Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Peinture (Le Génie du Lac des Deux-Montagnes)

Type :

Patrimoine mobilier (Oeuvre d'art / Ethno-historique)

Variante(s) du titre :

  • Le Concert d'Oka

Région administrative :

  • Montréal

Date :

  • après 1910 – avant 1923 (Production)

Thématique :

  • Patrimoine autochtone

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Images

Description

Entre 1910 et 1923, le Sulpicien Arthur Guindon (1864-1923) réalise une série d'oeuvres inspirées des légendes et de la culture amérindiennes, dont la peinture intitulée Le Génie du Lac des Deux-Montagnes. L'huile sur toile, de moyen format, met en place une multitude de personnages et d'animaux dans une scène surnaturelle, finement décrite par Bonnie Jetté :

"Au premier plan, se tenant sur une grève rocheuse, des animaux de diverses espèces: serpents, tortue, grenouilles, crapauds, castor, brochets, barbotte et oiseaux sont réunis dans un étrange bal faunique entourés d'une multitude de papillons et de libellules. Plusieurs couples se forment, se tenant par les pattes. Une tortue accompagne la barbotte, une énorme grenouille semble valser avec un castor, entourée d'un couple de serpents entrelacés, d'un couple de grenouilles se tenant face à face et d'un couple de brochets frétillants. Au second plan, une structure ovale faite de pierres grises, d'environ deux pieds de haut, est installée sur la grève, au bord du lac. Se tenant debout sur un des remparts de pierre, un être hybride, mi-homme, mi-oiseau, joue d'un instrument formé d'une longue tige qui ressemble à un roseau et dont l'extrémité est faite d'une matière blanche ouateuse. Ses longs cheveux grisonnants qui flottent dans le vent entourent un visage au regard serein surmonté de longs sourcils. Derrière son torse nu sont fixées des ailes au plumage gris et pêche qui lui couvrent le dos. Sous son nombril, de petites nageoires roses surmontent un épais plumage grisâtre secoué par le vent. Ses longues jambes fuselées sont celles d'un échassier. Les cuisses sont grises et les pattes vertes se séparent à la base. Assise à sa gauche sur le rempart de pierre, une vieille femme aux cheveux blancs et vêtue d'une ample tunique brunâtre qui la recouvre complètement est tournée vers l'intérieur de la petite muraille [...]. Dans sa main gauche, elle tient un petit tambour et dans sa main droite, deux baguettes de matière grise. Un oiseau échassier au plumage bleuté ressemblant à un héron se tient derrière la femme sur ses longues pattes. Son bec est tourné vers le joueur de flûte. Un petit oiseau est posté sur l'épaule gauche de la vielle femme dont le visage osseux est tourné vers un autre personnage. Celui-ci, à l'allure d'un chef indien, se tient entre le bal des animaux et la muraille. Il est vêtu d'un costume brun à franges dont les épaules sont ornées de garnitures rouges. Il se tient sur la pointe d'un pied, exécutant une danse. Sa main droite porte un instrument qui ressemble à un champignon surmonté d'une fleur rouge. Sa main gauche, ouverte est tendue vers la vieille femme. Ses longs cheveux gris surmontés d'une coiffe de plumes volent au vent et son visage marqué par le temps est tourné vers la femme. Entre les deux vieillards, un être de la taille d'un enfant, à la chevelure châtaine et muni de magnifiques ailes de teintes chaudes, s'avance sur le rempart en fixant la vieille femme. À l'opposé de la vielle femme, un autre enfant ailé est assis sur la structure de pierre. Il porte une jupe de matière végétale et une paire d'ailes bleue et rose. Sa tête à la chevelure châtaine est surmontée de deux cornes blanches. Son regard est tourné vers le vieil homme. Derrière lui, au bas du rempart de pierre, une quinzaine de petites tortues font une ronde [...]. Venant de la berge du lac, trois autres enfants portant des jupes et des ailes roses s'avancent vers le regroupement. À l'arrière-plan, le lac, agité par des vagues, s'étend vers l'horizon. Le ciel d'un bleu sombre et nuageux, où volent une dizaine d'oiseaux blancs, laisse transpercer des éclats de lumière qui jettent un éclairage abondant sur la scène magique."

La peinture de cette assemblée féérique est signée, en bas, à gauche. Elle a été restaurée en 2006 par Catherine O'Meara, au Musée des beaux-arts de Montréal.

Numéro de l'objet :

  • Numéro d'accession : 1976.0593

Lieu de production :

  • Amérique du Nord > Canada > Québec > Montréal

Dimensions :

  • hauteur : 61.3 centimètre(s)
  • largeur : 46.2 centimètre(s)

Médium :

  • Huile

Support :

  • Toile

Représentation iconographique :

  • Mythologie

Signature :

  • Signé en bas à gauche : A. Guindon

Sujet :

  • Animal
  • Figure
  • Mythologie
  • Paysage

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Inventorié --
 

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Informations historiques

En 1920, Arthur Guindon publie En Mocassins. Ce livre, qui se présente comme une étude ethnologique comparative des cultures huronne, iroquoise et algonquine, est complété par des poèmes inspirés de légendes amérindiennes. Parmi ceux-ci, un long poème épique, comptant seize pages, paraît sous le titre Le Génie du Lac des Deux-Montagnes. Il donne vie et paroles à une représentation qui ouvre le récit, une illustration qui pourrait être une reproduction du tableau conservé chez les Sulpiciens. Avec maints détails, le texte décrit les lieux (l'îlot de la Barque-à-Rivot), puis met en scène le Génie, les mots renvoyant directement à l'image :

Voici que la tempête se lève
[...]
C'est l'heure où des replis de l'onde,
Émerge un manitou narquois,
Un être au buste d'Iroquois
[...]
Perché sur des pieds de héron
[...]
Le voyez-vous, ondes et cieux ?
C'est Oka, l'antique génie
Du lac...
À sa lèvre embouchée,
Chante un roseau frais arraché :
Oh ! l'énivrante [sic] mélodie !

La musique créée au moyen de la flûte enchantée attire les animaux, insectes et poissons qui se joignent au concert. Même les morts, comme le personnage vêtu d'une tunique et assis aux pieds du Génie dans le tableau, sont conviés aux festivités. Puis, s'ajoutent les manitous, dont « Les joyeux Poukouaginins / Danseurs des cimes enchantées », qui chantent tour à tour jusqu'à ce que l'enchantement cesse.

Ce récit particulier fait figure à part dans l'oeuvre de Guindon. De fait, comparativement aux six autres légendes mises en vers, aucune source connue ne vient raconter l'histoire du Génie du Lac des Deux-Montagnes. Ainsi, en faisant nôtre les mots de l'historien de l'art Jacques Des Rochers, cette oeuvre, tant littéraire que peinte, peut être considérée comme une « fantasmagorie issue à la fois des croyances amérindiennes et de l'imagination de son auteur ».

L'imagination de Guindon semble avoir été soutenue par différentes sources qui s'amalgament dans l'esprit du Sulpicien. Certes, la culture amérindienne lui aura fourni un réservoir de mots et d'idées. Par ailleurs, attentif à son environnement, l'artiste a été fortement inspiré par le paysage et la faune d'Oka où il passe plusieurs étés en vacances. Cet environnement naturel devient le décor auquel Guindon superpose son imaginaire.

Cette sensibilité est enrichie par le vaste univers culturel de l'époque. De fait, le projet littéraire de Guindon s'apparente, à une échelle plus réduite, à l'oeuvre célèbre de l'Américain Henry Wadsworth Longfellow (1807-1882). Celui-ci publie en 1855 un long poème épique : The Song of Hiawatha, qui lui vaut un franc succès auprès du public durant toute la seconde moitié du XIXe siècle. Plusieurs éditions sont illustrées au cours de cette période, mettant en images des scènes fantastiques amérindiennes comportant, d'ailleurs, quelques ressemblances avec le travail de Guindon.

Enfin, en plus de l'oeuvre de Longfellow qui semble lui avoir servi de modèle, Le Génie du Lac des Deux-Montagnes doit aussi être mis en relation avec un genre à la mode durant l'époque victorienne : la peinture féérique. Les petits êtres aux proportions plus ou moins humaines affublés d'ailes de papillons, les fées apparaissent ainsi dans nombre de contes illustrés du XIXe siècle. Ces personnages fantastiques se distinguent des créatures horribles et malveillantes - des monstres ! - présentes habituellement dans le folklore et les mythes. Associé à un univers plus doux, positif, fantaisiste, rêveur, le goût pour la féérie jouit d'une grande popularité dans les arts et la littérature jusqu'au début du XXe siècle. La peinture du Génie du Lac des Deux-Montagnes, mettant en scène des personnages ailés et des animaux dansants, se trouve donc en phase avec certaines conventions de l'imaginaire de ce temps.

Au décès de Guindon en 1923, l'oeuvre fut léguée aux Sulpiciens, puis exposée au Musée Notre-Dame jusqu'à sa fermeture (1938 à 1978).

Auteur : Pierre-Olivier Ouellet, 2014

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Références

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Contributeur de données :

Univers culturel de Saint-Sulpice

Notices bibliographiques :

  • DESLANDRES, Dominique, John Alexander DICKINSON et Ollivier HUBERT. Les Sulpiciens de Montréal: une histoire de pouvoir et de discrétion, 1657-2007. Montréal, Fides, 2007. 670 p.
  • GUÉDRON, Martial, dir. Monstres, merveilles et créatures fantastiques. Repères iconographiques. Paris, Hazan, 2011. 335 p.
  • GUINDON, Arthur. En Mocassins. Montréal, Imprimerie de l'Institution des Sourds-Muets, 1920. 240 p.
  • JETTÉ, Bonnie. Les représentations des légendes amérindiennes peintes par Arthur Guindon, p.s.s. (1864-1923). Université du Québec à Montréal, 2009. 227 p.

Multimédias disponibles en ligne :

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