Répertoire dupatrimoineculturel du Québec

Inscrit au Registre du patrimoine culturel

Site archéologique de l'Île-aux-Tourtes

Type :

Patrimoine immobilier

Région administrative :

  • Montérégie

Municipalité :

  • Vaudreuil-Dorion

Thématique :

  • Patrimoine autochtone (Patrimoine amérindien)
  • Patrimoine de la Nouvelle-France

Éléments associés

Patrimoine mobilier associé (1)

Images

Carte

Description

Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes correspond à la partie nord-est de l'île située dans le lac des Deux Montagnes et faisant partie de la ville de Vaudreuil-Dorion. Le sous-sol du site renferme notamment des traces d'occupation préhistorique à partir de l'Archaïque laurentien (entre 6000 et 3500 ans avant aujourd'hui). Le site contient aussi des vestiges d'une mission sulpicienne en fonction de 1704 à 1727, notamment ceux d'une église en pierre, de sépultures ainsi que des traces d'un village amérindien. Un secteur du site correspond aussi à une zone commerciale réservée aux activités de traite ayant eu cours dès le XVIIe siècle. Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes, d'une superficie d'environ 125 000 mètres carrés, est principalement boisé. Il est bordé au nord et à l'est par le lac, et au sud par l'autoroute 40.

Ce bien est classé site patrimonial. La collection d'objets du site archéologique de l'Île-aux-Tourtes, composée de 358 artéfacts extraits du site, est classée objet patrimonial.

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Statuts

Statut Catégorie Autorité Date
Classement Site patrimonial Ministre de la Culture et des Communications 2015-08-13
Prise d'effet : 2013-08-29

Statuts antérieurs

  • Avis d'intention de classement prorogé, 2014-08-14
  • Avis d'intention de classement, 2013-08-08
 

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Valeur patrimoniale

Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes présente un intérêt patrimonial pour sa valeur historique. Plusieurs groupes amérindiens habitent ou fréquentent les environs durant la préhistoire. Des populations occupent l'île à différents moments de la préhistoire, depuis l'Archaïque laurentien, période qui commence il y a 6000 ans, jusqu'au Sylvicole supérieur, qui se termine au XVIIe siècle avec l'arrivée des Européens. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'endroit présente un intérêt stratégique militaire et commercial par sa situation dans un important axe de navigation menant à Ville-Marie. En 1702, Philippe de Rigaud de Vaudreuil (1643-1725) obtient la seigneurie qui portera son nom, laquelle inclut l'île aux Tourtes. L'année suivante, il la loue avec un bail comprenant les droits de chasse, de pêche et de traite. L'entente suscitant des plaintes, Vaudreuil tente de justifier ses droits de propriété par des intentions considérées plus nobles. Les Népissingues auraient demandé à Vaudreuil, devenu gouverneur, un endroit pour s'établir dans la région de Montréal. Ce dernier saisit l'occasion : il met fin au bail et invite le sulpicien René-Charles de Breslay (1658-1735) à établir une mission à l'île aux Tourtes, ce qui est vraisemblablement fait en 1704. Le premier bâtiment que fait construire Breslay, en 1706, est une maison qui sert aussi de chapelle. Une église en pierre est bâtie en 1710, de même que le fort promis aux Népissingues. Par la suite, un corps de garde et une maison des officiers sont érigés à la mission de l'île aux Tourtes, qui compte également un village amérindien. Celui-ci est probablement habité principalement l'été. L'hiver, les Népissingues quittent l'île pour de longs voyages de chasse. D'autres groupes amérindiens auraient aussi fréquenté la mission. Vers 1720, le fort de l'île aux Tourtes perd son importance stratégique et est peu à peu délaissé. De plus, à partir de 1721, la mission est déplacée vers Oka, où a aussi été déménagée la mission du Sault-au-Récollet. Le retour définitif de Breslay en France en 1723 et le décès de Vaudreuil en 1725 sonnent le glas de l'établissement. Les derniers Népissingues s'y trouvant sont déplacés vers Oka en 1727. L'île aux Tourtes est peu occupée au cours des siècles suivants. Le site est donc intimement lié à une triple vocation : une mission destinée à l'évangélisation des Autochtones, une garnison militaire et un lieu de traite, trois éléments caractérisant le développement de la Nouvelle-France.

Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes présente aussi un intérêt patrimonial pour sa valeur archéologique. Plusieurs campagnes de fouilles y ont été menées au cours des années 1990 et 2000. Différentes phases d'occupation du site ont pu être documentées grâce à ces recherches. Certaines découvertes laissent croire que l'endroit a notamment servi de lieu de sépulture au cours de la préhistoire. Des os blanchis inhumés dans une fosse recouverte de pierres plates empilées rappellent un rituel funéraire associé à la période du Sylvicole inférieur (3000 à 2400 ans avant aujourd'hui). Des tessons de céramique et des outils lithiques découverts sur les lieux appartiennent à différentes époques préhistoriques. Une zone commerciale liée à la traite des fourrures, antérieure à la mission, a été identifiée. Divers éléments témoignent pour leur part de la mission du XVIIIe siècle. Les vestiges de l'église sont encore présents sur le site et plusieurs sépultures datant de l'époque de la mission ont été découvertes dans le cimetière établi à proximité. Des pierres ayant possiblement servi à soutenir les pieux de la palissade évoquent les ouvrages militaires qui ont été construits sur les lieux et la présence de plusieurs aires d'habitation suggère l'emplacement du village amérindien. Par ailleurs, le site, dont plusieurs sections n'ont pas encore été explorées, conserve un important potentiel de recherche.

Source : Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2015.

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Éléments caractéristiques

Les éléments caractéristiques du site archéologique de l'Île-aux-Tourtes liés à ses valeurs historique et archéologique comprennent, notamment :
- sa situation sur la pointe nord-est de l'île aux Tourtes, dans le lac des Deux Montagnes, sur le territoire de la ville de Vaudreuil-Dorion;
- sa superficie d'environ 125 000 mètres carrés, largement boisée et présentant un faible relief;
- les vestiges de l'église en maçonnerie de pierre;
- les sépultures, dont les inhumations de l'époque préhistorique ainsi que celles du cimetière catholique;
- la présence d'une aire spécialisée liée aux activités de traite antérieures à la mission;
- les vestiges évoquant les ouvrages militaires, dont les pierres ayant pu servir à soutenir les pieux de la palissade;
- les vestiges du village amérindien de la mission, comportant plusieurs aires d'habitation;
- les portions résiduelles du site.

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Informations historiques

Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes correspond à la partie nord-est d'une île située dans le lac des Deux Montagnes, à proximité de la pointe ouest de l'île de Montréal. Plusieurs groupes amérindiens habitent ou fréquentent les environs durant la préhistoire, notamment durant l'Archaïque laurentien et le Sylvicole. L'endroit sert vraisemblablement de lieu de sépulture au cours de la période préhistorique.

Au XVIIe siècle, d'importantes activités de traite se tiennent dans ce secteur du « bout de l'île » de Montréal, les Amérindiens empruntant le lac des Deux Montagnes pour aller faire du commerce à Ville-Marie.

En 1702, Philippe de Rigaud de Vaudreuil (1643-1725) obtient la seigneurie qui portera son nom, laquelle comprend l'île aux Tourtes. Il semble qu'il s'y intéresse principalement pour les revenus qu'il peut tirer des activités de traite. En 1703, il loue sa seigneurie. Le bail comprend les droits de chasse, de pêche et celui de faire la traite. L'entente suscite des plaintes.

En 1704, les Népissingues auraient demandé à Vaudreuil un lieu pour s'établir dans la région de Montréal. Vaudreuil met fin au bail controversé et cherche à justifier autrement la propriété de cette concession. C'est dans ce contexte qu'il invite le sulpicien René-Charles de Breslay (1658-1735) à installer une mission à l'île aux Tourtes, ce qui est probablement fait au printemps ou à l'été 1704. Les premiers baptêmes d'Amérindiens, principalement des Népissingues, y sont rapportés en 1705.

Au cours des deux premières années d'existence de la mission, le site ne compte probablement que des habitations autochtones érigées comme campement d'été. En 1706, Breslay fait construire une maison, parfois désignée comme étant le presbytère, qui sert aussi de chapelle. Ce n'est vraisemblablement qu'en 1710 que s'ajoutent d'autres bâtiments, dont le fort et une église en pierre. Par ailleurs, l'aveu et dénombrement de 1725 relève la présence d'un corps de garde et d'une maison des officiers, tous deux en bois.

Breslay manque d'appuis. En 1715, il perd son principal soutien avec la mort du roi Louis XIV. L'année suivante, Vaudreuil obtient finalement la confirmation de la concession de sa seigneurie et n'a donc plus besoin de la mission pour justifier la propriété du lieu. De plus, l'intérêt stratégique du fort s'érode. En 1721, la mission du Sault-au-Récollet est déménagée vers Oka et celle de l'île aux Tourtes y est rattachée.

Après la mort de Vaudreuil, rien ne justifie le maintien des activités commerciales, militaires ou missionnaires sur l'île aux Tourtes. Les derniers Népissingues s'y trouvant sont déplacés vers Oka en 1727.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'île aux Tourtes connaît plusieurs propriétaires, mais aucun ne semble s'être établi sur les lieux. Les bâtiments tombent rapidement en décrépitude, sont déménagés ou détruits.

Les vestiges de l'église et d'une cheminée à deux âtres, probablement celle du presbytère, auraient été visibles au début des années 1840. La cheminée double aurait été rasée vers 1845, tandis que les vestiges de l'église auraient subi le même sort entre 1845 et 1876.

À partir de 1891 et jusque dans les années 1930, plusieurs chalets sont érigés sur la pointe est. Un aqueduc en bois traversant le sud de l'île est construit en 1913.

En 1958, un gazoduc traversant l'île d'est en ouest est mis en place. À partir de 1961, la construction du pont de l'île aux Tourtes et le prolongement de l'autoroute 40 bouleversent à leur tour les sols archéologiques de la partie sud.

Le mouvement pour la mise en valeur du site s'organise à partir de 1990. La ville de Vaudreuil-Dorion devient propriétaire de l'île, en 1992. Plusieurs interventions archéologiques sont réalisées au cours des années 1990 et 2000.

Le site archéologique de l'Île-aux-Tourtes est classé en 2015. Les 358 objets les plus significatifs qui ont été extraits du site sont aussi classés à ce moment.

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Emplacement

Region administrative :

  • Montérégie

MRC :

  • Vaudreuil-Soulanges

Municipalité :

  • Vaudreuil-Dorion

Adresse :

  • autoroute Félix-Leclerc

Latitude :

  • 45° 25' 17.209"

Longitude :

  • -73° 59' 30.289"

Désignation cadastrale :

  • Lot 1 676 436 Ptie

Code Borden

BiFl-5      

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Références

Notices bibliographiques :

  • AGIN, Guy et Transit analyse. Inventaire archéologique au site du poste de traite de l'Île aux Tourtes (3e année), site BiFl-5. s.l. 1995. 41 p.
  • AGIN, Guy. Première campagne de fouille au site du poste de traite de l'Île aux Tourtes, site BiFl-5. s.l. 1993. 70 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes, campagne 2003. Inventaire archéologique. s.l. 2004. 43 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes, interventions archéologiques 2001, rapport de recherche. Rapport de recherche archéologique [document inédit], MCCQ/Vaudreuil-Dorion/Société archéologique et historique de l'Île aux Tourtes, 2002. 128 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes, site BiFl-5. Campagne archéologique 2004, fouille de l'église de 1710. s.l. 2005. 146 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes. Interventions archéologiques 2006, BiFl-5. Rapport. Rapport de recherche archéologique [document inédit], Ministère de la Culture et des Communications/Ville de Vaudreuil-Dorion, 2007. 218 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes. Site BiFl-5, interventions archéologiques. Rapport de la campagne 2002. Rapport de recherche archéologique [document inédit], MCCQ/Vaudreuil-Dorion/Société archéologique et historique de l'Île aux Tourtes, 2003. 121 p.
  • Archéotec inc. Île aux Tourtes. Site BiFl-5. Fouilles archéologiques. Rapport de la campagne 2003. Rapport de recherche archéologique [document inédit], MCCQ/Vaudreuil-Dorion/Société archéologique et historique de l'Île aux Tourtes, 2004. 76 p.
  • DAVIAU, Marie-Hélène. La pipe en pierre dans la société canadienne des XVIIe, XVIIIe, et XIXe siècles. Cahiers d'archéologie du CELAT, 26. Québec, CELAT, 2009. 307 p.
  • MURRAY, Annie-Claude. L'Île aux Tourtes (1703-1704) et les perles de traite dans l'archipel montréalais. Université de Montréal, 2008. s.p.
  • Transit analyse. Inventaire archéologique, Île aux Tourtes, comté de Vaudreuil, sites BiFm-2, BiFl-5 et BiFl-6. s.l. 1992. 140 p.

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