Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Construction de maisons en pièce sur pièce

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Laurentides

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques techniques > Liées au bâti > Construction > Savoir-faire lié à la construction

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Description

La construction de maisons en pièce sur pièce dans les Hautes-Laurentides est un savoir-faire ancien lié au bâti. Elle consiste à ériger une structure de maison en disposant l'une par-dessus l'autre de larges pièces de bois équarries à la hache, à l'aide d'un système de tenons et mortaises. Les interstices entre les pièces sont ensuite calfatés à l'aide de divers matériaux faciles d'accès. Typiques des régions forestières, les maisons en pièce sur pièce perpétuent une tradition héritée des premiers colons.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les premières habitations permanentes sont établies dans les Hautes-Laurentides. Il s'agit pour la plupart de fermes forestières, établissements agricoles construits par les compagnies forestières possédant des droits de coupe dans les forêts de la Haute-Lièvre et de la rivière Rouge. Ces fermes comprennent, en plus des diverses dépendances agricoles nécessaires, une maison pour héberger le fermier et les voyageurs de passage. Cette « maison de pièces » est construite selon une méthode ancestrale, avec de larges pièces de bois prélevées à même les forêts alentour. La construction en pièce sur pièce est en quelque sorte une version plus sophistiquée et plus achevée de la construction de « camps » en bois rond, méthode utilisée par les forestiers pour construire des habitations temporaires en forêt. Alors que les camps de bûcherons sont constitués de billots entiers empilés les uns sur les autres et sommairement isolés, la maison de pièces est bâtie avec des pièces de bois équarries. Elle est plus spacieuse, mieux isolée et mieux éclairée, et comprend un étage aménagé sous les combles.

Les premiers colons qui s'installent sur le territoire dans les décennies suivantes utilisent à leur tour cette méthode de construction peu coûteuse, car utilisant des ressources disponibles à proximité. La construction en pièce sur pièce est utilisée non seulement pour les maisons, mais aussi pour les bâtiments secondaires. Au début, la structure de la maison est laissée à nue, c'est-à-dire que les pièces de bois sont apparentes, du moins sur les murs extérieurs. Avec la prolifération des moulins à scie au début du XXe siècle, la disponibilité des planches de bois a pour effet le recouvrement de plusieurs maisons en planches à clin. Encore aujourd'hui, la structure en pièce sur pièce de certaines maisons anciennes est cachée sous un revêtement de planches, et donc insoupçonnée, parfois même des propriétaires.

Cette méthode de construction traditionnelle s'est transmise, de manière informelle, jusqu'à aujourd'hui. Dans les années 1970, l'intérêt pour les modes de construction artisanaux amène certaines personnes à acquérir de vieilles maisons, à les démonter et à les rebâtir pièce par pièce sur un autre emplacement, par exemple. De nouvelles maisons sont également construites en employant la méthode pièce sur pièce, mais en utilisant des matériaux isolants modernes. Depuis une trentaine d'années, l'intérêt du milieu pour le patrimoine a aussi entraîné la restauration et la mise en valeur de certaines maisons de colonisation en pièce sur pièce, dont la maison Alix-Bail à Mont-Laurier, classée immeuble patrimonial en 1984.

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Contexte

De nos jours, des particuliers et des entreprises de construction continuent à bâtir des maisons en pièce sur pièce dans les Hautes-Laurentides. À titre d'exemple, l'entreprise Les Maisons de Pièces Bondu, située à Lac-du-Cerf, conçoit des modèles de résidences inspirés de cette méthode, qu'elle vend en « kit » à des clients partout dans le monde. Les pièces de pin blanc sont préparées dans l'usine de Lac-du-Cerf, puis assemblées sur le terrain du client, à l'aide du système traditionnel de tenons et mortaises appelé queue d'aronde. Le mot « aronde », qui désignait autrefois « hirondelle », est donné à ce système d'assemblage en raison de la forme en trapèze des tenons et des rainures, qui rappelle la forme d'une queue d'hirondelle.

L'assemblage pièce sur pièce ne nécessite aucun clou, ce qui en faisait une méthode de construction très économique pour les premiers colons, qui disposaient de peu de moyens. Les larges pièces de bois, équarries à la hache, sont disposées l'une sur l'autre et fixées à leur extrémité à l'aide de tenons qui s'insèrent dans des mortaises (rainures) de même forme. Les interstices entre les pièces étaient autrefois bouchés avec divers matériaux que les colons avaient sous la main, comme de la mousse, du crin de cheval, de l'étoupe, et même de la boue et des chiffons. On recouvrait ensuite les joints avec du mortier. Les murs pouvaient être peints à la chaux, ou laissés nus. Aujourd'hui, les constructeurs privilégient les matériaux d'isolation modernes, comme la laine isolante. Les charpentiers doivent toutefois posséder certaines connaissances techniques héritées des ancêtres et transmises par démonstration, à travers les époques.

La maison de colonisation typique en pièce sur pièce est coiffée d'un toit à deux versants aux larmiers légèrement prolongés, et souvent dotée d'une galerie ou d'un porche en façade. Le carré de maison est la plupart du temps posé sur de courtes fondations en pierre, parfois rechaussé par de la terre pour une meilleure isolation. Ce type de maison est traditionnellement de dimensions modestes, bien qu'aujourd'hui on en construise de plus grandes vus les plus amples moyens des propriétaires.

Dans quelques municipalités des Hautes-Laurentides se trouvent en effet des maisons de construction récente bâties selon la méthode pièce sur pièce, ce qui témoigne de la persistance de ce savoir-faire et d'un certain attachement aux traditions artisanales. L'aspect rustique de ces maisons, qui évoque le mode de vie des pionniers du territoire, plaît à plusieurs.

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Apprentissage et transmission

La méthode de construction pièce sur pièce est aujourd'hui employée par certains professionnels du domaine de la construction tels les charpentiers et les entrepreneurs. À l'origine cependant, chaque colon qui construisait sa maison et ses dépendances recourait à cette méthode, à l'aide de voisins ou d'amis. L'apprentissage de cette technique semble s'être toujours transmis de manière informelle, par démonstration et observation. Certaines familles se spécialisaient dans le travail du bois, comme la famille Bondu de Lac-du-Cerf qui cultive ses savoir-faire depuis plusieurs générations. Propriétaire d'une scierie et d'une boutique à bois dans les années 1950, Patrice Bondu vend son entreprise à ses fils Réjean et Mario en 1974, lesquels commencent à fabriquer des maisons en pièce sur pièce pour leurs clients deux ans plus tard. Aujourd'hui, Mathieu Bondu, fils de Réjean, est président de l'entreprise Les Maisons de Pièces Bondu.

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Références

Notices bibliographiques :

  • CLOUTIER, Sylvie. Maison Alix, Mont-Laurier. Monument historique, témoin de nos 100 ans. Mont-Laurier, Imprimerie Artographe, 1984. 28 p.
  • CONSTANTINEAU, Marguerite. Notre-Dame de Pontmain, 1884-1984. Notre-Dame de Pontmain, Comité des fêtes du Centenaire, 1984. 125 p.
  • COURSOL, Luc. Histoire de Mont-Laurier. Vol. 1 1885-1940. Mont-Laurier, L'artographe, 1985. 366 p.
  • COURSOL, Luc. Lac-du-Cerf. La Mémoire du temps. Lac-du-Cerf, Paroisse Notre-Dame-de-Lourdes, 1992. 306 p.
  • DUFFY, Shirley. « Chronique patrimoine : le chalet Boismenu de Lac-du-Cerf ». La Laurentie, bulletin de la Société d'histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides. No 12 (2012), p. 19.
  • LAGRANGE, Richard. La Vallée de la Rouge. Circuit patrimonial de la Conception au Lac Saguay. s.l. Société du patrimoine de la Vallée de la Rouge, 1981. 60 p.
  • LAGRANGE, Richard. Le Nord, mon père, voilà notre avenir... Une histoire de L'Annonciation et de Canton Marchand. L'Annonciation, 1986. 324 p.
  • Société d'histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides. La route du Lièvre Rouge. Municipalité de Lac-du-Cerf. Brochure, s.d. 18 p.
  • Cahier Nos maisons. No 3 - Société historique de la région de Mont-Laurier (1982), 26 p.
  • s.a. Notre-Dame-du-Laus, 1873-1973 : album souvenir. s.l. 1973. 101 p.

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