Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Pratique de la meunerie artisanale au moulin banal des Aulnaies

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Chaudière-Appalaches

Municipalité :

  • Saint-Roch-des-Aulnaies

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques techniques > Liées aux matières premières > Pratiques de transformation / fabrication / assemblage > Produit végétal

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (2)

Description

La pratique traditionnelle du métier de meunier est en constante évolution. Depuis la construction du premier moulin banal pour le seigneur des Aulnaies en 1738, la pratique a évolué au fil des modifications technologiques apportées au moulin. En effet, les meuniers ont dû s'adapter à l'arrivée des bluteaux qui ont permis la production de farine blanche et aux améliorations technologiques apportées avec les recherches en ingénierie. Encore aujourd'hui, la pratique évolue essentiellement en raison de la législation. En effet, les normes d'hygiène et de salubrité font en sorte que les meuniers voient à nettoyer fréquemment leur machinerie et à suivre plusieurs règles. De plus, les règlements sur la santé et la sécurité au travail ont aussi apporté plusieurs modifications à la pratique de la meunerie artisanale, de même que les certifications biologiques ajoutées à la production de farine au moulin des Aulnaies.

Le moulin des Aulnaies a la chance de pouvoir compter sur la présence d'un meunier depuis maintenant près de 30 ans, meunier qui forme chaque année des apprentis meuniers permettant la transmission des connaissances et savoir-faire par compagnonnage. Le meunier et l'apprenti travaillent ensemble en tant que collègues et le plus expérimenté partage ses connaissances avec le plus jeune.

[Source: Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies]

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Identification Élément du patrimoine immatériel Municipalité (Saint-Roch-des-Aulnaies) 2015-09-08
 

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Historique

La Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies est intimement liée au développement de la seigneurie de la Grande-Anse (1656-1692), de Saint-Denis de la Grande-Anse (1714-1765), de Saint-Denis de Saint-Roch (1772-1806) et de Saint-Roch-des-Aulnaies (1806-1854). Les familles souche de la municipalité sont pour la plupart des descendants de censitaires relevant du seigneur de Saint-Roch et leur histoire est profondément liée à l'agriculture encore aujourd'hui. Plusieurs générations d'Aulnois ont fait moudre, scier et carder au domaine seigneurial et ont ainsi pu ériger les bâtiments, nourrir les familles et les animaux et se protéger du froid en utilisant les services du meunier.

Le moulin banal était à cette époque un lieu d'échanges sociaux, économiques et de développement local hors de toute commune mesure et les interactions avec les meuniers faisaient partie du déroulement normal de la vie des résidents de la localité. La meunerie artisanale est donc à ce titre un des éléments du patrimoine immatériel qui a soutenu et façonné le développement et l'implantation des familles à Saint-Roch-des-Aulnaies.

Le moulin des Aulnaies et le métier de meunier qui s'y pratique encore aujourd'hui doivent leur existence à un grand nombre de groupes et d'individus. Tout d'abord, le ministère de la Culture et des Communications du Québec assure la conservation du moulin suite à la reconnaissance par le gouvernement du Québec du caractère historique du bâtiment et du site classé depuis le 13 janvier 1965. La démolition ou des modifications majeures au moulin ne sont donc plus possibles sans l'autorisation préalable du MCC, puisqu'il est assujetti à la Loi sur le patrimoine culturel. Une aire de protection est enregistrée depuis 1975 sur l'ensemble du terrain de 6,9 hectares, ainsi que sur les bâtiments et les dépendances.

De son côté, la Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies a fait l'acquisition du moulin et en a confié la gestion à la Corporation touristique de la Seigneurie des Aulnaies, incorporée en 1969. Cet organisme sans but lucratif veille, entre autre, à l'entretien des mécanismes du moulin et à la conservation du métier de meunier en assurant la transmission des connaissances et des savoir-faire. La corporation reçoit une aide financière annuelle du MCC en tant qu'institution muséale reconnue, ainsi qu'une aide de la municipalité pour l'entretien du domaine seigneurial, incluant le moulin banal. Les barrages qui alimentent le moulin banal sont toutefois sous la responsabilité de la municipalité.

Ensuite, un grand nombre d'individus encouragent la pérennité du métier de meunier de façon plus personnelle. Les fournisseurs en grains du moulin et en criblage connaissent les subtilités d'approvisionnement du moulin banal et soutiennent le meunier dans la production du grain qui lui est réservé. Les clients de la meunerie permettent de maintenir le moulin en fonction et les revenus reliés aux ventes de farine financent en partie l'achat du grain et les salaires des meuniers, de même que l'entretien du bâtiment. Les visiteurs qui paient un droit d'entrée contribuent également au financement des activités du moulin.

[Source: Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies]

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Contexte

Le meunier du moulin des Aulnaies produit annuellement entre 50 et 100 tonnes de farines de blé dur, de blé mou, de seigle, d'épeautre, de sarrasin vert et noir avec la force motrice de l'eau et d'un moteur électrique. C'est le meunier qui assure l'entretien régulier des différents systèmes au moulin : piquage des pierres, balancement de la roue, remplacement des alluchons, surveillance des engrenages, des courroies, des moulanges, des bluteaux, etc. Il répare et nettoie régulièrement les éléments du mécanisme pour éviter que la farine ne s'accumule trop à l'intérieur de celui-ci. Les meuniers doivent donc posséder des bases de connaissance en menuiserie, mécanique, météorologie et évidemment en minoterie. Étant donné l'absence d'appareil électronique dans le cadre du processus de production, les meuniers doivent se fier à leurs sens pour évaluer la qualité du grain utilisé ainsi que la qualité de la farine qu'ils produisent. Ils développent ainsi chacun de leurs sens qui jouent un rôle spécifique dans le processus de production. L'odorat leur permet d'évaluer le taux d'humidité du grain ainsi que la qualité de la farine moulue. L'ouïe leur permet d'ajuster les mécanismes selon la vitesse de rotation des meules et de veiller à la stabilité de la mouture. Le toucher leur permet d'ajuster les meules avec une grande précision pour obtenir une qualité de farine optimale. Finalement, le goût leur permet de tester le potentiel de la farine en cuisine.

La meunerie artisanale nécessite une bonne condition physique, se fait dans des conditions et un environnement difficiles, tant pour la température du bâtiment que l'humidité ambiante, les poussières et les charges élevées. Étant donné la grande quantité de connaissances que les meuniers doivent posséder, une formation de quelques semaines, voire quelques mois est insuffisante. Le compagnonnage sur plusieurs années est la meilleure méthode de transmission des connaissances et savoir-faire reliés à la pratique traditionnelle du métier de meunier telle qu'exercée au moulin des Aulnaies depuis plusieurs générations.

[Source: Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies]

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Apprentissage et transmission

Depuis 1738, un grand nombre de meuniers se sont succédés à la barre du moulin de façon continue jusqu'à aujourd'hui. La transmission du savoir-faire se faisant par compagnonnage d'un meunier à un autre, il était plus facile de trouver un maître à l'époque où chaque village avait son moulin. Aujourd'hui, le mode de transmission est plus difficile compte tenu de la rareté des meuniers encore en activité au Québec. Un réseau d'aide permet cependant aux différents meuniers d'échanger leurs connaissances à la demande, bien que chaque bâtiment soit différent, que les mécanismes varient beaucoup d'une époque à l'autre, de même que les moulanges et les forces motrices utilisées. Chaque moulin - et donc chaque meunier - a ses subtilités architecturales, son contexte environnemental et des particularités propres et uniques à son bâtiment. Ainsi, Réjean Labbé a appris le repiquage des pierres, des conseils de moutures, les ajustements par le meunier Raynald Lapierre à trois reprises entre 1989 et 1991. Et maintenant, c'est lui qui offre son aide à d'autres meuniers.

C'est un coup de coeur pour la meunerie qui a amené Réjean Labbé à devenir meunier au moulin banal des Aulnaies. Le meunier précédent, Renaud Gamache, ayant eu un accident en 1986 seulement quelques mois après son entrée en poste, a formé en remplacement l'apprenti Réjean Labbé pendant moins d'un an, avant de lui céder la meunerie artisanale. Il a eu le temps d'apprendre le fonctionnement du bâtiment et des meules, sans toutefois connaître l'ensemble des travaux ponctuels et les menus détails de la mouture du grain. Il n'a eu que quelques mois pour apprendre les rudiments du métier, développant ensuite son savoir-faire à l'expérience en grande partie par lui-même et en échangeant avec d'autres meuniers artisans dont Raynald Lapierre. Réjean Labbé remporte le Grand Prix du tourisme comme personnalité touristique régionale en 2006 et le Prix du patrimoine comme porteur de tradition en 2015. Réjean Labbé transmet chaque année ses connaissances à des apprentis, mais la rétention des candidats est difficile et la relève est loin d'être assurée. Il faudrait plusieurs années pour que le processus de compagnonnage soit complété.

La pratique traditionnelle du métier de meunier est sans cesse menacée par différents facteurs. D'une part, le métier n'est enseigné nulle part ailleurs que sur les lieux où elle se pratique. Il est donc impossible de trouver un meunier sortant des bancs d'école qui serait prêt à faire tourner les meules et à entretenir les mécanismes anciens du moulin. D'autre part, le manque de ressources financières permet difficilement l'embauche de deux meuniers dans un même moulin, puisque les moulins ont des revenus limités et que l'apprentissage devrait se faire sur douze mois, alors que les corporations qui les gèrent ne sont en opération qu'en saison estivale. Ce manque de ressource est dû aussi au prix élevé du grain et à la méthode de production elle-même (approvisionnement, emballage, ensachage, entretien, manutention, etc.). Il est impossible pour un moulin artisanal tel que le moulin des Aulnaies de réaliser autant de profit qu'une minoterie industrielle. Le meunier actuel gagne en âge et bien que très en forme, il éprouvera éventuellement des difficultés aux manutentions nécessaires à son travail. Il n'est pas en mesure de documenter lui-même sa pratique de façon autonome ayant développé une connaissance empirique de son métier et n'étant pas formé pour mener un tel travail d'ethnologie.

[Source: Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies]

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Espaces culturels

Le moulin banal, contruit en 1842, est le troisième établi sur le site : le premier datant de 1738 a été construit à la demande d'Antoine Juchereau Duchesnay, seigneur des Aulnaies, par le meunier Augustin Lemieux, le second datant de 1788 a été construit à la demande d'Antoine Juchereau Fils, afin d'agrandir le moulin pour subvenir aux besoins de la communauté. Cette construction est confiée à John Simpson, maître charpentier. Le moulin actuel a été érigé à la demande d'Amable Dionne par Edward Ennis, ingénieur spécialisé dans les moulins, et François Richard, charpentier : quatre moulanges sont installées dans le nouveau bâtiment. Les murs actuels en pierre datent de trois époques différentes s'étalant du 18e au 19e siècle et la personne en charge de la nouvelle construction était aussi responsable de la déconstruction de l'ancien bâtiment, d'où la réutilisation des matériaux présents sur le site.

Les résidents de Saint-Roch-des-Aulnaies ont fait du domaine seigneurial un lieu de rassemblement culturel important. C'est autour de celui-ci que se déroule l'accueil des nouveaux arrivants, des rassemblements communautaires, des mariages, des fêtes et des concerts. La corporation est membre de l'Association des moulins du Québec et siège au conseil d'administration, ce qui permet des interactions plus faciles entre propriétaires et gestionnaires de moulins. Des banques de ressources sont disponibles et les enjeux propres à ce type de bâtiment et à la pratique de la meunerie artisanale sont au coeur des discussions et des représentations.

[Source: Municipalité de Saint-Roch-des-Aulnaies]

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Emplacement

Region administrative :

  • Chaudière-Appalaches

MRC :

  • L'Islet

Municipalité :

  • Saint-Roch-des-Aulnaies

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Gouvernement du Québec

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