Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Navette et cuillère à encens

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Région administrative :

  • Chaudière-Appalaches

Date :

  • après 1809 – avant 1819 (Production)
  • 1819 – 1824 (Production)

Éléments associés

Patrimoine immobilier associé (1)

Personnes associées (1)

Description

La navette et la cuillère à encens sont des pièces d'orfèvrerie liées à la liturgie catholique exécutées par Jean-Charles Cahier entre 1809 et 1824. La navette en argent est composée d'un pied, d'une panse et d'un couvercle à penture dont une partie se soulève. Le pied présente une frise ornée d'une alternance de fils de perlons obliques et de surfaces rainurées. Le fût court et poli soutient une panse au bec allongé, dont la partie arrière s'élève verticalement et se termine en une volute surplombant le couvercle. Cette panse est ornée de canaux. La partie fixe du couvercle est concave et ornée d'une palmette. La partie mobile du couvercle, qui présente un profil en « S », est aussi richement ornée, et elle est dotée d'un bouton. La cuillère à encens qui accompagne la navette présente un décor très simple constitué essentiellement d'une fine moulure bordant le manche.

Ces biens sont classés objets patrimoniaux.

Lieu de production :

  • Europe > France > Paris

Matériaux :

  • Métal (Argent)

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Objet patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2017-05-11

Statuts antérieurs

  • Avis d'intention de classement, 2016-06-19
 

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Valeur patrimoniale

La navette et la cuillère à encens présentent un intérêt patrimonial pour leur valeur historique reposant sur leur association avec l'orfèvre Jean-Charles Cahier (1772-vers 1849). Ce dernier est l'une des figures marquantes de l'orfèvrerie française du premier quart du XIXe siècle. Né à Soissons, c'est peut-être dans cette ville que Cahier est initié à l'orfèvrerie par son oncle maternel. Cahier s'établit à Paris, au plus tôt en 1795, et fait insculper son poinçon en 1801. Sa boutique du quai des Orfèvres est rapidement réputée. Bien qu'il produise de l'orfèvrerie civile, ses pièces les plus connues sont pour usage liturgique. En 1804, il réalise une part importante de l'orfèvrerie du sacre de l'empereur Napoléon 1er. Il exécute aussi plusieurs pièces pour le château de Malmaison et pour la chapelle du château des Tuileries. Bien que son oeuvre soit très prisée durant l'Empire, Cahier est fortement lié à un milieu royaliste, et, au retour des Bourbons, il gagne immédiatement leur faveur. Il produit plusieurs pièces liées à la politique d'expiation de Louis XVIII et, en 1824, il réalise l'orfèvrerie du sacre de Charles X. Il remporte plusieurs médailles aux expositions des Produits de l'industrie et il est nommé au Conseil général des Manufactures, en 1825. Sa faillite, en 1828, entraîne la fin de ses activités d'orfèvre, mais son poinçon est biffé seulement en 1849, probablement à la suite de son décès. La navette et la cuillère à encens ont été acquises par la fabrique de l'église Saint-Étienne de Beaumont, en 1824, en même temps qu'un encensoir aussi réalisé par Cahier; ces trois pièces constituent de rares exemples d'oeuvres de cet orfèvre français réputé conservées au Québec.

La navette présente également un intérêt patrimonial pour sa valeur artistique. Elle témoigne de l'attention particulière portée à l'ornementation des objets liturgiques. La navette est un petit récipient dans lequel est conservé l'encens destiné à être brûlé dans l'encensoir à différents moments de la liturgie catholique. Elle prend le plus souvent la forme d'une nef ou d'une barque reposant sur un pied, et elle est surmontée d'un couvercle. Une cuillère, parfois aussi appelée pelle à encens, accompagne la navette. La navette de Cahier reprend ces caractéristiques et certains éléments ornementaux très courants pour ce type d'objet au XIXe siècle, dont les canaux ornant la panse et la frise ornant le pied. Cette pièce se distingue cependant par son décor particulièrement détaillé sur le couvercle; par les courbes délicates de ce dernier, qui confère beaucoup d'élégance à la navette; et par la forme de la panse, laquelle est dotée d'un bec très allongé et se termine par une volute à l'arrière.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2017.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques de la navette et de la cuillère à encens liés à leurs valeurs historique et artistique comprennent, notamment :
- le matériau, soit l'argent massif;
- les différentes parties constituant la navette, dont le pied, le fût court, la panse au bec allongé, le couvercle à penture comprenant une partie fixe concave et une partie mobile à profil en « S » ainsi que le bouton permettant de soulever le couvercle;
- les éléments ornementaux de la navette, dont la frise formée d'une alternance de fils de perlons obliques et de surfaces rainurées, les surfaces polies, la volute surplombant le couvercle, les canaux, les palmettes et les autres motifs du couvercle;
- les signatures et autres poinçons de la navette, dont le poinçon de maître, sur la bordure du pied (lettres de jehovah surmontant un trait horizontal au-dessus des lettres « CC » dans un losange vertical); la garantie, sur la bordure du pied (une tête de Cérès senestre dans un cercle); le titre de 1819-1838, incomplet, sur le rebord de la panse; et la recense, à l'intérieur du couvercle, près de la charnière;
- les caractéristiques de la cuillère à encens, dont ses surfaces polies, la fine moulure bordant le manche, ainsi que le poinçon de maître, incomplet, et les poinçons de premier titre de 1809-1819, biffé, et de garantie moyenne de 1809-1819, biffé, tous apposés au revers du manche.

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Informations historiques

La navette et la cuillère à encens sont attribuées à l'orfèvre français Jean-Charles Cahier (1772 vers 1849). Né à Soissons, c'est peut-être dans cette ville que Cahier est initié à l'orfèvrerie par son oncle maternel. Cahier s'établit à Paris, au plus tôt en 1795, et fait insculper son poinçon en 1801. Sa boutique du quai des Orfèvres est rapidement réputée.

Bien qu'il produise de l'orfèvrerie civile, ses pièces les plus connues sont pour usage liturgique. En 1804, il réalise une part importante de l'orfèvrerie du sacre de l'empereur Napoléon 1er. Ce dernier reprend l'usage de l'Ancien Régime d'offrir des vases sacrés à la cathédrale où se déroule le sacre. Un calice, un ciboire, des burettes et leur plateau, un plat d'offrandes et un bénitier, entre autres choses, sont donc réalisés par Cahier et offerts à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Durant le Premier Empire, l'orfèvre produit aussi plusieurs pièces pour le château de Malmaison et pour la chapelle du château des Tuileries, et ce, malgré le fait qu'il soit fortement lié à un milieu royaliste.

Au retour des Bourbons, Cahier gagne immédiatement leur faveur. Il produit notamment de nombreuses pièces liées à la politique d'expiation de Louis XVIII, dont des plaques, pour les cercueils de Marie-Antoinette et de Louis XVI; des objets liturgiques, pour la célébration quotidienne de la messe en mémoire de Louis XVI à Saint-Denis; et des vases sacrés, pour la chapelle dite expiatoire du château de Vincennes. En 1824, il réalise l'orfèvrerie du sacre de Charles X.

Cahier remporte plusieurs médailles aux expositions des Produits de l'industrie et est nommé au Conseil général des Manufactures, en 1825. Cependant, des difficultés financières, probablement liées à l'achat des fonds et des modèles de l'orfèvre Martin-Guillaume Biennais (1764-1843) lors du retrait de celui-ci des affaires en 1821, poussent Cahier à la faillite en 1828. Son poinçon est cependant biffé seulement en 1849, probablement à sa mort.

En 1824, une navette accompagnée de sa cuillère à encens ainsi qu'un encensoir produits par Cahier sont acquis par la fabrique de la paroisse Saint-Étienne, à Beaumont. La navette et l'encensoir ont été réalisés entre 1819 et 1824, tandis que la cuillère est plus ancienne et a été fabriquée entre 1809 et 1819.

Les raisons de l'achat de pièces d'orfèvrerie françaises par cette paroisse sont inconnues. Au début du XIXe siècle, la production des orfèvres québécois est suffisante pour répondre aux besoins locaux, et les importations ¿ plus rares et surtout pour l'orfèvrerie civile ¿ sont plutôt britanniques. Il est possible que les frères Philippe-Jean-Louis Desjardins (1753-1833) et Louis Joseph Desjardins dit Desplantes (1766-1848) aient joué un rôle dans l'achat d'oeuvres de Cahier par certaines paroisses du Québec. En effet, ces deux abbés fuient la Révolution française et immigrent au Bas-Canada vers 1793. Cependant, l'aîné retourne en France en 1802 et s'établit à Paris après la Restauration. De 1802 jusqu'à son décès, Philippe-Jean-Louis Desjardins entretient des relations avec plusieurs membres du clergé catholique canadien dont, évidemment, son frère Louis-Joseph. Il lui envoie près de 200 tableaux religieux européens, en 1817, pour que ce dernier les distribue dans différents lieux de culte du Québec. Les deux frères sont des proches de Cahier; Philippe-Jean-Louis est notamment le parrain d'un des enfants de l'orfèvre.

La navette et la cuillère à encens sont classées en 2017, en même temps que plusieurs autres objets patrimoniaux conservés dans l'église Saint-Étienne, à Beaumont; le lieu de culte est classé au même moment.

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