Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Manoir Rouville-Campbell

Type :

Patrimoine immobilier

Région administrative :

  • Montérégie

Municipalité :

  • Mont-Saint-Hilaire

Date :

  • 1853 – 1860 (Construction)

Usage :

  • Fonction résidentielle (Manoirs seigneuriaux)

Éléments associés

Personnes associées (4)

Inventaires associés (2)

Carte

Description

Le manoir Rouville-Campbell est un ensemble résidentiel néogothique d'inspiration Tudor construit entre 1853 et 1860. Il est composé d'une vaste demeure et d'écuries en brique rouge ainsi que d'un préau. La somptueuse résidence de plan irrégulier, à deux étages et demi, comprend des avant-corps et est coiffée d'un toit aux angles multiples. Les écuries reprennent le vocabulaire formel de la demeure. Hautes d'un étage et demi, elles présentent un plan en « L ». Le préau, constitué d'une colonnade en fonte finement ouvragée, longe les écuries. Les bâtiments s'élèvent sur un terrain aménagé, formé de jardins, de pelouses et de boisés. Situé dans la ville de Mont-Saint-Hilaire, le domaine borde la rive est de la rivière Richelieu et a pour cadre le majestueux mont Saint-Hilaire.

Ce bien est classé immeuble patrimonial. Il bénéficie d'une aire de protection

Haut de la page

Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Immeuble patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1977-05-25
 
Délimitation Aire de protection Ministre de la Culture et des Communications 1979-06-22
 

Haut de la page

Valeur patrimoniale

Le manoir Rouville-Campbell présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Il constitue un témoin de la fin du régime seigneurial. Sous le Régime français, le manoir est une demeure généralement plus vaste que les autres, qui sert de résidence au seigneur et de lieu de perception des cens et rentes. Avec la Conquête (1760) et l'abolition du régime seigneurial (1854), le terme manoir en vient à désigner une villa ou une résidence spacieuse et luxueuse, inspirée des styles architecturaux en vogue, le plus souvent établie à la campagne sur un vaste domaine paysager. À la fois manoir seigneurial et villa, le manoir Rouville-Campbell reflète cette évolution. Implanté sur une partie du domaine seigneurial, il témoigne, d'une part, de l'histoire de la seigneurie de Rouville concédée à Jean-Baptiste Hertel de Rouville (1668-1722) en 1694. Le manoir seigneurial construit par Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville (1789-1859) en 1832 devient, en 1844, la propriété du nouveau seigneur, Thomas Edmund Campbell (1809 ou 1811-1872). Entre 1853 et 1860, Campbell fait agrandir et modifier l'ancien manoir et l'intègre au manoir actuel. Dernier seigneur de Rouville, celui-ci développe son domaine en y établissant une ferme modèle et participe activement à la vie politique du Bas-Canada et du Canada-Uni. La demeure est représentative, d'autre part, des propriétés bourgeoises du XIXe siècle. Construites majoritairement pour l'élite anglophone, elles sont l'oeuvre d'architectes. Le manoir est conçu par l'architecte Frederick Lawford (1821-1866), qui reprend les caractéristiques de la demeure ancestrale de la famille Campbell située à Inverawe en Écosse. D'inspiration Tudor, il évoque l'intérêt pour le style gothique dans la société anglophone. Il traduit, de plus, le goût bourgeois pour le pittoresque en offrant des vues sur le mont Saint-Hilaire, la rivière Richelieu et le vaste domaine avec ses écuries, ses jardins, ses pelouses et ses boisés.

Le manoir Rouville-Campbell présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. Du style néogothique d'inspiration Tudor, inspiré des manoirs de la campagne anglaise et écossaise du XVIe siècle, la résidence et les écuries adoptent notamment le plan irrégulier, les jeux d'angle du toit, les avant-corps et les pignons. Le répertoire décoratif comprend les baies à un ou plusieurs meneaux coiffées d'un rejéteau, les baies en saillie, les très hautes souches de cheminée en brique dont certaines torsadées et, longeant les écuries, la colonnade en fonte finement ouvragée du préau. Ces éléments font de l'ensemble une illustration remarquable de ce style dans l'architecture résidentielle québécoise.

Le manoir Rouville-Campbell présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur ethnographique. La demeure évoque le mode d'habiter de la société bourgeoise du XIXe siècle, qui considère la résidence privée entre autres comme le symbole de sa réussite sociale, ce qui s'exprime par la spécialisation des pièces, leur distribution hiérarchisée et leur décor. Porteuses de symboles, les pièces abondamment ornementées du rez-de-chaussée, qui comprennent un vestibule, un hall d'entrée spacieux et un salon luxueux, reflètent le statut social des propriétaires. Les anciennes écuries et le préau évoquent aussi, par leur architecture élaborée, prospérité et richesse.

Le manoir Rouville-Campbell présente en outre un intérêt patrimonial pour sa valeur historique découlant de son association avec l'artiste Jordi Bonet (1932-1979). Dessinateur, peintre, céramiste, muraliste et sculpteur de renommée internationale, Jordi Bonet acquiert le manoir en 1969. En plus d'investir dans l'achat et la conservation de cet ensemble, il y établit un centre d'art et ses ateliers, où il travaille jusqu'à sa mort.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2004.

Haut de la page

Éléments caractéristiques

Les éléments clés du manoir Rouville-Campbell liés à ses valeurs historique, architecturale et ethnologique comprennent, notamment :
- sa situation sur le domaine seigneurial de Rouville, à l'emplacement de l'ancien manoir, intégré dans la partie ouest du manoir actuel;
- le volume de la résidence, entre autres le plan irrégulier comprenant des avant-corps, l'élévation de deux étages et demi, les avant-corps et les pignons surmontés d'un gâble, l'avant-corps comprenant le porche encadré de deux tourelles octogonales hors-d'oeuvre, les jeux d'angle du toit, les hautes souches de cheminée en brique dont certaines torsadées;
- le volume des écuries, dont le plan en « L », les avant-corps et les pignons surmontés d'un gâble ainsi que les jeux d'angle du toit;
- le préau longeant les écuries couvert d'un toit en appentis;
- les matériaux, dont la brique rouge structurale de trois épaisseurs, le bois imitant la pierre pour l'ensemble de l'ornementation, la tôle à la canadienne couvrant la résidence et la tôle à baguettes couvrant les toits des écuries et du préau ainsi que la colonnade en fonte finement ouvragée du préau;
- les ouvertures, dont les baies à un ou plusieurs meneaux (divisées aux deux tiers de la hauteur par une traverse et surmontées d'un rejéteau en bois imitant la pierre) ainsi que le porche et les baies en saillie de la résidence;
- les éléments témoignant du mode de vie bourgeois au XIXe siècle, dont la disposition hiérarchique des pièces au rez-de-chaussée (parmi lesquelles le salon occupant toute la largeur du manoir, le hall central et le vestibule précédant le hall) ainsi que la présence d'écuries et d'un préau;
- les éléments témoignant de l'attention apportée au paraître, dont l'aménagement des spacieuses pièces de réception (entre autres la marqueterie du salon, les arches Tudor ornées de colonnettes ou de remplages, les foyers de pierre ou de fonte ouvragées, les hautes plinthes, les plâtres moulurés, les appliques plâtrées et les rosaces ainsi que l'escalier principal);
- les éléments associés au goût bourgeois pour le pittoresque, dont la situation dans un environnement de jardins et les vues sur le vaste domaine, la rivière Richelieu et le mont Saint-Hilaire.

Haut de la page

Informations historiques

Concédée en 1694 à Jean-Baptiste Hertel de Rouville (1668-1722), la seigneurie de Rouville s'étend au sud de la seigneurie de Beloeil et à l'est de celle de Chambly. En 1832, Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville (1789-1859) fait construire un manoir à l'emplacement de l'actuel manoir Rouville-Campbell. Ce manoir est représenté sur une oeuvre de Charles Crehen, intitulée « Vue du monument national et religieux érigé sur la montagne de Saint-Hilaire de Rouville, Québec », réalisée en 1841 (collection des Archives nationales du Canada). Le paysage présente un bâtiment d'inspiration classique aux dimensions modestes, dont le carré de deux étages est surmonté d'un fronton triangulaire.

En 1844, Thomas Edmund Campbell (1809 ou 1811-1872) achète la seigneurie. Dernier seigneur de Rouville, celui-ci développe son domaine en y établissant une ferme modèle et participe activement à la vie politique du Bas-Canada et du Canada-Uni. Il engage, en 1853, l'architecte Frederick Lawford (1821-1866), de la firme montréalaise Hopkins, Lawford et Nelson, pour effectuer des transformations considérables qui s'échelonnent jusqu'en 1860. L'ancien manoir est intégré dans la partie ouest du nouveau bâtiment d'inspiration Tudor. L'ajout double la superficie du manoir et forme, avec les écuries et le préau qui lui sont connexes, un ensemble architectural harmonieux. Incendiées en 1925, les écuries sont reconstruites au cours de la même année dans leur style originel.

En 1969, le peintre et sculpteur Jordi Bonet acquiert la propriété laissée à l'abandon. Non seulement investit-il financièrement dans sa sauvegarde, mais il y installe également ses ateliers et un centre d'art. En 1976, il entreprend des démarches en vue de protéger cette propriété et le manoir Rouville-Campbell est classé l'année suivante.

À la fin des années 1980, le manoir et ses écuries sont transformés en un luxueux hôtel qui comprend un restaurant. Après avoir acquis le manoir en 1996, l'humoriste québécois Yvon Deschamps y a présenté ses créations. En 2006, le manoir change de propriétaire. Le bâtiment abrite encore un hôtel.

Haut de la page

Emplacement

Region administrative :

  • Montérégie

MRC :

  • La Vallée-du-Richelieu

Municipalité :

  • Mont-Saint-Hilaire

Adresse :

  • 125, chemin des Patriotes Sud

Latitude :

  • 45° 33' 36.3"

Longitude :

  • -73° 12' 1.1"

Désignation cadastrale :

  • Lot 3 955 363

Code Borden

BjFh-5      

Haut de la page

Références

Liens Internet :

Notices bibliographiques :

  • BROSSEAU, Mathilde. Le style néo-gothique dans l'architecture au Canada. Lieux historiques canadiens : cahiers d'archéologie et d'histoire, 25. Ottawa, Direction des lieux et des parcs historiques nationaux, 1980. 209 p.
  • CARDINAL, Armand. Histoire de Saint-Hilaire : les seigneurs de Rouville. Montréal, Les Éditions du Jour inc., 1980. 113 p.
  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • LAFRAMBOISE, Yves. La maison au Québec : de la colonie française au XXe siècle. Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2001. s.p.
  • MONET, Jacques. « Campbell, Thomas Edmund ». Bibliothèque et Archives Canada. Dictionnaire biographique du Canada [En ligne]. http://www.biographi.ca/
  • MONIN, Claude. « Manoir Rouville-Campbell ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Tome II. Québec, Les Publications du Québec, 1991, p. 280-283.

Multimédias disponibles en ligne :

Haut de la page

Gouvernement du Québec

© Gouvernement du Québec, 2013