Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Pratique traditionnelle du métier de meunier

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Capitale-Nationale
  • Chaudière-Appalaches
  • Laurentides

Thématique :

  • Patrimoine agricole

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Pratique
  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques alimentaires > Transformation > Traitement des aliments > Féculent
  • Pratiques techniques > Liées aux matières premières > Pratiques de transformation / fabrication / assemblage > Produit végétal

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (8)

Patrimoine immatériel associé (1)

Inventaires associés (1)

Vidéos

Description

La pratique traditionnelle du métier de meunier telle qu'exercée dans les moulins à farine artisanaux du Québec peut se définir par la transformation de grain en farine à l'aide de mécanismes qui ont précédé l'époque de la modernisation dans les grandes minoteries industrielles. Les éléments de cette pratique traditionnelle sont parvenus jusqu'aux meuniers artisans par la tradition orale et gestuelle, c'est-à-dire de génération en génération, de maître à apprenti. Leurs prédécesseurs ont su conserver les méthodes de production traditionnelles, tout en s'adaptant au fil des modifications technologiques apportées aux moulins, comme le remplacement des grandes roues par des turbines, puis l'arrivée des moteurs diesel et électriques.

La pratique traditionnelle du métier de meunier a dû s'adapter à son milieu et à son époque tout en gardant la base traditionnelle de production de farine afin de garantir la durabilité de la pratique contemporaine. La relation d'apprentissage demeure la même depuis le début de son histoire; afin d'acquérir ses connaissances, l'apprenti doit apprendre de son maître. Ces savoir-faire, connaissances et expressions sont transmis de génération en génération, d'un maître meunier à un apprenti. Le métier de meunier et sa transmission s'exercent dans un endroit précis : le moulin. Que celui-ci soit actionné par la force hydraulique ou éolienne, le meunier travaille avec des outils qui lui sont propres comme la meule, le bluteau, la main du meunier, les alluchons, etc.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

Depuis leur arrivée en Amérique du Nord, les Européens ont voulu transformer les céréales en farine afin de produire leur aliment de base : le pain. Les seigneuries se sont développées autour des moulins qui ont été construits aux frais des seigneurs. À cette époque, le meunier jouait le rôle de producteur de farine pour les censitaires, mais également celui d'agent du seigneur alors qu'il devait faire respecter le droit de banalité. L'importance du meunier était telle qu'il est aujourd'hui toujours présent dans le folklore québécois. Il est d'ailleurs le personnage principal de nombreuses comptines et chansons comme « Meunier, tu dors! » et « Marianne s'en va au moulin ».

Les premiers moulins construits au XVIe siècle dans la colonie sont activés par la force humaine. Les moulins à farine activés par la force de la nature font leur apparition au début du XVIIe siècle : soit en 1606 en Acadie et dans les années 1630 dans la ville de Québec. Les moulins se multiplient au cours des deux siècles suivants, au gré de la colonisation, jusqu'à leur abandon au XXe siècle au profit des minoteries industrielles. La majorité de ces anciens moulins ont aujourd'hui disparu. Toutefois, des communautés sensibilisées à la valeur patrimoniale de ces joyaux ont veillé à conserver quelques bâtiments qui ont jadis permis à tout un peuple de s'alimenter. Le moulin Légaré de Saint-Eustache, le moulin banal des Éboulements, le moulin La Lorraine à Lac-Etchemin, les Moulins de L'Isle-aux-Coudres, ainsi que le moulin des Aulnaies à Saint-Roch-des-Aulnaies font partie des rares moulins artisanaux qui sont encore opérationnels aujourd'hui.

Mis à part le moulin La Lorraine, construit en 2005 à partir des fondations du moulin Beaudoin de 1860, les moulins mentionnés précédemment ont été construits entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle. La plupart de ceux-ci sont actionnés par la seule force de l'eau à l'aide de turbines ou d'une roue à godets. Le moulin des Aulnaies peut également compter sur un moteur électrique pour actionner ses mécanismes lors de la production hivernale. De leur côté, les Moulins de L'Isle-aux-Coudres possèdent également un moulin à vent actionné par des ailes. Le moulin Légaré n'a jamais cessé de produire de la farine depuis sa construction et celui des Aulnaies non plus. Certains moulins n'ont subi aucune transformation majeure. C'est le cas du moulin des Éboulements et de ceux de L'Isle-aux-Coudres. D'autres ont subi des ajouts architecturaux et quelques restaurations, comme le moulin Légaré et celui des Aulnaies.

Le moulin banal des Éboulements a fait l'objet d'une citation en tant qu'immeuble patrimonial par sa municipalité en 2010, alors que le moulin Légaré a été classé comme immeuble patrimonial en 1976 par le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCC) et comme lieu historique national du Canada en 2000 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. De leur côté, les moulins de L'Isle-aux-Coudres ont été classés immeubles patrimoniaux par le MCC en 1962 pour le moulin à vent et en 1963 pour le moulin à eau, tout comme celui des Aulnaies en 1977.

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Contexte

La pratique du métier de meunier est constituée d'un grand nombre de savoir-faire et de connaissances dans plusieurs domaines comme la mécanique, l'architecture, la cordonnerie pour le travail du cuir, la maçonnerie, l'agriculture et la minoterie. Elle demande des expressions et un vocabulaire uniques qui ne sont dorénavant plus utilisés par la population qui n'est pas initiée à la pratique et qui varient d'un moulin à l'autre.

Dans les moulins artisanaux, les meuniers suivent généralement tous les mêmes étapes pour produire de la farine. Ils versent le grain dans une trémie placée au-dessus des meules avant de mettre en marche les mécanismes. Le grain s'écoule au centre des meules et la mouture est acheminée vers le bluteau qui tamise et sépare les composantes de la farine. Celle-ci tombe finalement dans la huche où elle est mélangée et ensachée par le meunier. Celui-ci utilise ses sens pour veiller au bon fonctionnement du moulin. Par exemple, l'odorat lui permet d'évaluer le taux d'humidité du grain ainsi que la qualité de la farine produite. Avec l'ouïe, il écoute le rythme du moulin afin d'ajuster les mécanismes au besoin. Par le toucher, il évalue la mouture et ajuste les meules pour obtenir une qualité de farine optimale.

La production annuelle des moulins artisanaux du Québec passe d'une faible production touristique à une production à la fois touristique et commerciale qui dépasse rarement les 100 tonnes de farine.

En plus de produire la farine, le meunier voit à l'entretien du moulin. Il répare les mécanismes endommagés et nettoie régulièrement la farine qui s'accumule à l'intérieur de ceux-ci pour répondre aux normes d'hygiène et de salubrité. De plus, les normes de santé et de sécurité obligent le meunier à suivre différentes formations et à utiliser du matériel de protection spécialisé.

Si le métier de meunier artisan est toujours vivant au Québec, c'est en grande partie grâce aux différentes communautés qui entourent les moulins. Les institutions officielles assurent la conservation de plusieurs de ces moulins. En effet, les gouvernements du Québec et du Canada en ont classé et reconnu plusieurs, ce qui assure leur protection. Les élus municipaux s'impliquent également dans la sauvegarde des moulins. Alors que certains d'entre ceux-ci ont été acquis par des municipalités, d'autres ont fait l'objet de citations en tant qu'immeuble patrimonial. Certaines municipalités ont également identifié la pratique du meunier comme élément de leur patrimoine immatériel, comme par exemple Saint-Roch-des-Aulnaies et les Éboulements.

Quoi qu'il existe encore au Québec quelques moulins artisanaux privés, la plupart sont gérés par des organismes à but non lucratif qui coordonnent l'entretien des mécanismes du moulin et veillent à la sauvegarde du métier de meunier en assurant la transmission des connaissances et des savoir-faire. Mis à part ces gestionnaires, l'Association des moulins du Québec contribue à faire connaître les moulins au grand public par l'organisation des Journées des moulins. Elle contribue également à mettre en relation une communauté meunière qui regroupe les gestionnaires et meuniers de la province en organisant des événements où ceux-ci peuvent partager sur différents sujets.

Un grand nombre d'individus encouragent également la pérennité du métier de meunier avec leurs actions. Les clients au détail et les clients commerciaux des moulins permettent de maintenir ceux-ci en fonction en finançant l'achat du grain, une partie des salaires des meuniers ainsi que les réparations nécessaires aux moulins. Les visiteurs contribuent également au financement des activités de médiation des moulins. Finalement, les citoyens font de leur moulin un lieu de rassemblement culturel important. C'est autour de celui-ci que se déroulent plusieurs festivités qui ont lieu dans les municipalités qui possèdent un tel élément patrimonial.

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Apprentissage et transmission

Étant donné la grande diversité de connaissances que les meuniers doivent posséder, la transmission de la pratique se faisait autrefois par un long compagnonnage qui pouvait s'étendre sur plusieurs années. À cette époque, le meunier transmettait son savoir-faire à un apprenti qui prenait la relève une fois que le maître meunier avait quitté son poste. Dans le contexte actuel, cette méthode de transfert des savoir-faire est plus difficile à mettre en oeuvre. Les moulins artisanaux ne produisent pas toujours assez de farine pour assurer des revenus suffisants qui permettraient l'embauche de deux meuniers à temps plein. De plus, peu de personnes se sentent appelées par une carrière de meunier, d'autant plus qu'elle permet difficilement d'assurer une sécurité financière à long terme.

Présentement, aucune formation n'est offerte au sein d'établissements d'enseignement. Bien qu'utiles et pertinents, des programmes relativement courts ou des stages de quelques semaines, voire quelques mois, demeurent insuffisants pour apprendre toutes les subtilités liées à la pratique du métier. Par exemple, certaines situations ne se produisent que de façon saisonnière comme la crue des eaux au printemps, ou encore, le gel des rivières en hiver, qui modifient les façons d'actionner les mécanismes. Un certain réseau d'aide permet néanmoins aux différents meuniers de partager leurs connaissances.

Alors que le compagnonnage apparaît comme la manière la plus souhaitable de transmettre la pratique traditionnelle du métier de meunier, plusieurs moulins à farine artisanaux doivent compter sur d'autres modalités de formation. Généralement, le meunier responsable du moulin y est présent de façon permanente alors que les apprentis, ou assistants, sont des étudiants qui occupent cette fonction de façon temporaire et essentiellement estivale. Les meuniers travaillent ensemble en tant que collègues et le plus expérimenté partage ses connaissances avec l'apprenti.

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Emplacement

Region administrative :

  • Capitale-Nationale
  • Chaudière-Appalaches
  • Laurentides

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Références

Notices bibliographiques :

  • ADAM-VILLENEUVE, Francine et Cyrille FELTEAU. Les moulins à eau de la vallée du Saint-Laurent. Montréal, Les Éditions de L'Homme, 1978. 476 p.
  • ADAM-VILLENEUVE, Francine. Les moulins à eau du Québec : du temps des seigneurs au temps d'aujourd'hui. Montréal, Éditions de l'Homme, 2009. 190 p.
  • BOILEAU, Gilles. « Les piqueurs de meules ». Histoire Québec. Vol. 2, no 2 (1997), p. 21.
  • BUREAU-CAPUANO, Mélissa, Léopoldine MARCOTTE et Martin TRUDEL. Un moulin au fil de l'eau : le moulin Légaré, 1762-2012. Saint-Eustache, Corporation du Moulin Légaré, 2012. 79 p.
  • DESCHÊNES, Gilles. Quand le vent faisait tourner les moulins. Trois siècles de meunerie banale et marchande au Québec. Québec, Septentrion, 2009. 312 p.
  • GRAVEL, Denis. Moulins et meuniers du Bas-Lachine, 1667-1890. Sillery, Septentrion, 1995. 122 p.
  • LANGLOIS, Michel. Des moulins et des hommes 1608-1700. Drummondville, La maison des ancêtres, 2005. 287 p.
  • LAPERLE, Dominique. Le grain, la meule et les vents. Le métier de meunier en Nouvelle-France. Québec, Les Éditions GID, 2003. 128 p.

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