Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Domaine Cimon

Carte

Description

Le domaine Cimon est un ancien ensemble agricole aménagé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. La résidence, construite entre 1862 et 1870, est une maison québécoise d'influence néoclassique. La maison en pièce sur pièce lambrissée de planches à clins, de plan rectangulaire à un étage et demi, est coiffée d'un toit à deux versants retroussés protégeant un perron occupant toute la largeur de la façade avant. Les dépendances incluent un chalet-atelier, deux hangars et deux remises. À l'exception du chalet-atelier situé en retrait, ces bâtiments sont regroupés près de la maison. L'ensemble prend place sur un vaste terrain paysager, planté de nombreux arbustes et arbres matures. Le domaine Cimon, bordé à l'est par la rivière du Gouffre, est un îlot de nature dans le noyau villageois de la ville de Baie-Saint-Paul.

Ce bien est classé site patrimonial. La protection s'applique à la maison, aux dépendances ainsi qu'au terrain.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Site patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 1981-12-02

Statuts antérieurs

  • Déclassement, 1981-06-10
  • Classement, 1977-05-27
 

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Valeur patrimoniale

Le domaine Cimon présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. De grandes figures de la peinture ont oeuvré à cet endroit. Alors que le domaine était la propriété de François-Xavier Cimon (mort en 1941), celui-ci loue une partie de sa terre au peintre portraitiste américain Frederick Porter Vinton (1846-1911), qui y construit un atelier de peinture vers 1900. Après le départ de Vinton, l'atelier est préservé. Il accueille au cours des années suivantes Clarence Gagnon (1881-1942), qui y séjourne à plusieurs reprises. Cet artiste québécois, qui s'est illustré comme graveur, peintre et illustrateur, était très attaché à Charlevoix, et plusieurs de ses paysages bien connus représentent la région. C'est à son invitation que plusieurs artistes viennent peindre au domaine Cimon, dont Marc-Aurèle Fortin (1888-1970), René Richard (1895-1982) et des membres du Groupe des Sept, tels qu'Alexander Young Jackson (1882-1974), Francis Hans Johnston (1888-1949), Arthur Lismer (1885-1969) et Edwin Headley Holgate (1892-1977). Pour sa part, le peintre Richard y séjourne pour la première fois en 1939. Il y fait la rencontre de Blanche Cimon, la fille du propriétaire, qu'il épouse en 1942 et avec qui il s'établit sur le domaine paternel dont elle a hérité. Richard passe à Baie-Saint-Paul le reste de sa vie, qu'il consacre à la peinture. Vers la fin des années 1960, il rédige ses mémoires qui sont édités plus tard sous le titre de « René Richard, ma vie passée ». Par ailleurs, sa vie et son parcours artistiques inspirent à Gabrielle Roy (1909-1983), auteure et amie, son roman « La Montagne secrète », publié en 1961. Richard illustre l'édition de luxe parue en 1975. Le chalet-atelier ainsi que la maison et son annexe, avec leurs grandes baies, témoignent d'anciens lieux de création associés à plusieurs artistes québécois et canadiens importants, et plus particulièrement à René Richard.

Le domaine Cimon présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale. La résidence est représentative de la maison québécoise d'influence néoclassique et de la maison charlevoisienne du XIXe siècle, qui est essentiellement une habitation traditionnelle en bois. La résidence du domaine Cimon, construite entre 1862 et 1870, est caractéristique de ce type par son carré bas en pièce sur pièce lambrissé de planches à clins, son toit à deux versants retroussés formant un avant-toit, son perron et sa cuisine d'été annexée en retour d'équerre. L'influence néoclassique se révèle notamment dans l'organisation symétrique de la façade, la grande lucarne centrale, les chambranles classiques et les planches cornières. Cette demeure est intégrée à un ancien ensemble agricole comprenant des dépendances, et qui constitue aujourd'hui une enclave de nature dans le noyau villageois de Baie-Saint-Paul.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2007.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du domaine Cimon liés à ses valeurs historique et architecturale comprennent, notamment :
- sa situation dans un environnement boisé, dans le noyau villageois de la ville de Baie-Saint-Paul;
- sa délimitation à l'est par la rivière du Gouffre ainsi que par un muret en cailloux et une clôture en perches le long des rues Clarence-Gagnon et Saint-Jean-Baptiste;
- son entrée marquée par une grille en fer;
- les arbustes et les arbres matures de différentes essences;
- la présence du chalet-atelier, avec sa grande lucarne éclairant l'espace de travail de l'artiste;
- la présence de la grande baie éclairant le pignon de l'annexe de la maison, autrefois atelier de René Richard;
- la présence de plaques commémorant les peintres Clarence Gagnon et René Richard;
- le volume de la résidence, dont le plan rectangulaire, l'élévation d'un étage et demi ainsi que le toit à deux versants retroussés;
- ses matériaux, dont la structure en pièce sur pièce, le parement de planches à clins et la couverture en bardeaux de cèdre;
- ses ouvertures disposées à l'avant de façon ordonnée et symétrique, dont les fenêtres rectangulaires à battants en bois à grands carreaux, la porte d'entrée rectangulaire ainsi que les lucarnes à pignon (celle du centre étant plus grande);
- ses éléments décoratifs, dont les chambranles rappelant un ordre simplifié, les planches cornières moulurées ainsi que les ornements des lucarnes (moulures, tympans triangulaires et bardeaux de bois découpés);
- le perron occupant toute la largeur de la façade;
- la cheminée en brique adossée à l'un des murs pignons;
- la cuisine d'été annexée en retour d'équerre, son toit à deux versants droits, sa galerie protégée et sa souche de cheminée;
- les revêtements au rez-de-chaussée, dont les murs en plâtre et les plafonds lambrissés en planches à couvre-joint;
- les revêtements à l'étage, dont les murs, les planchers et les plafonds lambrissés en planches;
- les caractéristiques du chalet-atelier, dont le plan rectangulaire, l'élévation d'un étage et demi, le toit à deux versants légèrement retroussés, les planches à clins des murs, les bardeaux en cèdre de la lucarne, la tôle profilée de la couverture, la porte rectangulaire, les fenêtres rectangulaires (une double et l'autre à triple vantail avec imposte) et celle en losange ainsi que la lucarne en appentis, les chambranles et les planches cornières, l'entrée du mur pignon, soulignée par un porche en charpente simple et au toit à deux versants abritant une galerie, l'annexe en appentis prolongeant un mur latéral, les deux petites annexes, soit l'une en appentis et sur pilotis et l'autre au toit à deux versants, disposées contre l'autre mur latéral et la souche de cheminée en brique;
- le grand hangar en pièce sur pièce, son parement de planches verticales, son toit à deux versants droits couvert de tôle profilée, sa porte en bois à double vantail (avec vitrage, fer ornemental et contrevents en bois) ainsi que ses fenêtres à carreaux;
- le petit hangar en pièce sur pièce et son toit en appentis;
- la grande remise en bois de plan rectangulaire et son toit à deux versants droits;
- la petite remise en blocs de ciment et son toit en pavillon.

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Informations historiques

Le domaine Cimon est inclus dans une ancienne propriété agricole vendue en 1852 par le Séminaire de Québec au marchand André Cimon (1777-1853). Connue sous le nom de ferme Saint-Aubin, celle-ci est sise entre la rivière du Gouffre et le bras du Nord-Ouest. Peu après 1852, la propriété est donnée en héritage à Marie-Anne Zoé Clément (morte en 1869), épouse du médecin René Bédard (mort en 1876). À ce moment, aucun bâtiment n'y est encore érigé. Le couple fait vraisemblablement construire la maison entre 1862 et 1870.

En 1878, la propriété, incluant la maison et ses dépendances, est vendue au cultivateur Éphrem Gauthier dit Larouche (mort en 1898). Son beau-fils François-Xavier Cimon (mort en 1941), qui hérite par la suite du domaine, se lie d'amitié avec le peintre portraitiste américain Frederick Porter Vinton (1846-1911). Vers 1900, Cimon lui loue une partie de sa terre pour la construction d'un atelier de peinture. À la suite du départ de Vinton, l'atelier est préservé et régulièrement occupé par des artistes attirés par les beautés de Charlevoix.

Clarence Gagnon (1881-1942), artiste québécois renommé s'étant illustré comme graveur, peintre et illustrateur, était très attaché à cette région. Entre ses nombreux séjours en Europe, il passe beaucoup de temps à Baie-Saint-Paul, où il occupe l'atelier des Cimon. Plusieurs de ses oeuvres bien connues représentent la région. D'autres artistes viennent séjourner au domaine à l'invitation de Gagnon, dont Marc-Aurèle Fortin (1888-1970), René Richard (1895-1982) et plusieurs membres du Groupe des Sept, tels qu'Alexander Young Jackson (1882-1974), Francis Hans Johnston (1888-1949), Arthur Lismer (1885-1969) et Edwin Headley Holgate (1892-1977).

Le peintre Richard a pour sa part occupé le domaine pendant de nombreuses années. Important artiste canadien, il a exprimé dans son oeuvre la beauté sauvage du Grand Nord canadien et de Charlevoix. Originaires de Suisse, Richard et sa famille immigrent au Canada en 1909. Il passe son enfance à Cold Lake, dans le nord de l'Alberta, où il apprend les métiers de trappeur et de coureur des bois. Il découvre très tôt un intérêt pour le dessin et la peinture. Aussi, en 1927, part-il pour la France avec l'espoir de réaliser son rêve de devenir peintre. Installé à Paris, il s'inscrit à l'Académie de la Grande Chaumière. Toutefois, c'est sa rencontre avec Clarence Gagnon qui s'avère déterminante. Ce dernier devient son mentor et son grand ami. Après avoir passé trois ans à Paris, Richard rentre au Canada. Il reprend ses activités de piégeage, mais sans abandonner son travail de création. Au cours de ses expéditions, il réalise plusieurs pochades. En 1936, il renoue avec Gagnon qui est rentré au pays. Encouragé par ce dernier à visiter Baie-Saint-Paul, Richard prend pension au domaine des Cimon en 1939. Il y fait la rencontre de Blanche Cimon, la fille du propriétaire, qu'il épouse en 1942 et avec qui il s'établit sur le domaine paternel dont elle a hérité. L'artiste installe son atelier dans la maison, au-dessus de la cuisine d'été. Sur le terrain, il effectue des aménagements paysagers et profite du point de vue exceptionnel sur la rivière du Gouffre et le paysage montagneux. Au fil des années, le couple se départit de quelques lots, mais conserve l'essentiel de la propriété. De nature solitaire, Richard est demeuré toute sa vie à distance des cercles artistiques. Vers la fin des années 1960, il a rédigé ses mémoires qui ont été édités plus tard sous le titre de « René Richard, ma vie passée ». Sa vie et son parcours artistique ont inspiré à Gabrielle Roy (1909-1983), auteure et amie, son roman « La Montagne secrète », publié en 1961. Richard a illustré l'édition de luxe parue en 1975.

Le domaine Cimon est classé en 1977, déclassé puis reclassé en 1981. L'ancienne résidence abrite aujourd'hui une galerie d'art où sont exposées des oeuvres de René Richard.

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Emplacement

Region administrative :

  • Capitale-Nationale

MRC :

  • Charlevoix

Municipalité :

  • Baie-Saint-Paul

Adresse :

  • 50, rue Saint-Jean-Baptiste
  • 58, rue Saint-Jean-Baptiste

Latitude :

47° 26' 34.9"

Longitude :

-70° 30' 21.8"

Désignation cadastrale

Circonscription foncière Division cadastrale Désignation secondaire Numéro de lot
Charlevoix No 2 Paroisse de Baie-Saint-Paul Absent 892 ptie

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Références

Notices bibliographiques :

  • BOUCHARD, Jo-Anne. « Le peintre René Richard: ex-trappeur nomade de l'Ouest canadien ». LOUDER, Dean, Jean MORISSET et Éric WADDEL. Vision et visages de la Franco-Amérique. Sillery, Québec, Septentrion, 2001, p. 87-97.
  • CHAMPAGNE, Michel. « Holgate, Edwin ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com/
  • Commission des biens culturels du Québec. Répertoire des motifs des biens classés et reconnus (document interne). Québec, 2003. s.p.
  • DAVIS, Ann. « Jackson, Alexander Young ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com
  • DORION, Jacques. « Domaine Cimon ». Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire. Monuments et sites historiques du Québec. Tome I. Québec, Les Publications du Québec, 1990, p. 342.
  • GAUTHIER, Serge. « Une histoire d'art ». Institut national de la recherche scientifique. Encyclobec. Les régions du Québec : un passé et un présent à découvrir [En ligne]. www.encyclobec.ca/main.php?docid=153
  • GRANDBOIS, Michèle, Hélène SICOTTE et Rosemarie L. TOWELL. Clarence Gagnon, 1881-1942: rêver le paysage. Québec et Montréal, Musée des beaux-arts du Québec et Éditions de l'Homme, 2006. 431 p.
  • LACROIX, Laurier. « Fortin, Marc-Aurèle ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com/
  • LAHOUD, Pierre. Le domaine Cimon. Baie Saint-Paul. Québec, ministère des Affaires culturelles, 1977. 17 p.
  • MURRAY, Joan. « Johnston, Francis Hans ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com/
  • s.a. René Richard. Québec, ministère des Affaires culturelles et Musée du Québec, 1978. 135 p.
  • STEIN, Dominique Shuly. « La maison de René Richard: un bijou de musée ». Cap-aux-Diamants. No 51 (1997), p. 52.
  • VARLEY, Christopher. « Lismer, Arthur ». Institut Historica-Dominion. L'encyclopédie canadienne [En ligne]. http://www.thecanadianencyclopedia.com

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