Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Utilisation de l'ocre rouge

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Laurentides

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Pratique

Classification :

  • Pratiques techniques > Liées aux matières premières > Pratiques de transformation / fabrication / assemblage > Pierre

Éléments associés

Inventaires associés (1)

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Description

L'utilisation de l'ocre rouge est une pratique consistant à fabriquer de la teinture ou de la peinture avec de l'ocre rouge puisé dans le lit de la rivière Rouge, dans les Hautes-Laurentides. Elle relève des pratiques techniques liées à la transformation des matières minérales. La pratique actuelle s'inscrit surtout dans un contexte artistique, le produit obtenu pouvant notamment servir à peindre des textiles ou à créer des oeuvres d'art sur divers supports.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

Dans la vallée de la Rouge, l'utilisation de l'ocre provenant du lit de la rivière remonte à l'époque du Sylvicole, qui s'étend de 450 à 3 000 ans avant aujourd'hui. Ce pigment rouge occupe une place importante dans les rituels des Algonquins, ou Anishinàbeg, qui ont fréquenté le territoire avant l'arrivée des premiers colons. Mélangée à de la graisse animale, l'ocre était utilisée pour fabriquer une peinture servant à maquiller le corps lors de certaines occasions, la couleur rouge symbolisant la vitalité et la puissance. Des découvertes archéologiques effectuées en Outaouais, région voisine des Hautes-Laurentides et fréquentée par les mêmes peuples, attestent également de l'usage d'ocre lors de rites funéraires et pour réaliser des peintures rupestres. Dans le secteur de Nominingue, la découverte de sites préhistoriques contenant de l'ocre fait envisager aux experts que l'utilisation de ce matériau pourrait remonter à plusieurs millénaires. Certains toponymes locaux d'origine algonquine, dont le mot Nominingue, se rapportent également à la couleur vermillon, ce qui témoigne de l'importance et de l'ancienneté de l'usage de ce matériau.

Lorsque les premiers cultivateurs canadiens-français s'établissent dans la vallée à la fin du XIXe siècle, l'ocre rouge devient un matériau de premier choix pour peindre les bâtiments agricoles en raison de son accessibilité et de sa gratuité. Les agriculteurs s'approvisionnent directement dans des mines bordant la rivière Rouge ou le lac Nominingue. Mélangée à de l'huile, l'ocre donne une peinture couleur rouge sang-de-boeuf qui protège le bois des granges, écuries et autres dépendances. Au plus fort de la colonisation, la vallée de la Rouge aurait été parsemée de bâtiments vermillon.

Au début du XXe siècle, une compagnie spécialisée dans la fabrication de peinture à base d'ocre installe son usine à L'Ascension. La Paint Product of Canada, installée près du lac Sienna, procure du travail à plusieurs hommes durant sept ans en plus de donner naissance à un petit hameau comprenant un moulin à scie, un bureau de poste et une maison de pension. Des cultivateurs s'y approvisionnent également en peinture, qu'ils achètent dans de grosses poches. En 1916, l'usine ferme toutefois ses portes à la suite de difficultés financières.

L'utilisation de l'ocre pour fabriquer de la peinture se perpétue dans la région au fil des années de manière informelle, jusqu'à s'intégrer à la pratique d'artistes contemporains. Depuis les années 1980, des créateurs locaux font en effet usage du pigment pour peindre des textiles, créer des oeuvres in situ, etc. Bien que le contexte soit différent, la pratique s'inscrit dans une continuité où le matériau est prisé pour sa valeur esthétique, pour sa couleur unique et symbolique.

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Contexte

L'utilisation de l'ocre rouge, dans son contexte actuel, est principalement associée à la pratique de quelques artistes des Hautes-Laurentides. Lise Létourneau, artiste spécialisée en création d'oeuvres in situ et éphémères, intègre l'ocre dans sa pratique depuis une trentaine d'années. Puisant elle-même de l'ocre sur les bords de la rivière Rouge, elle mélange le pigment à de l'huile de lin afin d'en fabriquer une peinture rouge qu'elle applique au pinceau sur divers matériaux, dont du bois et des souches mortes. Les installations qu'elle crée, notamment dans l'immense parc régional de Kiamika, sont photographiées et ensuite présentées au public sous forme d'exposition.

L'artiste Guylaine Brière, spécialisée en peinture sur textile, a fondé une entreprise nommée Les soies de Mini Fée. Créant entre autres des foulards, des écharpes et des voiles de danse orientale avec de la soie, elle utilise l'ocre rouge pour peindre certaines de ses créations.

Les historiens Sylvain Généreux et Sylvie Constantin s'intéressent à l'utilisation de l'ocre rouge chez les Amérindiens des Hautes-Laurentides à travers l'histoire. Fondateurs de l'organisme Les Gardiens du patrimoine archéologique et du développement socio-économique de la Vallée de La Rouge, ils organisent des conférences et des ateliers de démonstration qui ont notamment pour fil conducteur l'ocre rouge comme symbole culturel et identitaire.

C'est lors d'événements ponctuels comme des expositions et des festivals que la pratique de l'utilisation de l'ocre rouge est présentée au public. Elle est considérée comme une manifestation culturelle distinctive de la région, notamment par les artistes, les métis et les autochtones.

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Apprentissage et transmission

La pratique actuelle de l'utilisation de l'ocre dans la région de la vallée de la Rouge semble plutôt le fait d'initiatives personnelles, de la part d'artistes désirant ancrer leurs oeuvres dans le territoire. Ceux-ci peuvent s'inspirer de la longue histoire de cette pratique dans cette région, tout en échangeant leurs techniques et leurs expériences lors d'expositions collectives, de festivals ou d'événements ponctuels.

À Nominingue, la Grande traite culturelle des gosseux, conteux et patenteux est un événement festif organisé chaque été, durant lequel plusieurs pratiques traditionnelles sont démontrées au public, dont certaines liées à l'ocre. Des artistes locaux y exposent aussi leurs oeuvres dans des kiosques.

En 2015, le Centre d'interprétation sur la drave, situé dans le parc régional de Kiamika, a tenu une exposition d'artistes membres du collectif Les Précambriens. Intitulée Le Rouge et la Rouge : l'ocre et l'eau, l'exposition comportait plusieurs oeuvres réalisées avec de l'ocre de la rivière Rouge.

Tirant ses origines d'époques très anciennes, l'utilisation de l'ocre est familière à plusieurs résidents de la vallée de la Rouge. Des personnes âgées, interrogées par des historiens locaux, se rappellent encore les recettes utilisées par les cultivateurs pour fabriquer de la peinture à base d'ocre, en utilisant de l'huile comme liant. La présence de nombreux bâtiments vermillon dans les rangs et les villages a marqué la mémoire de ces pionniers. De façon détournée, la pratique s'est transmise et se perpétue aujourd'hui dans un contexte différent, témoignant de son adaptation dans le temps et à diverses cultures (Amérindiens, colons canadiens-français, artistes actuels).

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Évaluation d'inventaire

  • Inventaire du patrimoine culturel de la MRC d'Antoine-Labelle (2016)
    MRC d'Antoine-Labelle


  • La valeur patrimoniale de l'utilisation de l'ocre rouge dans les Hautes-Laurentides repose sur son intérêt historique. Des études archéologiques menées notamment dans le secteur du lac Nominingue laissent croire à un usage de l'ocre rouge par les Amérindiens ayant occupé le territoire il y a de cela plusieurs millénaires, aux époques Archaïque (3 000 à 8 000 ans avant aujourd'hui) et Sylvicole (450 à 3 000 ans avant aujourd'hui). Cette pratique pourrait donc être ancrée dans la préhistoire. Il est du moins attesté que les Anishinàbeg, qui fréquentaient les vallées de la Rouge et de la Lièvre avant l'arrivée des premiers colons, ont fait usage de cette matière en l'utilisant comme peinture corporelle lors de divers rituels. À l'époque de la colonisation, les cultivateurs établis dans la vallée ont eux aussi utilisé l'ocre de la rivière pour peindre leurs bâtiments agricoles. Au début du XXe siècle, une exploitation industrielle de l'ocre a même eu cours, alors qu'une usine de peinture à base d'ocre opérait à L'Ascension. De nos jours, l'utilisation de l'ocre rouge est perpétuée par plusieurs artistes visuels de la région, qui intègrent ce pigment dans leur pratique. L'utilisation de l'ocre est donc associée à la présence humaine dans la vallée de la rivière Rouge; elle s'est transmise à travers les époques et les populations successives.

    La valeur patrimoniale de l'utilisation de l'ocre rouge dans les Hautes-Laurentides repose également sur son intérêt identitaire. L'ocre rouge, qui donne une couleur particulière au lit de la rivière Rouge, est à l'origine du nom du cours d'eau et a façonné la toponymie de la région. Par exemple, le toponyme « Nominingue » vient de l'algonquin Onamanisakaigan, qui signifie « lac du vermillon », et dont la racine onamaning signifie « au fard », « au vermillon ». Le mot « Algonquin » lui-même, dérivé du mot « Algoumequins » utilisé par Samuel de Champlain pour nommer les Anishinàbeg, signifierait « ceux qui se vermillonnent ». Ces noms font référence à la coutume de cette nation de se oindre le corps avec de l'ocre. L'ocre rouge est aussi utilisé en tant que symbole identitaire des premières nations des Hautes-Laurentides et de l'Outaouais lors d'événements à caractère festif, notamment à Maniwaki et à Nominingue lors de festivals. Durant ces occasions, l'ocre est présentée à travers des démonstrations de l'utilisation du pigment, des conférences, des expositions d'artistes utilisant ce matériau, etc.

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    Références

    Notices bibliographiques :

    • LAGRANGE, Richard. La Vallée de la Rouge. Circuit patrimonial de la Conception au Lac Saguay. s.l. Société du patrimoine de la Vallée de la Rouge, 1981. 60 p.
    • MRC Antoine-Labelle. Guide d'interprétation du parc linéaire Le P'tit train du Nord. Attraits environnementaux et patrimoniaux. s.l. 2008. 52 p.
    • Société d'histoire et de généalogie des Hautes-Laurentides. Les Hautes-Laurentides : 5000 ans d'histoire. Exposition, 2009. 53 p.

    Multimédias disponibles en ligne :

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