au cours du XIXe siècle, elle s'engage dans la construction de voies ferrées et dans le commerce du bois. Elle montre aussi un intérêt marqué pour les sciences naturelles, surtout la foresterie, la sylviculture et certaines expérimentations d'ordre scientifique et technologique. Pierre-Gustave Joly (1798-1865) et sir Henri-Gustave Joly de Lotbinière (1829-1908) en sont les membres les plus illustres. Négociant originaire de Suisse, Pierre-Gustave Joly assure la gérance de la seigneurie de Lotbinière de 1829 à 1860 en vertu de son mariage avec Julie-Christine Chartier de Lotbinière (vers 1809-1860), héritière de cette seigneurie concédée en 1672 à son ancêtre, René-Louis Chartier de Lotbinière (vers 1641-1709). Pierre-Gustave Joly est aussi un pionnier du daguerréotype. Fils du précédent, sir Henri-Gustave Joly de Lotbinière est avocat et homme politique. Il est premier ministre de la province de Québec de 1878 à 1879, puis lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique entre 1900 et 1906. La famille Joly fait l'acquisition du domaine en 1846 et entreprend son aménagement à partir de 1851. Ce domaine deviendra son lieu de villégiature et demeure sa propriété jusqu'en 1967.

Le domaine Joly-De Lotbinière présente également un intérêt pour sa valeur architecturale. L'ensemble constitue un exemple achevé de propriété bourgeoise du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Par leur architecture et leur disposition, les bâtiments s'inscrivent dans le mouvement pittoresque. D'origine britannique, ce courant se traduit par l'intégration harmonieuse de l'architecture à la nature. Le manoir, construit en 1851 et agrandi vers 1880, est une vaste résidence en bois de deux étages et demi. Ses deux étages de galeries, qui permettent un contact avec la nature, illustrent notamment l'influence du pittoresque. Les autres bâtiments du domaine, dont la construction se situe principalement entre 1882 et 1900, entretiennent un lien harmonieux avec le manoir par leurs matériaux, leurs couleurs, leur architecture et leurs ornements menuisés. Le laboratoire était le lieu où les propriétaires faisaient leurs expériences en photographie et en botanique; à l'époque de Gustave-Henri Joly de Lotbinière, ses abords étaient une véritable ferme modèle.

Le domaine Joly-De Lotbinière présente aussi un intérêt pour sa valeur paysagère. Ses aménagements sont eux aussi inspirés du pittoresque, qui rejette la régularité et la symétrie afin de refléter plus fidèlement la nature. Les jardins adoptent donc un plan irrégulier et asymétrique conçu pour découvrir progressivement le magnifique paysage et les différents points de vue. Le domaine possède aujourd'hui des arrangements floraux reconstitués selon les plans originaux. Il compte aussi des plantations d'arbres rares comme le chêne rouge, le noyer noir d'Amérique, l'épinette de Norvège, l'épinette du Colorado, le marronnier d'Inde et des essences hybrides développées par Henri-Gustave Joly de Lotbinière. L'aménagement paysager du domaine témoigne de l'engouement de l'élite pour le pittoresque et du comportement visionnaire de la famille Joly en ce qui a trait à la protection de la nature.

Le domaine Joly-De Lotbinière présente en outre un intérêt pour sa valeur archéologique. Le site comprend des vestiges qui témoignent d'une présence amérindienne et euroquébécoise. Les deux terrasses inférieures ont longtemps été un lieu d'occupation saisonnière important pour les Autochtones. Le site compte également des vestiges plus récents, dont ceux d'une ancienne ferme, qui aident à la compréhension de l'aménagement du domaine proprement dit.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2004.

Haut de la page

Éléments caractéristiques

Les éléments clés du domaine Joly-De Lotbinière liés à ses valeurs historique, architecturale, paysagère et archéologique comprennent, notamment :
- sa situation sur la pointe Platon, en bordure du fleuve Saint-Laurent;
- le grand terrain comprenant trois niveaux de terrasses, la terrasse inférieure étant occupée par un marais;
- l'aménagement paysager inspiré du mouvement pittoresque, dont le plan irrégulier et asymétrique des jardins, des sentiers ainsi que des plans d'eau;
- les arrangements floraux reconstitués comportant entre autres un jardin français et son potager, l'étang aux castors et la prairie ronde;
- les plantations d'arbres incluant entre autres des chênes rouges, des noyers noirs d'Amérique, des épinettes de Norvège, des épinettes du Colorado et des marronniers d'Inde;
- les dix bâtiments rattachés au mouvement pittoresque par leur architecture et leur disposition et harmonisés au manoir par leurs matériaux (neuf sont en bois), leurs couleurs et leurs ornements menuisés;
- le vaste manoir de deux étages et demi, composé d'un corps de logis de plan rectangulaire et d'une annexe, coiffé d'un toit à deux versants retroussés et doté entre autres de deux étages de galeries de pleine longueur se prolongeant sur les façades latérales et de nombreuses ouvertures;
- la maison des servantes de plan rectangulaire, à deux étages, coiffée d'un toit à quatre versants en bardeaux de cèdre avec pignon et lucarnes;
- la remise aux voitures de plan rectangulaire, à deux étages, revêtue de planches à clins et coiffée d'un toit en bardeaux de cèdre percé de lucarnes et de lanterneaux ainsi que ses appentis;
- le poulailler de plan rectangulaire revêtu de panneaux de bois imitant la pierre de taille et coiffé d'un toit à quatre versants en bardeaux de cèdre surmonté d'un lanternon;
- l'abri à bois;
- le laboratoire de plan rectangulaire, à un étage, revêtu de planches à clins et coiffé d'un toit à trois versants avec lucarne et cheminée;
- la remise aux outils en brique de plan rectangulaire coiffée d'un toit à deux versants en bardeaux de cèdre orné d'une frise rappelant les gouttes de la façade du manoir;
- la maison du jardinier de plan rectangulaire, à un étage et demi, coiffée d'un toit à deux versants en bardeaux de cèdre percé d'une lucarne;
- la serre adjacente à la maison du jardinier;
- le kiosque de lecture présentant une structure ouverte sur le fleuve, des murs lambrissés de planches horizontales et un toit à quatre versants couvert de bardeaux de cèdre;
- les portails d'entrée en bois décorés de motifs de feuille d'érable comme le manoir et comportant des colonnes de pierre;
- la présence d'un site archéologique comprenant des vestiges d'origine amérindienne et euroquébécoise.

Haut de la page

Informations historiques

La seigneurie de Lotbinière est concédée en 1672 à René-Louis Chartier de Lotbinière (vers 1641-1709), substitut du procureur général au Conseil souverain et descendant d'une famille de la noblesse française. La famille Chartier n'habite pas la seigneurie; son administration est plutôt confiée à un représentant.

En 1828, Julie-Christine Chartier de Lotbinière (vers 1809-1860), héritière de la seigneurie, épouse le négociant d'origine suisse Pierre-Gustave Joly (1798-1865). Elle conserve ses droits de propriété, mais cède à son mari ses droits de gérance. Le nouveau maître s'intéresse très tôt à l'exploitation forestière. Pour expédier son bois vers Québec, il fait ériger un quai et des bâtiments à l'extrémité de la pointe Platon. De ces premières installations, il ne subsiste que des vestiges. La famille Joly possède aussi des intérêts dans la construction ferroviaire.

En 1846, Pierre-Gustave Joly fait l'acquisition de la portion est de la pointe Platon, qui faisait partie de la seigneurie de Sainte-Croix. Joly entrevoit d'y construire un vaste domaine de villégiature pour sa famille, qui habite Québec.

L'aménagement du domaine débute véritablement en 1851 avec la construction du manoir, appelé « Maple House », en raison de ses boiseries aux motifs de feuille d'érable. Pierre-Gustave Joly, l'un des pionniers de l'utilisation du daguerréotype, fait aussi construire un laboratoire, où il mène ses expériences.

En 1860, Henri-Gustave Joly de Lotbinière (1829-1908) hérite du domaine à la suite du décès de sa mère. Avocat et homme politique, ce dernier sera premier ministre de la province de Québec en 1878 et 1879, puis lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique de 1900 à 1906. Tout au long de sa vie, Joly de Lotbinière se fait un ardent protecteur et promoteur du patrimoine naturel, entre autres de la forêt. Sa réputation s'étend jusqu'aux États-Unis et en Europe. Il est d'ailleurs considéré, par certains auteurs, comme le père de l'arboriculture au Canada. Ses idées influenceront le gouvernement de la province de Québec dans la protection des forêts publiques; c'est ainsi que le parc des Laurentides verra le jour en 1895.

Henri-Gustave Joly de Lotbinière aménage avec soin le domaine avec des plantations d'arbres et des arrangements floraux recherchés. Ses plantations comprennent des essences rares, comme le chêne rouge, le noyer noir d'Amérique, l'épinette de Norvège, l'épinette du Colorado, le marronnier d'Inde et des essences hybrides qu'il a lui-même développées. Le laboratoire construit par son père sert à ses expériences botaniques, et la pointe Platon devient à cette époque une véritable ferme modèle.

En 1880, le manoir est agrandi. La plupart des dépendances, telles la maison des servantes ou la remise aux voitures, sont construites entre 1882 et 1900.

En 1967, le gouvernement du Québec fait l'acquisition du domaine, encore propriété de la famille. Les bâtiments sont restaurés en deux étapes (1995 et 1998-1999). En 1998, le domaine est cédé à la Fondation du domaine Joly-De Lotbinière.

Le domaine et le manoir Joly-De Lotbinière sont classés en 1999. Le domaine est désigné lieu historique national du Canada en 2003. C'est maintenant un lieu d'interprétation du patrimoine naturel et culturel.

Haut de la page

Emplacement

Region administrative :

  • Chaudière-Appalaches

MRC :

  • Lotbinière

Municipalité :

  • Lotbinière
  • Sainte-Croix

Lieux-dits :

  • Pointe-Platon

Localisation informelle :

Sur la Route de Pointe-Platon.

Latitude :

  • 46° 40' 1.9"

Longitude :

  • -71° 50' 55.3"

Désignation cadastrale

Circonscription foncière Division cadastrale Désignation secondaire Numéro de lot
Lotbinière Paroisse de Saint-Louis-de-Lotbinière Absent 192 ptie
193
193-1
193-2
193-3
254-1
254-2
254-3
537 ptie
537-1
538
538-1
539

Code Borden

CeEx-4      

Haut de la page

Références

Liens Internet :

Notices bibliographiques :

  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • LECLERC, Hélène. Domaine Joly-De Lotbinière. Montréal, Fides / Association des jardins du Québec, 2002. s.p.
  • MARTIN, Paul-Louis et Pierre MORISSET. Promenades dans les jardins anciens du Québec. Montréal, Boréal / B.L. Éditeur, 1996. s.p.
  • s.a. « Domaine Joly-De Lotbinière ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Supplément 1987-1999. Québec, Les Publications du Québec, 2001, p. 25.

Multimédias disponibles en ligne :

Haut de la page

Gouvernement du Québec

© Gouvernement du Québec, 2013