Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Fabrication d'objets en écorce de bouleau

Type :

Patrimoine immatériel

Région administrative :

  • Lanaudière

Municipalité :

  • Manawan

Thématique :

  • Patrimoine autochtone (Patrimoine amérindien)

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques techniques > Liées aux matières premières > Pratiques de transformation / fabrication / assemblage > Produit végétal

Éléments associés

Inventaires associés (1)

Carte

Description

La fabrication d'objets en écorce de bouleau (wikwamotekaniwon) demeure un savoir-faire traditionnel transmis dans la nation Atikamekw. Cette technique traditionnelle fait appel à un ensemble de savoirs écologiques collectifs et de savoir-faire liés au territoire ancestral.

L'écorce du bouleau blanc (Betula papyrifera, wikwasatikw en atikamekw) est utilisée pour la fabrication de canots, de porte-bébés (tikinagan), de paniers, pour l'emballage des aliments ; autrefois on s'en servait pour couvrir les habitations, pour l'écriture et le dessin. Le bois du bouleau sert à la fabrication de raquettes, de toboggans, de pagaies, de cadres pour les tambours, de manches de hache, de bâtons et de cadres pour les tentes et les huttes de sudation. Feuilles, écorce, sève et bois sont utilisés en médecine traditionnelle.

Dans la tradition orale, le bouleau est une figure emblématique et mythique: selon une légende atikamekw, le bouleau a fait don de sa robe, son écorce, pour permettre aux humains de fabriquer tout ce dont ils ont besoin ; et pour qu'ils comprennent le lien qui les unit à leur environnement.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Historique

La flore forestière boréale fournissait aux Premières Nations la matière première pour la fabrication d'objets usuels et cérémoniels, de moyens de transport, la préparation des médecines traditionnelles, la construction de l'habitation et l'alimentation.

Les premiers explorateurs européens ont vite remarqué les canots d'écorce de bouleau. Cartier écrit : «Ils ont leurs barques faites d'écorce d'arbre de boul, qui est un arbre ainsi appelé au païs, semblables à nos chênes». Les Relations des Jésuites nous renseigne également sur l'utilisation de l'écorce de bouleau pour couvrir les habitations, fabriquer les canots et divers objets utilitaires pour la cueillette, la conservation (l'écorce possède des propriétés antiseptiques) et la cuisson des aliments.

En 1647, pour la construction d'une chapelle, le père Lalemant note «les jeunes hommes vont aux écorces, et les femmes et les filles aux branches de sapin... les vieillards ayant bâti l'église». Toujours selon le père, lors d'une rencontre avec les Attiguamègues à Trois-Rivières, ceux-ci avaient offert de petits plats en bois et des écuelles d'écorce.

Avant que la toile et la maison de bois remplacent l'habitation traditionnelle, les tentes de forme conique étaient recouvertes d'écorce de bouleau installé à la manière du déclin de bardeau.

Dans la première moitié du XXe siècle, plusieurs études ethnologiques et ethnobotaniques décrivirent la culture matérielle et le mode de vie des Atikamekws. La technique de fabrication d'objets en écorce de bouleau pour un usage domestique était analogue à celle pratiquée aujourd'hui. On y apprend que les racines pour assembler les paniers étaient souvent teintes de couleurs primaires. L'écorce servait également pour l'écriture. Des messages étaient laissés dans les campements, sur les lieux de portages. La technique de mordillage d'écorce de bouleau, aujourd'hui disparue chez les Atikamekws, y est également décrite. Une feuille d'écorce de bouleau était pliée plusieurs fois, selon le motif choisi, et était marquée avec les dents. En dépliant l'écorce, on obtenait ainsi un dessin symétrique. Les motifs créés servaient de modèle pour la décoration des paniers ou des mocassins

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Contexte

L'écorce de bouleau est prélevée sur des arbres sains au printemps en avril et en mai lorsque la sève est abondante et que l'écorce se détache facilement. Elle peut se faire également à d'autres périodes de l'année, cependant l'écorce n'aura pas la même qualité et sera plus difficile à travailler.

L'artisan vérifie la qualité de l'écorce et en teste la résistance : l'écorce doit être souple, sans se fendre. Le bouleau choisi, une incision dans le sens de la longueur et deux incisions circulaires en haut et en bas de la première incision sont pratiquées au couteau. Peler l'écorce demande de la dextérité; s'aidant d'un couteau, l'artisan retire l'écorce en évitant de la déchirer. Pour ne pas faire mourir l'arbre, on prélève sur une épaisseur de 0,2 à 1 cm. La pièce est mise à l'abri du soleil.

Les racines superficielles de pin gris (appelé également cyprès au Québec) ou d'épinette, longues et résistantes, serviront à coudre l'écorce. L'artisan déterre et prélève les racines de moins d'un cm de diamètre de petits conifères. Les racines, fendues en deux sur la longueur, débarrassées de la moelle et grattées, sont bouillies pour les assouplir.

Pour imperméabiliser les joints et les plis, la gomme d'épinette ou de pin gris est collectée sur les arbres blessés. Traditionnellement, les arbres étaient «entaillés»; un récipient rudimentaire en écorce de bouleau recueillait le liquide. La résine est bouillie avec de l'eau et parfois de la graisse, puis filtrée pour être appliquée sur les coutures.

L'écorce permet de fabriquer divers types de récipients, du plus rudimentaire au plus sophistiqué. L'orâgann' est un panier simple, fait d'un morceau d'écorce plié pour lui donner une forme carrée, rectangulaire ou conique. Les bords sont attachés avec une branche fendue en son milieu. On en fait des gobelets, des louches, des récipients pour recueillir l'eau d'érable, ou pour la cueillette des petits fruits. Ces paniers, peu usités aujourd'hui, sont fabriqués sur place, rapidement, selon les besoins.

Les paniers plus élaborés démontrent la créativité et le savoir-faire de l'artisan. Renforcés de bois et ornés de motifs, ces paniers sont de formes et de dimensions diverses, selon l'usage prévu. Ils sont munis de couvercles et les joints sont cousus de racines de conifères. Les paniers atikamekws traditionnels (wigwamuti) sont quadrangulaires ou trapézoïdales, la base étant plus large que le sommet. Ils sont faits de plusieurs ou d'une seule pièce pliée. Pendant l'assemblage, la forme est maintenue par des chevilles de bois insérées dans des trous perforés dans l'écorce. Avec un poinçon, des points de couture sont pratiqués sur les bords à lier. La couture débute avec un point d'arrêt, les pièces sont assemblées en point linéaire, en point croisé ou en zigzag avec la racine humide. Le bord est renforcé d'une pièce de bois souple (noisetier, cèdre, bouleau, merisier). La tringle de bois est cousue sur l'écorce avec un point dit par enroulement. Lorsque le panier n'est pas fait d'une seule pièce, un fond d'écorce, de cèdre ou de bouleau, est cousu aux parois. Le couvercle se compose de 2 pièces. Une bande d'écorce circulaire est assemblée perpendiculairement sur une pièce à plat. La bande s'ajuste à l'ouverture du panier. Une bandoulière de cuir d'orignal boucané y est attachée pour le transport.

Les différents points de couture sont décoratifs. Cependant, c'est sur l'écorce que les motifs seront dessinés avec la technique du raclage. L'écorce de bouleau se compose de plusieurs couches, allant du blanc crème au brun foncé (partie interne appelée cambium qui colle à l'arbre). L'écorce est d'abord mouillée et le motif dessiné, l'artisan gratte à l'aide d'un couteau, soit l'intérieur du dessin, obtenant un motif clair sur fond brun, soit en raclant l'extérieur du motif, le motif foncé se détachant sur fond clair.

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Apprentissage et transmission

L'acquisition des connaissances et des savoir-faire était un long apprentissage débutant dès le plus jeune âge. Le territoire était une école et la famille élargie, les enseignants. La transmission est orale. C'est par observation et en imitant les gestes des aînés que les jeunes apprenaient à vivre en forêt. Les objets étaient fabriqués sur place selon les besoins. Les savoirs et savoir-faire se transmettent toujours, mais la sédentarisation a modifié le mode d'apprentissage et de transmission.

Armand Échaquan, aîné artisan de Manawan, fabrique des objets en écorce de bouleau. Il se souvient du temps où on utilisait ces objets pour faire du thé, conserver la viande, cueillir des petits fruits. Il a appris la technique en observant son père lors de séjours en forêt, et avec César Newashish, constructeur de canots. Selon lui, dans les années 1940 et 1950, la plupart des membres de la communauté connaissaient les techniques de fabrication des objets en écorce; le canot demandait cependant une plus grande expertise.

La cueillette, la préparation des matériaux et la fabrication faisaient l'objet d'une division des tâches : les hommes étaient chargés de prélever l'écorce, le bois et les racines. Les femmes préparaient les racines, la résine et grattaient les motifs décoratifs. Encore aujourd'hui, l'artisan travaille avec sa conjointe à la fabrication des paniers et des objets en écorce et la famille est mise à contribution pour la cueillette des matériaux.

L'artisanat traditionnel est bien vivant dans les communautés atikamekws. Selon une étude (2009), de 5 à 10 % de cette population sont des artisans actifs, leur moyenne d'âge est de 45 ans. De 25 à 30 % des membres des communautés font de l'artisanat comme un passe-temps qui peut offrir un revenu d'appoint. La sauvegarde et la transmission des savoir-faire traditionnels reposent sur les aînés et les artisans actuels.

Aujourd'hui, la transmission s'effectue moins dans le milieu familial et de plus en plus par des initiatives communautaires. Les établissements scolaires offrent un programme en art et artisanat traditionnel. Les élèves y apprennent les techniques de fabrication de raquettes, de paniers en écorce, de tikinagan. Les journées culturelles donnent l'occasion aux jeunes de fréquenter le territoire ancestral et de recevoir les enseignements des aînés.

En 2010, une coopérative d'artisanat atikamekw a été fondée afin de favoriser l'entrepreneuriat collectif, la transmission des savoir-faire, des traditions et la culture atikamekw, dans un esprit d'innovation. Des ateliers-rencontres sont organisés pour susciter l'intérêt de la relève, renouveler l'artisanat atikamekw et transmettre les savoir-faire traditionnels.

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Objets

Les objets traditionnels usuels en écorce de bouleau sont devenus des produits d'art ou d'artisanat. Échangés au gré des rencontres intertribales ou avec les voyageurs européens, collectionnés par les amateurs d'art amérindien, c'est dans les années 1960 et 1970 que les objets traditionnels sont devenus des produits artisanaux.

Chez les Atikamekws on fabrique toujours des objets traditionnels en écorce de bouleau principalement des paniers de formes et dimensions diverses, et des tikinagans (porte-bébé). Les artisans fabriquent aussi de petits canots d'écorce et des chapeaux. Les objets sont fabriqués sur commande, pour les magasins d'artisanat des communautés ou de l'extérieur.

Les matériaux et la technique sont restés les mêmes. Les outils sont : la hache, le couteau, particulièrement le couteau croche, le poinçon qui autrefois était fait d'un os d'orignal. Aujourd'hui, les racines sont rarement teintes et le calfeutrage de résine peu utilisé. Les objets artisanaux sont exceptionnellement destinés à un usage alimentaire.

L'ornementation reprend les motifs traditionnels exprimant l'identité, les croyances et le lien avec l'environnement. Ils sont souvent ordonnés selon une symétrie bilatérale (côtés gauche et droit identiques). Les motifs géométriques et les figures zoomorphiques ou végétales sont les plus usités. Des patrons en écorce de bouleau permettent de répéter les motifs.

Les motifs géométriques ornent souvent la frise. Sur les parois et le couvercle, les motifs stylisés sont inspirés de la vie en forêt (chasse, travaux domestiques), de la flore (fleur, feuille, tige grimpante, bourgeon, fruit de la zone boréale), de la faune du territoire (canard, castor, orignal, lièvre, perdrix, huard, l'ours) ou de la voûte céleste (soleil, lune, étoiles). Des motifs cosmogoniques ornent également les flancs des paniers : l'aigle ou la plume d'aigle (l'aigle est le messager entre les humains et les esprits), le cercle représentant l'interdépendance de toutes les formes de vie, symbole des saisons, des quatre directions.

Aujourd'hui, les paniers sont parfois décorés de dessins très élaborés inspirés des symboles panindianistes.

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Emplacement

Region administrative :

  • Lanaudière

MRC :

  • Matawinie

Municipalité :

  • Manawan

Latitude :

  • 47° 13' 21.0"

Longitude :

  • -74° 23' 30.0"

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Références

Notices bibliographiques :

  • AWASHISH, Karine. Économie sociale en contexte autochtone : la création d'une coopérative d'artisanat atikamekw. Université du Québec à Trois-Rivières, 2013. 262 p.
  • CARTIER, Jacques. Voyages de découvertes entre les années 1534 et 1542. Textes et documents retrouvés. Paris, Antropos, 1968. 206 p.
  • CHAUMELEY, Jean et Michel NOËL. Arts traditionnels des Amérindiens. Montréal, Hurtubise HMH, 2004. 191 p.
  • CLERMONT, Norman. La culture matérielle des Indiens de Weymontachie : images d'hier dans une société en mutation. Collection de monographies. Montréal, Recherches amérindiennes au Québec, 1982. 158 p.
  • CLERMONT, Norman. « Qui étaient les Attikamègues ? ». Anthropologica. Vol. 16, no 1 (1974), p. 59-74.
  • DAVIDSON, D. S. « Decorative art of the Tête de Boule of Québec ». Indian notes and monographs. Vol. 10, no 9 (1928), p. 115-153.
  • Enregistrement avec ÉCHAQUAN, Armand, réalisé par SAINT-PIERRE, Louise, « La fabrication d'objets en écorce de bouleau », Patrimoine immatériel des Premières Nations, Wapikoni mobile (dir.), Manawan, 10 juillet 2013.
  • Jardin botanique de Montréal. « Légendes du jardin des Premières-Nations ». Jardin botanique de Montréal. Espace pour la vie [En ligne]. http://espacepourlavie.ca/legendes-du-jardin-des-premieres-nations
  • NOËL, Michel. Art décoratif et vestimentaire des Amérindiens du Québec: XVIe et XVIIe siècles. Montréal, Léméac, 1979. 194 p.
  • RAYMOND, Marcel et Jacques ROUSSEAU. Études ethnobotaniques québécoises. Contributions de l'Institut botanique de l'Université de Montréal, 55. Montréal, Université de Montréal, 1945. 154 p.
  • THWAITES, Reuben Gold. The Jesuit Relations and Allied Documents: Travels and explorations of the Jesuit missionaries in New France, 1610-1791. Cleveland, Burrows Bros. Co., 1896. s.p.
  • Wapikoni mobile. Wapikoni mobile. Cinéma des Premières Nations [En Ligne]. http://www.wapikoni.ca

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