Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Maison Saint-Gabriel

Type :

Patrimoine immobilier

Autre(s) nom(s) :

  • Ferme Saint-Gabriel

Région administrative :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Date :

  • 1698 (Construction)

Thématique :

  • Patrimoine de la Nouvelle-France

Usage :

  • Services et institutions (Autres résidences de religieux et religieuses)

Éléments associés

Plaques commémoratives associées (1)

Événements associés (1)

Groupes associés (1)

Personnes associées (7)

Carte

Description

La maison Saint-Gabriel est un domaine rural conventuel dont la construction s'étale de la fin du XVIIe siècle à la seconde moitié du XIXe siècle. L'ensemble comprend une maison de ferme en moellons construite en 1698, une grange en pierre du dernier quart du XIXe siècle et un terrain d'un peu plus d'un hectare. La maison de ferme est la composante maîtresse de l'ensemble. Le vaste corps de logis de plan rectangulaire, à deux étages et demi, est coiffé d'un toit aigu à deux versants droits à faible débordement. Lui sont greffées une annexe en pierre d'un étage et demi au toit en pavillon à trois versants (1826), à l'ouest, et une ancienne laiterie en pierre au toit à trois versants prononcés, à l'est. La grange rectangulaire en pierre à un étage est coiffée d'un toit à deux versants droits. Le terrain aménagé en jardin comprend plusieurs arbres matures. L'ensemble est situé non loin du fleuve Saint-Laurent, à proximité du parc Marguerite-Bourgeoys, dans le quartier Pointe-Saint-Charles de l'arrondissement du Sud-Ouest de la ville de Montréal.

Ce bien est classé immeuble patrimonial. La maison Saint-Gabriel bénéficie d'une aire de protection. Un site archéologique euroquébécois est associé au bien.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1965-10-19
 
Délimitation Aire de protection Ministre de la Culture et des Communications 1979-06-29

Transfert de responsabilité

  • Exercice de certains pouvoirs par la municipalité (Montréal), 2017-09-21
    Prise d'effet : 2018-09-21
 
Désignation (Canada) Lieu historique national du Canada Commission des lieux et monuments historiques du Canada 2007-06-08
 

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Valeur patrimoniale

La maison Saint-Gabriel présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique liée à son ancienneté. Dès 1662, une terre est concédée par Paul de Chomedey de Maisonneuve (1612-1676) à Marguerite Bourgeoys (1620-1700). En 1668, celle-ci achète une terre voisine et la maison de ferme de François Le Ber (1612-1676), érigée vers 1662. Bien que la maison Le Ber ait été incendiée en 1693, ses fondations ainsi qu'une partie des murs de l'annexe est ont servi lors de la construction de la maison actuelle en 1698. Implantée à proximité du fleuve, en dehors des limites de l'ancienne ville fortifiée, la maison Saint-Gabriel témoigne donc de la période initiale d'occupation permanente de l'île de Montréal. Elle constitue le plus ancien témoin de la réalité rurale montréalaise et figure parmi les plus anciennes résidences religieuses subsistant au Québec.

La maison Saint-Gabriel présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur historique reposant sur son association avec Marguerite Bourgeoys et la congrégation de Notre-Dame. Le domaine doit son implantation au travail de la religieuse qui acquiert terres et maison de ferme afin d'assurer la survie de sa communauté vouée à l'éducation féminine. Cadre d'accueil des « filles du Roy », la métairie est considérée comme le lieu de la première école de métiers féminins. Reconnue pour son rôle déterminant dans l'histoire de l'éducation au Québec, la congrégation, propriétaire de la maison depuis plus de trois cents ans, y poursuit son oeuvre à travers son musée, ouvert depuis 1966. Le domaine symbolise l'importance des communautés religieuses féminines québécoises et constitue un important lieu de mémoire pour l'histoire des femmes du Québec.

La maison Saint-Gabriel présente également un intérêt pour sa valeur architecturale. L'habitation conserve plusieurs traits de la maison rurale d'inspiration française, dont le toit aigu à deux versants droits à faible débordement, les cheminées dans les murs pignons et les fenêtres à petits carreaux. La maison se distingue cependant par son vaste corps de logis à deux étages et demi, qui évoque les demeures urbaines du Régime français par la présence d'une cave et par son abondante fenestration. Le savoir-faire et l'adaptabilité des artisans sont démontrés par la solidité du bâtiment garantie par ses fondations à éperons visant à contrer les effets du gel et de l'instabilité du sol en bordure du fleuve, par la qualité de sa charpente de bois et par l'habileté dans la répartition des charges illustrée par les couronnements des ouvertures et les voûtes des deux cheminées. L'ajout de lucarnes en 1777 et de l'annexe ouest en 1826 s'est fait dans le respect des proportions, le bâtiment conservant une grande cohésion architecturale. La grange de pierre construite vers 1870, un élément rarement rencontré au Québec, s'harmonise avec la maison et contribue à faire de ce domaine conventuel un ensemble unique.

La maison Saint-Gabriel présente en outre un intérêt patrimonial pour sa valeur historique comme témoin du mode de vie rural traditionnel et conventuel. L'emplacement des dépendances et l'aménagement intérieur de la maison, avec entre autres ses foyers, ses pierres d'évier, ses soupiraux servant de chutes à légumes, ses vastes aires communes bien éclairées et son dortoir, témoignent de la fonctionnalité de cette habitation adaptée à la vie en communauté. La chapelle, la niche à statue, la croix de chemin et le clocheton illustrent, par ailleurs, l'importance que la piété y tenait. La rusticité et la sobriété du décor intérieur ainsi que les espaces reliés aux activités agricoles révèlent la simplicité de la vie conventuelle à la maison Saint-Gabriel.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2005.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques de la maison Saint-Gabriel liés à ses valeurs historique et architecturale comprennent, notamment :
- son emplacement entre le fleuve Saint-Laurent et le canal Lachine, sur un terrain aménagé incluant un jardin et des arbres matures de différentes essences;
- sa situation en face de l'île des Soeurs, en retrait de l'ancien secteur fortifié de la ville;
- sa situation en milieu urbain dans le quartier Pointe-Saint-Charles, à proximité du centre-ville actuel de Montréal, dans l'arrondissement du Sud-Ouest;
- la présence d'un site archéologique euroquébécois;
- le volume du corps de logis, dont le plan rectangulaire, l'élévation de deux étages et demi et le toit aigu à deux versants droits à faible débordement (couvert de tôle à la canadienne);
- la maçonnerie en moellons des murs à fruit, les épaisses fondations à éperons et les murs de refend de la cave;
- la charpente en bois de frêne et de chêne du toit à chevrons portant fermes avec croix de Saint-André et son assemblage (tenons et mortaises, gargouille, queue d'aronde et entures);
- les deux cheminées de pierre dans les murs pignons, le décalage de la cheminée est par rapport à l'axe de faîtage et les voûtes de la cave;
- les ouvertures, dont les portes d'assemblage et les fenêtres à battants à petits carreaux, les chambranles de bois surmontés par des arcs de décharge, les lucarnes à pignon et la contre-porte à deux vantaux de l'entrée principale;
- les poutres rustiques du plafond, les planchers à planches larges, le crépi des murs, les volets de fenêtre et la ferronnerie d'époque;
- les deux annexes latérales en pierre, leur chaînage d'angle et leur toit en pavillon à trois versants couvert de tôle à la canadienne;
- l'aménagement intérieur de la maison comprenant une division similaire des deux étages en deux vastes pièces d'inégales dimensions (salle commune et cuisine au rez-de-chaussée et dortoir et chapelle à l'étage supérieur) et le petit nombre de cloisons;
- les éléments fonctionnels intégrés à l'architecture, dont les deux grands foyers, les deux pierres d'évier et leur gargouille disposées sur les appuis de fenêtre, les armoires encastrées dans les cloisons et les volets;
- les éléments rappelant la vie agricole, dont l'annexe ouest destinée aux engagés de la ferme, les soupiraux dits en abat-jour servant de chute à légumes, l'aménagement du jardin privilégiant les plantes cultivées en Nouvelle-France ainsi que la présence d'une grange, d'une laiterie, d'une annexe en bois et d'un puits;
- les caractéristiques de la grange en pierre, dont le volume de plan rectangulaire à un étage et le toit à deux versants aux larmiers courts couvert en bardeau de cèdre, les ouvertures, notamment les larges portes de bois, les petites fenêtres à carreaux et les lucarnes, le chaînage d'angle.

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Informations historiques

En 1662, Marguerite Bourgeoys (1620-1700) obtient de Paul de Chomedey de Maisonneuve (1612-1676) une concession à Pointe-Saint-Charles, dans le secteur sud-ouest de Montréal, qu'elle agrandit en achetant de François Le Ber (1612-1676), dès 1668, une terre limitrophe et une maison. Le domaine conventuel ainsi formé, appartenant depuis plus de trois siècles à la congrégation de Notre-Dame, porte successivement les noms d'ouvroir de la Providence au XVIIe siècle, de ferme de la Pointe au XVIIIe siècle, de ferme Saint-Charles au XIXe siècle et prend finalement, à partir de 1930, le nom de ferme Saint-Gabriel, en hommage aux Sulpiciens qui possédaient autrefois une ferme de ce nom dans le secteur. Le domaine, dès son origine, est destiné à assurer la subsistance des religieuses de la congrégation qui dispensent gratuitement l'éducation aux jeunes filles. Entre 1668 et 1681, en plus d'accueillir un contingent de filles du Roy, la maison devient vraisemblablement la première école ménagère.

La maison est dévastée par un incendie en 1693. Les fondations et la laiterie (annexe est), préservées de l'incendie, sont intégrées à la reconstruction de 1698. Pierre Couturier dit Le Bourguignon (vers 1665-1715), dont le nom est associé aux travaux de maçonnerie avec ceux de Gilbert Maillet et de Jean Deslandes de Champigny, est reconnu pour sa participation à la construction, entre autres, du château De Ramezay, de la première résidence en pierre des Récollets et de l'église Notre-Dame. La charpente est réalisée par un dénommé Langenois et par Antoine Tesserot, la menuiserie par Vincent Lenoir et la ferronnerie par un dénommé Cavelier. Durant les décennies suivantes, le domaine est agrandi pour atteindre 212 arpents en 1723, superficie conservée durant plus d'une centaine d'années. Des travaux d'agrandissement réalisés en 1826 donnent au bâtiment son allure actuelle. Une annexe pour les employés de la ferme est construite du côté ouest, remplaçant une plus petite structure qui répondait symétriquement à la laiterie. Les portes des façades nord et sud du corps de logis ainsi que deux fenêtres du rez-de-chaussée sont déplacées lors de ces travaux, rendant asymétrique la disposition des ouvertures.

L'ouverture du canal Lachine en 1825 et l'avènement du chemin de fer vers 1847 marquent le début de l'industrialisation et de l'urbanisation du territoire, annonçant la disparition progressive du mode de vie rural à Pointe-Saint-Charles. Comme les propriétés voisines, le domaine est démembré progressivement à partir de 1853 par la vente de parcelles, entre autres à la Compagnie de chemin de fer du Grand Tronc et à des promoteurs immobiliers. En 1886, la ville de Montréal exproprie la bordure sud du domaine pour construire une jetée afin de prévenir les inondations dans le secteur.

Dans les premières décennies du XXe siècle, les activités agricoles de la ferme se limitent à la culture potagère et à l'élevage bovin. En 1952, la vente d'un terrain à la ville de Montréal permet d'agrandir le parc Le Ber et de maintenir en espace vert l'emplacement de la première concession obtenue par Marguerite Bourgeoys. Le domaine, qui cesse ses activités agricoles, prend ses dimensions actuelles au début des années 1960 et la congrégation entame des démarches dans le but de le préserver et d'y établir un musée. Une résidence est érigée sur le terrain en 1963-1964 afin de loger les religieuses.

La maison Saint-Gabriel est classée en 1965. Les travaux de restauration de la maison sont amorcés la même année, sous la supervision de l'architecte Victor Depocas. Le musée consacré à la Nouvelle-France ouvre ses portes en 1966. La maison Saint-Gabriel bénéficie d'une aire de protection depuis 1979. La grange de pierre est restaurée en 1992.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montréal

MRC :

  • Montréal

Municipalité :

  • Montréal

Arrondissement municipal :

  • Le Sud-Ouest

Adresse :

  • 2146, place de Dublin

Lieux-dits :

  • Pointe-Saint-Charles

Latitude :

  • 45° 28' 34.6"

Longitude :

  • -73° 33' 21.6"

Désignation cadastrale :

  • Lot 1 381 592

Code Borden

BiFj-35      

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Références

Liens Internet :

Notices bibliographiques :

  • BERNIER, Hélène. « Bourgeoys, Marguerite ». Bibliothèque et Archives Canada. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca/
  • BOUCHARD, Isabelle. « Pointe-Saint-Charles. Le Montréal archétypal ». Continuité. No 86 (2000), p. 43-45.
  • CHICOINE C.N.D., Émilia. La maison Saint-Gabriel : un témoin des origines de Montréal, A Witness to Montreal's Beginnings. Montréal, Congrégation Notre-Dame, 1977. 64 p.
  • CHICOINE C.N.D., Émilia. La métairie de Marguerite Bourgeoys à la pointe Saint-Charles. Montréal, Fides, 1986. s.p.
  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • D'ANJOU, Pierre et François VARIN. « La grange de la Maison Saint-Gabriel ». Musées. Vol. 15, no 1 (1993), p. 30-33.
  • DUBÉ, Patrice. « Ferme Saint-Gabriel ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Tome II. Québec, Les Publications du Québec, 1991, p. 188-190.
  • FORTIN, Daniel et Monique TAIRRAZ. Jardins d'un autre temps. Deux jardins dans l'esprit de la Nouvelle-France. Montréal, Maison Saint-Gabriel et Musée du Château Ramezay, 2001. 80 p.
  • LUCBERT, Françoise. « La maison Saint-Gabriel ». Continuité. No 51 (1991), p. 33-37.
  • PINARD, Guy. Montréal, son histoire, son architecture. Vol. 1. Montréal, Les Éditions La Presse, 1987. 346 p.
  • s.a. « La Maison Saint-Gabriel ». Société du Musée canadien des civilisations. Musée de la Nouvelle-France [En ligne]. http://www.civilization.ca /vmnf/collect/Gabriel/gabri_1f.html
  • s.a. Maison Saint-Gabriel, Un détour par le 17e siècle, Revisit the 17th Century. La maison Saint-Gabriel : un témoin des origines de Montréal, A Witness to Montreal's Beginnings. Montréal, Maison Saint-Gabriel, 2000. 17 p.
  • TRAQUAIR, Ramsay. Old Architecture of Québec : A study of the buildings erected in New France from the earliest explorers to the middle of the nineteenth century. Toronto, Macmillan Company of Canada, 1947. s.p.

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