Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Fléché

Type :

Patrimoine immatériel

Autre(s) nom(s) :

  • Technique de fabrication de la ceinture fléchée
  • Tissage aux doigts du fléché

Vitalité :

  • Vivant

Type d'élément :

  • Savoir-Faire

Classification :

  • Pratiques expressives > Activités artisanales > Artisanat et art populaire > Art textile

Description

Le fléché est une technique de tissage aux doigts qui relève du domaine de l'artisanat traditionnel et des métiers d'art. Ce savoir-faire textile est une forme complexe d'entrelacement de fils qui permet la formation de motifs à flèches (aussi dits flammes et éclairs) sans laisser paraître la trame, tel un tissage à effet de chaîne. Le fléché se transmet par observation et imitation, d'une personne à une autre, depuis au moins deux siècles. Généralement exécuté dans le but de produire une longue ceinture à franges, le fléché permet aussi la confection d'autres objets utilitaires, ornementaux ou artistiques.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Désignation Élément du patrimoine immatériel Ministre de la Culture et des Communications 2016-01-28
 
Inventorié --
 

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Valeur patrimoniale

Le fléché est un savoir-faire singulier dont les plus anciennes références écrites remontent à la fin du XVIIIe siècle. Cette technique de tissage aux doigts n'a jamais cessé d'être pratiquée, malgré des périodes successives de désintérêt et de revitalisation. Le fléché témoigne de la transmission de génération en génération d'un ensemble de connaissances qui permettent l'exécution d'une technique complexe et unique d'entrelacement de fils. Ceux et celles qui s'y adonnent perpétuent une tradition séculaire qui se recrée en permanence, ce qui leur procure un sentiment de fierté. Flécher est aujourd'hui une pratique expressive, un art textile qui s'enseigne de maître à apprenti. Le fléché est encore principalement mis en ¿uvre pour produire une ceinture, cet accessoire utilitaire devenu parure vestimentaire et symbole identitaire. Le savoir-faire textile ainsi que la production fléchée qui en résulte forment une représentation distinctive de la culture québécoise, un élément du patrimoine immatériel du Québec.

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Historique

Le fléché est utilisé pour confectionner des pièces textiles depuis plus de deux siècles, comme en témoignent les plus anciennes références écrites à des ceintures fléchées. L'une provient du journal intime de Louis Labadie, qui rapporte que le voyageur Isaac Mireault de Saint-Jacques-de-L'Achigan portait un capot gris et une «jolie cinture à flesche» lorsqu'il s'est noyé en décembre 1797, peu après avoir signé un contrat d'engagement avec la Compagnie du Nord-Ouest. L'autre mention écrite de «ceintures à flèches» se trouve dans l'inventaire d'un magasin montréalais, propriété d'un associé de la Compagnie. Des gravures de la fin du XVIIIe siècle illustrent aussi des coureurs des bois portant la ceinture fléchée.

Enserrée au capot de laine, la ceinture servait non seulement à maintenir les voyageurs au chaud, mais aussi à les protéger des blessures au dos en l'utilisant pour porter des charges ou pour tirer des objets. Ils y suspendaient aussi des outils ou des petits sacs contenant des effets personnels comme du tabac ou des balles. Ornée de couleurs vives, la ceinture fléchée servait également de parure, ce qui expliquerait en partie l'intérêt que lui portaient les Autochtones, qui échangeaient fourrures contre ceintures. Des auteurs ont soutenu la thèse de l'origine autochtone du fléché, mais le tressage de la laine était inconnu avant la période de contact étant donné l'absence de cette matière première. Les Autochtones ont porté et fabriqué la ceinture fléchée, mais les pièces qui leur sont attribuées sont contemporaines aux ceintures de traite, aucune d'entre elles ne remonte au XVIIIe siècle.

Comme en témoigne ses registres, la Compagnie du Nord-Ouest s'approvisionne en ceintures fléchées auprès d'un résident de Berthier à partir de 1801. Il est fort probable que ce fournisseur les obtenait des artisanes de sa région, le Grand L'Assomption. Entre les années 1830 et 1870, la Compagnie expédie des ceintures fléchées dans tous ses postes de traite dispersés en Amérique du Nord. La commercialisation de ces pièces textiles incite à une standardisation des patrons et des modèles, et mène à l'appellation Assomption Belts qui apparaît alors dans les livres de comptes de la Compagnie de la Baie d'Hudson (anciennement la Compagnie du Nord-Ouest). La fabrication de ceintures fléchées n'est toutefois pas exclusive à la région de L'Assomption, même s'il s'y trouve une plus grande concentration de flécherandes et de marchands de ceintures qu'ailleurs.

Au XIXe siècle, le port de la ceinture fléchée n'est pas seulement réservé aux coureurs des bois. En 1837, plusieurs députés du Parti Patriote dirigé par Louis-Joseph Papineau se seraient présentés à la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada vêtus d'étoffe du pays et d'une ceinture fléchée pour manifester leur opposition au pouvoir britannique et à la dépendance économique et politique du Bas-Canada à l'égard de la Grande-Bretagne. Ce geste a largement contribué à faire de la ceinture fléchée un symbole de l'affirmation du nationalisme bas-canadien. Cela n'a tout de même pas empêché des bourgeois, tant anglophones que francophones, d'en faire un objet de luxe et une marque de distinction. Les membres de nombreux clubs de raquetteurs choisissent aussi de porter la ceinture fléchée sur leur capot en étoffe du pays pour pratiquer leur sport.

Le déclin de la fabrication de ceintures fléchées par des artisanes au Québec est non seulement attribuable à la mécanisation de la production, mais aussi aux changements dans les pratiques vestimentaires : au tournant du XXe siècle, la ceinture fléchée ne se porte presque plus. Dès lors, les pièces tressées aux doigts se vendent à très petite échelle, mais le fléché continue d'être pratiqué en tant qu'art textile.

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Contexte

Le fléché est un art textile complexe pratiqué majoritairement par des femmes, bien que plusieurs hommes s'y adonnent. La confection d'une pièce textile fléchée requiert peu de matériel, mais un grand savoir-faire et beaucoup de temps : tout dépendant de ses dimensions, elle peut exiger des centaines d'heures de travail. Le processus de fabrication d'une pièce fléchée commence généralement par la mesure des fils de laine ou de fibres synthétiques. Selon la largeur de la pièce à créer, les artisanes placent entre 200 et 400 fils dans un ordre de couleur précis, suivant le motif à créer. Afin d'obtenir une pièce d'apparence lisse et soyeuse, mais qui soit aussi ferme et résistante, les fils doivent être bien tendus, attachés solidement à chacune des extrémités et généralement suspendus en pente pour être entrelacés. Qu'elle travaille debout ou assise, l'artisane doit porter une attention particulière à sa posture et à sa position corporelle, parce qu'elles peuvent influencer la texture et la densité du tissage. La flécherande met à profit ses dix doigts pour croiser adéquatement les brins de laine. La pièce est constamment retournée en cours de fabrication, car le croisement des fils doit se faire sur ses deux faces. Finalement, les flécherandes confectionnent les franges, qui fermeront le tissage et orneront la ceinture.

Le fléché s'apparente à une technique de base et universelle appelée le chevron, mais il est beaucoup plus élaboré que son ancêtre et permet la formation de motifs d'une grande complexité. Les produits du fléché possèdent des qualités techniques et esthétiques rares. La plupart des artisans du fléché travaillent à leur domicile et fabriquent des objets pour leur famille et leur entourage. Lorsqu'ils en vendent, ils le font souvent localement en très petite quantité, généralement sur demande. En plus des ceintures, les flécherands fabriquent plusieurs autres produits à partir du fléché : signets, foulards, porte-clés, étuis de transport pour des appareils électroniques, etc. Ils ont adapté les formes, les couleurs, les dimensions et les matériaux de base des pièces confectionnées afin qu'elles correspondent aux besoins contemporains et à la mode actuelle.

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Apprentissage et transmission

Le fléché se transmet de génération en génération depuis au moins deux siècles au Québec. Sa pratique s'essouffle vers 1870, en même temps que le commerce des fourrures et le métier de coureur des bois. Lorsqu'elle cesse d'être portée, la ceinture fléchée devient un objet de folklore et la technique qui permet sa fabrication est largement délaissée. Parmi les rares personnes à détenir encore ce savoir-faire dans le premier tiers du XXe siècle, certaines se sentent investies d'une mission : elles veulent perpétuer la tradition et transmettre leurs connaissances à des apprentis.

Au cours de cette même période, des bourgeois et des intellectuels développent un intérêt particulier pour la société traditionnelle. Nostalgiques, ils érigent la ceinture fléchée en « chef-d'oeuvre d'art populaire et d'industrie domestique » et diffusent une image valorisante des savoir-faire ancestraux. Ils voient à ce que le fléché s'enseigne dans différents instituts et certaines écoles ménagères. Le ministère de l'Agriculture donne aussi à des flécherandes le mandat d'initier des femmes à leur art un peu partout au Québec, notamment des religieuses, des enseignantes et des membres de Cercles de Fermières.

Les efforts de transmission du fléché dans les établissements d'enseignement ne portent pas les fruits escomptés. Après la Seconde Guerre mondiale, le Québec connaît des bouleversements sur le plan des valeurs, des modes de vie, des traditions. Il faut attendre la fin des années 1960 pour que le monde rural, le terroir, les travaux manuels et l'artisanat soient à nouveau valorisés. Le fléché retrouve alors ses lettres de noblesse, il connaît un renouveau et il se forme une association nationale d'artisans et d'artisanes motivés à « intégrer la technique dans la décoration intérieure », à « inventorier le nombre d'anciennes ceintures » et à faire connaître l'histoire du fléché. L'engouement dure jusqu'à ce que le nationalisme et ses symboles traditionnels perdent leurs attraits après le référendum de 1980.

Malgré des périodes successives de désintérêt et de revitalisation, le fléché n'a jamais complètement cessé d'être pratiqué. L'enseignement de maître à apprenti demeure le mode de transmission privilégié : quelques artisans ont tenté, sans succès, d'apprendre à flécher de manière autodidacte, avec de la documentation (articles, monographies, émissions de télévision et vidéos dans les médias sociaux). Ces outils complémentaires sont utiles, mais ils ne peuvent remplacer le contact direct, l'observation de la pratique et l'imitation. Après avoir été initié à la technique de tissage aux doigts, il faut beaucoup de pratique pour s'améliorer. Cela peut prendre des années avant d'être autonome et en mesure de tisser correctement une ceinture complète. Comme le fléché est complexe et demande patience et ténacité, peu nombreuses sont les personnes au Québec maîtrisant le fléché et ayant la capacité de le transmettre, et rares sont les apprenants prêts à y consacrer le temps nécessaire. Pour cette raison, le milieu associatif joue un rôle déterminant dans la transmission. La sauvegarde du fléché est actuellement entre les mains de passionnés qui apprécient sa complexité, qui accordent de l'importance à son ancienneté et à sa continuation.

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Références

Notices bibliographiques :

  • Association des artisans de ceinture fléchée de Lanaudière inc. Histoire et origines de la ceinture fléchée traditionnelle dite de L'Assomption. Québec, Septentrion, 1994. 125 p.
  • Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique. « Fléché ». Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique. Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel [En ligne]. irepi.ulaval.ca
  • GENEST-LEBLANC, Monique. « Une jolie cinture à flesche » : sa présence au Bas-Canada, son cheminement vers l'Ouest, son introduction chez les Amérindiens. Québec, Presses de l'Université Laval, 2003. 178 p.
  • LEBLANC, Monique. « Ceinture fléchée ». s.a. Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française [En ligne]. www.ameriquefrancaise.org
  • MARCHAND, Suzanne. La pratique du fléché au Québec. Étude patrimoniale. Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, 2011. 62 p.
  • MICHELIN, Yvette. Fléché traditionnel et actuel : l'art du fléché québécois de la ceinture à la parure. Québec, Les flécherands du Saint-Laurent, 2015. 88 p.
  • Plume libre Montcalm. « Claudette Roberge, artisane de ceinture fléchée / Ste-Marie-Salomé ». DUBÉ, Gilles. La ceinture féchée vit toujours grâce à de fiers passionnés d'histoire [En ligne]. plumelibre.ca
  • ST-PIERRE-GILBERT, Philippe-Antoine. « Le fléché québécois ». Conseil québécois du patrimoine vivant. Ça tourne. Concours vidéo en patrimoine vivant [En ligne]. https://www.youtube.com/watch?v=lnRi6djjRoU

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