Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Domaine seigneurial des Aulnaies

Carte

Description

Le domaine seigneurial des Aulnaies est un ensemble comprenant un manoir et ses dépendances. Le manoir, un élégant cottage en bois de style Regency, ainsi qu'un hangar reprenant certains de ses éléments décoratifs ont été érigés de 1850 à 1853. Un autre hangar construit plus tardivement complète l'ensemble. Délimité par la rivière Ferrée et la rivière Le Bras qui le traverse en partie, le domaine seigneurial est situé le long de la route de la Seigneurie, au coeur de la municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies. La propriété, ponctuée de bosquets, de pelouses, d'un étang, de jardins rustiques et d'allées sinueuses, se déploie sur un plateau.

Ce bien est classé immeuble patrimonial. La protection s'applique au vaste terrain de 6,9 hectares, au manoir et à ses dépendances. Le domaine bénéficie d'une aire de protection. Un site inscrit à l'Inventaire des sites archéologiques du Québec est associé au lieu. Un moulin banal, également classé immeuble patrimonial, se situe à proximité.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1965-01-13
 
Délimitation Aire de protection Ministre de la Culture et des Communications 1975-05-28
 

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Valeur patrimoniale

Le domaine seigneurial des Aulnaies présente un intérêt pour sa valeur historique. Il constitue un témoin exceptionnel du régime seigneurial. Situé sur une concession accordée en 1656 à Nicolas Juchereau (vers 1627-1692), il évoque le régime seigneurial par son emplacement au coeur de la municipalité, à proximité du moulin banal et de l'ancien chemin du Roy. Il rappelle plus particulièrement le contexte qui caractérise la fin de ce régime (1854). Au XIXe siècle, de riches notables, tel Amable Dionne (1781-1852) qui acquiert la seigneurie en 1837, achètent de vastes propriétés, et notamment des seigneuries. Leurs domaines, constitués d'une résidence luxueuse, de dépendances et de terrains aménagés, sont conçus dans l'esprit du courant pittoresque. Le manoir seigneurial des Aulnaies est situé sur un plateau et s'intègre dans un aménagement paysager composé de bosquets, de pelouses, d'un étang, de jardins rustiques et d'allées sinueuses, qui reflète l'ouverture sur la nature propre à ce courant.

Le domaine seigneurial des Aulnaies présente aussi un intérêt pour sa valeur architecturale. Le manoir est attribué au célèbre architecte Charles Baillairgé (1826-1906), qui y a combiné différents styles tirés d'ouvrages contenus dans sa bibliothèque. Le plan en U formé par le corps principal et les tourelles en façade s'inspire des châteaux français, tandis que l'ornementation puise dans les modèles néo-grecs et néo-égyptiens. Le style Regency est illustré par la volumétrie du bâtiment (un rectangle à un étage couvert d'un toit à quatre versants avec avant-toits), la large galerie qui le ceinture et les nombreux éléments en bois découpés. À l'intérieur, le manoir compte un grand nombre de pièces disposées symétriquement, de part et d'autre d'un hall central, à l'instar de nombreuses résidences bourgeoises. Plusieurs grandes fenêtres donnent sur la galerie, permettant d'observer les jardins et le paysage. Une dépendance reprend certains détails architecturaux du manoir.

Le domaine seigneurial des Aulnaies présente également un intérêt pour ses valeurs historique et ethnologique. Il traduit le mode de vie de la bourgeoisie rurale de l'époque victorienne. La résidence présente une hiérarchisation, une compartimentation et une spécialisation des espaces, qui répondent à la recherche de confort et d'intimité. Le rez-de-chaussée comprend le salon, la salle à manger et la chambre des maîtres, alors que les chambres des enfants et des visiteurs occupent les combles. Porteuses de symboles, les pièces de l'étage noble sont situées à des endroits stratégiques. Accessibles par un hall central, lieu de transition, leur envergure et leur aménagement illustrent le statut social des propriétaires. Les deux tourelles, celle du seigneur et celle de la seigneuresse, témoignent plus particulièrement de leur rang. La tourelle de la seigneuresse, ouverte seulement durant la belle saison, renferme un boudoir, où la maîtresse de maison pratique le rituel du thé. La tourelle du seigneur loge une bibliothèque et un bureau. Axé sur le paraître, le mode de vie bourgeois se manifeste dans la conception globale du domaine qui répond à la vogue des séjours à la campagne. Le cottage est conçu pour accueillir plusieurs invités et la distribution des pièces, accessibles par un couloir, permet de respecter l'intimité des occupants. Le terrain, quant à lui, est aménagé pour le plaisir et l'émerveillement des visiteurs.

Le domaine seigneurial des Aulnaies présente en outre un intérêt historique découlant de son association avec la famille Dionne. Le seigneur Amable Dionne (1781-1852), qui initie la construction du manoir, est aussi un homme politique important qui siégera à la chambre d'Assemblée du Bas-Canada comme député de Kamouraska et signera les 92 résolutions déposées en 1834. Vers la fin de sa vie, ce riche commerçant est l'homme le plus influent et respecté de la Côte-du-Sud.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2004.

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Éléments caractéristiques

Les éléments clés du domaine seigneurial des Aulnaies liés à ses valeurs historique, architecturale et ethnologique comprennent, notamment :
- sa situation sur un plateau, au coeur de la municipalité, à proximité des rivières Ferrée et Le Bras et de l'ancien chemin du Roy;
- le terrain paysager comprenant des bosquets, des pelouses, un étang, des jardins rustiques, des allées sinueuses et un ruisseau;
- la relation entre les divers éléments, manoir, hangars et aménagement paysager;
- les éléments de style Regency du cottage, dont le corps de logis rectangulaire, la charpente en pièce sur pièce lambrissée de planches de bois à clins peintes en rouge, le toit à quatre versants couvert de tôle à la canadienne, les avant-toits, la souche de cheminée cannelée centrale, le rez-de-chaussée surélevé et ceinturé d'une galerie à balustrade, l'escalier central y donnant accès, les lambrequins ornant la base des avant-toits et de la galerie, la distribution symétrique de l'ensemble des ouvertures et leur disposition de part et d'autre d'une porte centrale en façade avant et arrière, les hautes fenêtres à battants à six carreaux du rez-de-chaussée s'ouvrant largement sur la galerie;
- les éléments du cottage empruntés aux châteaux français, dont le plan en U formé par le corps principal et les deux tourelles octogonales hors-oeuvre aux angles de la façade;
- les éléments néo-grecs et néo-égyptiens appliqués à l'abondante et riche ornementation en bois découpé du cottage composée entre autres de rosettes, de frises, de palmettes, de consoles, de fleurons, de pilastres et de corniches, et notamment celle du portail monumental;
- le plan intérieur symétrique du cottage composé de plusieurs pièces spacieuses distribuées de part et d'autre d'un hall central et les murs enduits de plâtre posé sur des lattes;
- les éléments témoignant du mode de vie bourgeois à l'époque victorienne, dont la disposition hiérarchique des pièces au rez-de-chaussée où le salon et la salle à manger occupent l'avant du manoir, le hall central précédé d'un vestibule, le somptueux escalier à deux volées avec balustrade ouvragée au centre du hall, les pavillons octogonaux annexés à la façade (celui de gauche comprenant le bureau et la bibliothèque du seigneur, celui de droite, le boudoir de la seigneuresse), la cuisine et la chambre des maîtres situées à l'arrière, les combles accueillant les chambres des enfants et des visiteurs;
- les éléments témoignant de la recherche d'intimité, dont le couloir et l'escalier qui compartimentent les pièces et séparent les espaces publics des espaces privés;
- les éléments témoignant de l'attention apportée au paraître, dont l'aménagement des spacieuses pièces de réception (surfaces plâtrées et lisses, plafonds lambrissés de 3,3 mètres de haut, éclairage rendu par de larges fenêtres), l'ornementation de l'ensemble du manoir et l'aménagement paysager du domaine;
- le hangar reprenant certains des éléments décoratifs du manoir.

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Informations historiques

En 1656, la seigneurie de la Grande-Anse, aussi appelée seigneurie des Aulnaies, est attribuée à Nicolas Juchereau (vers 1627-1692). Elle figure parmi les trente premières seigneuries concédées en Nouvelle-France par la Compagnie des Cent-Associés. Cependant, les seigneurs Juchereau-Duchesnay ne construiront jamais de manoir sur leur domaine puisqu'ils sont déjà établis à Beauport. Durant presque 200 ans, aucun seigneur n'habite la seigneurie.

En 1837, le marchand Amable Dionne (1781-1852) achète la seigneurie de la Grande-Anse, mais ce n'est qu'en 1850 qu'il entreprend la construction du manoir sur le domaine seigneurial, à proximité du moulin banal. Il le destine à son fils cadet, Pascal-Amable. Amable Dionne est aussi un homme politique important qui, entre autres, siègera de 1830 à 1837 à la chambre d'Assemblée du Bas-Canada comme député de la circonscription de Kamouraska et signera les 92 résolutions déposées en 1834. Vers la fin de sa vie, ce riche commerçant est l'homme le plus influent et respecté de la Côte-du-Sud.

Une tradition orale attribue la conception du manoir à l'architecte Charles Baillairgé (1826-1906), qui y combine différents styles architecturaux tirés d'ouvrages contenus dans sa bibliothèque. À la même époque, il dessine la maison de Cirice Têtu, le gendre d'Amable Dionne, située à Québec. Les deux résidences présentent une grande similarité dans leur vocabulaire décoratif et stylistique. Le manoir est terminé en 1853, un an après la mort d'Amable Dionne.

En 1852, Pascal-Amable devient le premier seigneur à habiter la seigneurie en permanence. Il ne portera cependant le titre de seigneur que très peu de temps, puisque le régime seigneurial est aboli en 1854. Au cours des années suivantes, il s'applique à aménager le domaine, mais dilapide aussi la fortune héritée de son père. Il meurt en 1870, cinq ans après que sa famille ait repris l'administration du domaine. En 1894, Arthur Miville-Déchêne, marchand de bois, député de L'Islet et sénateur de la division De la Durantaye, achète la propriété. La famille Miville-Déchêne la vend en 1963 au ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche.

Le domaine seigneurial des Aulnaies est classé en 1965. Il bénéficie d'une aire de protection depuis 1975. Le manoir est restauré la même année. Le domaine fait actuellement partie, avec le moulin banal aussi classé immeuble patrimonial qui s'élève à proximité, d'un centre d'interprétation sur la vie seigneuriale.

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Emplacement

Region administrative :

  • Chaudière-Appalaches

MRC :

  • L'Islet

Municipalité :

  • Saint-Roch-des-Aulnaies

Adresse :

  • 525, route de la Seigneurie

Latitude :

  • 47° 18' 54.8"

Longitude :

  • -70° 8' 39.7"

Désignation cadastrale

Circonscription foncière Division cadastrale Désignation secondaire Numéro de lot
L'Islet Paroisse de Saint-Roch-des-Aulnets Absent 103 ptie 88
104 ptie

Code Borden

ChEm-2      

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Références

Liens Internet :

Notices bibliographiques :

  • CAMERON, Christina. Charles Baillairgé: Architect & Engineer. Montréal / Kingston, McGill-Queen's University Press, 1989. 201 p.
  • CHASSÉ, Béatrice. « Manoir Dionne, petit trianon et hangar ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Tome I. Québec, Les Publications du Québec, 1990, p. 399-401.
  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • DESMEULES, Claire. Concept d'aménagement des pièces du rez-de-chaussée au manoir de Saint-Roch-des-Aulnaies. s.l. Corporation touristique de la seigneurie des Aulnaies, 1993. 49 p.

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